LIVRE II
DE l'éducation intellegtuelle en général
L'éducation da corps , celle de Tesprit et celle du cœur sont teUement liées qu'il est impossible de traiter Tune d'elles sans s'occuper en même temps des deux autres; et quelle t|ue soit celle par laquelle on commence^ on éprouve la même difficulté, diiBculté que nous avons cherché à atténuer en écrivant le livre qui précède.
Si nous donnons la première place à l'éducation intellectuelle^ ce n'est point que nous la jugions la plus importante ; c'est au contraire afin de pouvoir traiter plus librement l'éducation physique et surtout l'éducation morale.
Les classes de la société vouées aux professions dites libérales ^ voient dans Tinstruction des enfants la condition essentielle de leur réussite dans le monde ; et souvent elles sacrifient à cette instruction^ soit le développement physique en ne lai consacrant point le temps et l'exercice qu'il réclame^ soit le développement moral en le faussant par l'excitation donnée à des sentiments mauvais qu'on prend pour mobiles dans l'enseignement.
Aoi ÉDUCATION INTELLECTUELLE.
La méthode que nous exposons ne comporte point ces sacrifices; elle n'autorise point ces concessions; elle exige pour réducation morale et pour l'éducation physique tout ce qui leur est dû. Mais en même temps elle fonde l'éducation intellectuelle sur l'activité naturelle des facultés^ et par là elle la met dans des conditions de réussite telles, que toutes les exi* gences de la culture de l'esprit jointe à une instruction solide et étendue peuvent être satisfaites, sans qu'il en coûte rien aux autres parties de l'éducation.
Voilà ce que nous avons voulu montrer tout d'abord, voilà pourquoi nous commençons par traiter l'éducation intellectuelle.
Pour être complet, le développement de l'intelligence doit •comprendre : 1" l'exercice des facultés intellectuelles; 2o l'acquisition des connaissances; 3® leur application.
L'exercice des facultés résulte sans doute, dans une certaine mesure, de l'acquisition des connaissances; car l'enfant ne peut apprendre réellement quelque chose qu'en exerçant son attention, sa mémoire, son jugement, etc. Cependant l'enseignement, lorsqu'il est dirigé dans le but unique de doter un élève des connaissances qu'on lui croit nécessaires, peut laisser plusieurs des facultés sans un exercice suflSsant pour leur faire acquérir toute la puissance dont elles auront besoin. Alors le développement des pouvoirs intellectuels denieure incomplet €t sans harmonie. C'est par un effet de ce vice de Téducation que tant d'hommes ne parviennent point à conquérir dans le monde la position à laquelle les circonstances et leur aptitude naturelle auraient pu les appeler. On leur a donné de l'instruction plutôt que le pouvoir de s'instruire par eux-mêmes; on les a initiés à quelques-unes dès directions dans lesquelles se déploie l'activité de l'esprit humain, et ils y sont en quelque * sorte emprisonnés; les autres directions leur restent fermées; ils ne peuvent ni les comprendre ni les aimer, ils sont sans point de contact avec elles, parce qu'elles exigent le travail de certaines facultés qui n'ont point été développées dans leur esprit .