PREMIÈRES NOTIONS DES SCIENCES NATURELLES
L'entant^ dès la première année de son existence^ prend plai>sir à voir et à toucher les produits si variés de la nature ; c'est tantôt une fleur^ tantôt un animal^ qui attire ses regards Bt qui excite ses cris de joie ; enfin l'histoire naturelle serait certainement sa première étude^ si ses parents avaient le pouvoir et U volonté de le seconder. Mais dans la plupart des familles on ne trouve personne qui veuille mettre quelque intérêt à faire connaître à un enfant les organes d'une fleur ou les noembreft d'un animal^ personne surtout qui soit en état de le bien faire.
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Aussi quel mécompte pour Tenfant lorsqve^ après avoir trouvé un insecte, il arrive triomphant le montrer à sa mère ou à sa bonne, et qu'au lieu de voir sa trouv&ille admirée et d'obtenir quekpie renseignement intéressant, il ne reoueitte que des expressions de dégoût et de terreur, lorsque souvent même il est grondé pour avoir touché cette vilaine bête, ou raillé pour s'être arrêté à des choses qui ne servent à rien^
Le goût des petits enfants pour l'histoire naturelle suflBrait à prouver combien cette étude convient au premier âge; et si l'on méconnaît cette vérité, c'est qu'on appelle histoire naturelle toute autre chose que l'observation des faits qui sont à la portée d'un enfant. L'idée qu'on se fait en général de cette science provient de nos cours académiques, de nos traités, lesquels la considèrent sous un point de vue systématique et eft exposent surtout les lois générales, les classifications. Mais le petit enfant n'a encore ni idées à généraliser, ni faits à classer; pour lui tout est nouveau, tout excite sa curiosité ; tout contribue à son instruction. Aussi la méthode élémentaire pour enseigner l'histoire naturelle n'a-t-elle aucun rapport avec là marche en usage dans nos collèges; car elle est toute simple^ elle consiste à mettre Tenfant en contact avec la nature, à lui apprendre à l'interroger et à écouter ses réponses. Ici la nature seule est le maître, et Tenfant connaît son langage; que l'instituteur donc ne cherche point à se placer entre eux; qu'il se borne à diriger les recherches de son élève, et à lui faire conserver avec ordre les résultats auxquels il est parvenu.
En procédant ainsi, on se convaincra bientôt que l'histoire naturelle est vraiment la science des enfants, et l'on trouvera pour eux dans cette étude plusieuro résultats importants.
Et d'abord, elle fournit des matériaux riches et variés aux exercices d'intuition et de langage; elle donne à l'enfant, avec le goût et le talent de l'observation» un motif d'intérêt intellectuel pour chacune de ses promenades; elle le prépare à une étude attrayante de la géographie physique ; elle réunit une foule de notions applicables aux besoins de l'homme. Mais elle
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présente encore une importance bien plus relevée dans l'influence morale qu'elle peut exercer.
L'étude de l'histoire naturelle habitue l'homme à sortir de lui-même^ de ses passions, de ses intérêts matériels et immédiats, pour s'occuper des œuvres de Dieu considérées en ellesmêmes; c'est-à-dire de leur beauté, de leur ordre, de la destination de chaque partie, du but de chaque loi ; en un mot pour étudier dans ses effets la sagesse du Créateur. Une occupation dans laquelle Thomme s'oublie lui-même pour une jouissance intellectuelle étrangère à toute passion, est éminemment moralisante ; l'étude de l'histoire naturelle aura donc par elle-même déjà une heureuse influence morale sur Tenfant. Mais c'est en élevant son âme à l'amour et à la reconnaissance envers le Créateur de tant de merveilles, qu'elle posera une base solide à sa moralité et à son bonheur.
Elle développera aussi en lui le goût des beautés de la nature, la faculté de les sentir, et de puiser à cette source abondante de jouissances vives et pures que Dieu a mises à la portée de tous, du pauvre aussi bien que du riche, mais qu'il faut savoir goûter. Enfin, quand approchera Tâge de l'adolescence, quand les passions les plus dangereuses viendront épier chaque heure de désœuvrement de votre élève pour l'entraîner dans une voie funeste, alors le goût de l'histoire naturelle, qui devient très vif à cet âge, pourra remplir ses loisirs, occuper ses pensées, et le soustraire ainsi à l'oisiveté, cause fréquente quoique secondaire de cette inquiétude vague et curieuse qui précède ordinairement les passions de la jeunesse.
En parlant des exercices d'intuition, nous avons déjà reconnu l'ordre qui en général doit présider aux observations de Fenfant dans le vaste champ de la création. Nous avons trouvé pour point de départ l'enfant lui-même; nous avons vu qu'on doit descendre l'échelle des êtres organisés avant d'aborder le règne inorganique. Cet ordre d'ailleurs nous est indiqué par les goûts du petit enfant ; c'est la vie surtout qui l'attire et l'intéresse, et la vie animale le captive plutôt encore et plus
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fortement que la vie végétale. Cet ordre cependant^ bien loin d'être pour le maître une règle absolue, n*aura de valeur à ses yeux que comme indication générale pour l'ensemble de son enseignement; il ne craindra point de l'abandonner pour profiter de chaque occasion d'offrir à l'observation de ses jeunes élèves un objet d'étude vraiment simple, attrayant et instructif.
L'enfant ne restera pas longtemps occupé de l'examen de son propre corps; les animaux qui l'entourent ont dès son berceau attiré ses regards, ils seront le premier objet de sa curiosité, de son intérêt et de ses investigations.
Lorsque renseignement se donnera dans une école, on aura soin d'apporter à chaque leçon, vivants ou conservés, les animaux qui devront en être le sujet. On les fera examiner aux enfants en leur en disant les noms, puis on leur fera nommer et décrire les diverses parties de leur corps; on leur demandera d'indiquer les différences qu'ils remarquent entre deux animaux, de chercher quelle peut être la destination de chaque organe et son influence sur le genre de vie de l'animal; la longueur du cou, l'articulation des mâchoires, la forme et la disposition des dents, la conformation du bec, des pattes, des ongles, etc., fourniront une foule d'études intéressantes. Le maître consacrera de temps en temps un quart d'heure à faire répéter à tous les enfants réunis les noms d'animaux ou d'organes qui leur auront été appris. Il montrera chaque objet de sa baguette, et aussitôt les enfants en prononceront le nom tous ensemble, en mesure, à haute voix, mais sans crier, jusqu'à ce qu'un autre objet leur soit montré de la même manière.
L'enseignement élémentaire de l'histoire naturelle, devant procéder par voie d'observation, ne peut pas s'appuyer sur des idées générales; il ne peut donc dès l'abord donner la classification; c'est sous ce rapport surtout qu'il Aïtlère de l'enseignement scientifique, auquel cependant il doit servir de prémisses. Mais pour qu'il remplisse bien ce dernier rôle, il faut qu'il soit dirigé par un instituteur qui en mesure toute Timpor-
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tance; il faut que les recherches^ les essais de l'enfant soient coordonnés de manière à avoir leur valeur scientifique; il faut que son attention soit sans cesse dirigée sur les rapports essen^ tiels^ fondamentaux^ afin qu'elle ne s'épuise pas dans des dé» tails stériles ou secondaires. C'est ainsi qu'il en viendra peu à peu à saisir la valeur relative des caractères distinctifs, première condition d'une bonne classification.
L'enfant sentira le besom de classer dès qu'il formera des collections^ heureuse et utile habitude à lui donner^ à laquelle il devra bien des transports de joie^ bien des promenades tn« téressantes^ bien des connaissances utiles.
Dès qu'il aura réuni quelques objets^ il les classera; Biais comment? d'après la grandeur ou la couleur peut-être; n'importe, c'est toujours là un commencement de elassiiication dont il vous sera facile de lui montrer l'insuffisance^ mais qui le conduira à quelque chose de mieux; soyez d'abord peu exigeant; un système bien simple, bien incomplet, peut suffire à vos élèves ; laissez-le-leur jusqu'à ce que l'expérience vienne leur en faire sentir les défauts. C'est ainsi que se sont formées nos classifications actuelles, c'est ainsi sans douta qu'elles se transformeront encore dans l'avenir.
Les collections zoologiques conviennent peu pour les enfants; les vertébrés sont difficiles à préparer, ils exigent beaucoup de temps et de dépense avant de présenter quelque chose d'u9 peu complet; les insectes n'ofi'rent pas ces inconvénients^ mais on est obligé de les faire souffrir pour les conserver, et nous ne saurions conseiller d'habituer un enfant à voir de sang-froid l'agonie d'un animal transpercé par une épingle. C'est pourquoi nous proposerons de ne faire faire aux enfants que des collections de coquilles, de plantes et de minéraux. Us étudieront la zoologie à l'aide de collections toutes faites dont on leur montrera diverses portions, mais surtout par l'observation des animaux vivants.
Les classifications zoologiques n'ont de valeur que par leur corrélation avec la physiologie et avec l'anatomie comparée; et
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celles^i à leur tour doivent leur principal intérêt à leur corré» ktion avec les moeurs des animaux. Les mœurs donc^ e'est-àdire la vie mème^ rintelligence, les instincts^ voilà surtout ce que nous cherchons dans la zoologie^ voilà surtout ce que nous devons y montrer à l'enfant. C'est pourquoi Tobservation des animaux vivants lui offrira un charme puissant en même temps qu'une utile instruction.
• Les animaux domestiques seront pour lui les plus faciles à observer^ et .plusieurs d'entre eux lui montreront une intelligence qu'il n'est guère donné qu'à l'homme de surpasser. Maie chez ceux où l'intelligence manque ou fhiblit^ l'instinct la rem** place et nous offre un nouveau sujet d'admiration.
L'instinct de l'animal, c'est liBteHigence de Dieu^ c'est s» bontés c'est sa prévovanee^ c'est sa sagesse incarnée dans la brute^ et y produisant des merveilles qui surpassent l'intel* ligence de l'homme. Quel plus beau^ quel plus digne sujet d'études et de méditation parmi les œuvres du Créateur? Ces Hi^rveilles frappent chaque jour nos regards^ et nous tes remarquons à peine ; en vérité nous avons des yeux pour ne pas voir; et cepeadant elles sont à la portée du plus petit enfant.
Conduisea-le dans la» basse-cour; faites-lui voir ce coq qui transmet fidèlement à ses poules jusqu'à la dernière miette de la nourriture que vous lui présentez^ et qui refuse obstinément de manger tant que ses compagnes ne sont pas rassasiées. Montrez-h)i cette poule qui, maigrie et affaiblie par la longue réclusion et par les jeûnes de l'incubation^ trouve tout à coup dans le sentiment de la maternité une force nouvelle et un cou* mge de lion, met en fuite toutes les volailles qui voudraient s'emparer de la pâture qu'elle vient de déterrer pour ses poussins, et oe craint pas d'attaquer les animaux les plus re^ doutables pour écarter le péril qui menace sa couvée.
Ces exemples, et tant d'autres semblables, portent certainement en eux une instruction morale qui vient de Dieu même, et qu'on ne saurait trop faire pénétrer dans le cœur des enfhnt3. C^est pourquoi nous demandons qu'on se fasse
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un devoir de leur aider à observer les mœurs des animaux.
Ici, ce seront les insectes qui fourniront les sujets les plus variés 9 les plus riches et les plus faciles à étudier. Cette admirable diversité d'instincts, de mœurs, de ressources que Dieu leur a départie, sera pour Tenfant une mine inépuisable de faits imprévus, de découvertes piquantes, d'occasions de reconnaître la bonté et la sagesse du créateur de tant de merveilles.
Si nous avons proscrit les collections d'insectes empalés, nous recommandons en échange celles d'insectes vivants, de ceux au moins dont le genre de vie peut s'accommoder d'une sorte d'esclavage; ils sont nombreux et variés, mais parmi eux les lépidoptères attirent surtout les regards; la facilité de nourrir les chenilles, de voir leurs métamorphoses si complètes, de conserver dans une cage de gaze ces papillons si brillants qui déroulent leur trompe pour l'insinuer dans les fleurs que vous y avez placées, voilà sans doute des motifs pour les choisir, mais non point pour vous borner à cette seule classe.
L'enfant qui conservera des insectes vivants, qui élèvera leurs larves, s'intéressera au bien-être de ses élèves; il contractera l'habitude de ces soins réguliers et constants qu'exigent les animaux domestiques ; il deviendra humain.
En môme temps il aura l'occasion d'observer les mœurs de ces animaux ; il variera leurs situations pour arracher quelque nouveau secret à la nature; il étudiera surtout la partie de la science la plus importante, celle sans laquelle la nomenclature n'est rien, celle qu'on néglige plus ou moins dans un grand nombre de cours publics.
Les insectes qui oflrent les mœurs les plus intéressantes, les instincts les plus merveilleux, sont en général ceux qu'on ne peut guère observer qu'en liberté; tels sont un grand nombre d'hyménoptères, et ceux surtout qui vivent en société. Parmi eux nous nous bornons à citer les fourmis, soit à cause de la facilité qu'on aura à les observer et de la prodigieuse richesse de faits surprenants et admirables par lesquels on.sera récompensé^ soit parce que l'instituteur trouvera pour cette