‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 44 sur 67 · PREMIÈRES N0TI0?IS DES SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES N0TI0?IS DES SCIENCES NATURELLES

reconnaître intuitivement entre tous les autres minéraux; en même temps on leur fera observer les qualités du quartz : les différences dans la couleur et dans le degré de transparence des échantillons qu*ils auront sous les yeux les amèneront à sentir la variabilité de ces caractères et la nécessité d'eu trouver d^autres plus permanents ; alors on fera voir aux enfants que le quartz raye le verre^ qu'il fait feu au briquet> qu'il ne fait pas effervescence avec le vinaigre^ etc. ; puis on essayera les mêmes épreuves sur un morceau de calcaire ou de schiste argileux, et ainsi Ton préparera Tenfant à la connaissance des véritables caractères scientifiques des minéraux.

La classification des êtres organisés repose sur la permanence de l'espèce, dont les caractères distinctifs se transmettent YOlt la génération, puis sur la subordination de ces caractères considérés comme indices d'une vie organique plus ou moins parfaite, selon que les diverses fonctions en sont plus ou moins localisées dans des organes spéciaux. Il n'existe rien de semblable pour le règiie inorganique, et c'est pourquoi la minéralogie manque d'une classification naturelle; la composition chimique d'une part, de l'autre les qualités physiques et spécialement les formes de cristallisation, voilà les caractères qu'on est obligé de combiner, assez arbitrairement, pour classer les minéraux. Mais la géologie, en nous apprenant le mode de la formation et l'âge relatif de chacun d'eux, nous permet de les considérer dans leurs rapports avec l'histoire de notre globe, et nous fournit un élément nouveau et important pour leur classification. Ainsi, c'est de ses rapports avec la géologie que la minéralogie tire son plus grand intérêt scientifique.

Mais la géologie a été jusqu'à présent réservée aux études supérieures; bientôt nous aurons à montrer qu'il en peut être autrement, que l'histoire de la terre doit servir de base à l'étude de la géographie physique, et qu'enfin notre élève pourra classer ses minéraux de manière à en former une collection géologiqge.

Il aura donc acquis déjà un grand nombre de notions intui-

tives et expérimentales sur le règne inorganique, lorsque ses connaissances en physique et en chimie lui permettront d'étudier ce sujet sous un point de vue plus complètement scientifique.

Les cours réguliers de physique et de chimie ne conviennent point à la première enfance : leur partie expérimentale exige souvent des appareils compliqués et n'est pas toujours sans danger ; leur partie théorique consiste en formules, en calculs, en lois générales, dans lesquels l'abstraction joue un grand rôle; c'est pourquoi nous ne pouvons les faire entrer dans l'enseignement élémentaire.

Cependant il est un grand nombre de notions qui se rattachent à ces sciences et qui chaque jour sont nécessaires à l'intelligence et à la direction de notre vie pratique. Nous ne pouvons pas attendre les années de l'adolescence pour les faire connaître à nos élèves, nous ne pouvons pas surtout les laisser ignorer pour toujours à ceux qui commenceront à gagner leur pain dès qu'ils auront achevé le cours des études élémentaires. Il existe donc une physique et une chimie de l'enfance, une physique et une chimie des études primaires, qui ne ressemblent point à celles de nos traités et de nos cours, alors même qu*on les appelle élémentaires.

Les notions de physique et de chimie qu'on voudra enseigner à des enfants de neuf à douze ans ne présenteront pas un ensemble complet; elles seront choisies parmi celles qui peuvent se démontrer par des expériences à leur portée, parmi celles que souvent ils auront l'occasion d'appliquer. Nous essayerons de faire connaître en peu de mots la marche de cet enseignement.

Un cours de physique débute ordinairement par l'examen des propriétés générales des corps; une pareille marche serait peu propre à donner aux enfants le goût de cette science. En effet, ce ne sont pas les propriétés communes de tous les corps qui nous frappent et qui nous intéressent, qui excitent notre attention et notre curiosité, mais bien plutôt celles qui n'appar-

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tiennent qu'à certaines substances ou qui ne se manifestent que dans certaines circonstances données. Ainsi^ par exemple^ lorsqu'on explique à un enfant Timpénétrabilité ou Tinertie de la matière^ on ne lui apprend aucun fait qu'il ne sache^ mais seulement les mots à Taide desquels on désigne la notion abstraite qui généralise ce qu'il sait déjà; il pourrait croire que la physique est une affaire de mots^ si l'on n'avait soin de citer^ à Pappui de chacune de ces vérités^ des exemples qui seuls donnent quelque intérêt à ce sujet. Si au contraire on occupe Tenfant des effets de la chaleur ou des phénomènes atmosphériques^ alors son intérêt est bientôt excité, il voit partout des expériences à faire, partout d'utiles applications des lois dé-* couvertes ; il comprend ce qu'est la physique^ il l'aime, il y réussit.

Nous croyons donc qu'en général l'étude de la physique doit commencer pour l'enfant par l'observation et l'explication des phénomènes qui, d'eux-mêmes en quelque sorte, se présentent à son attention et excitent son intérêt et sa curiosité. Il ne s'agira point encore de calculs et de systèmes, mais uniquement de faits et d'expériences ; et ce seront les enfants euxmêmes qui seront amenés à faire ces expériences et à découvrir ces faits. Notre enseignement commencera donc par être tout expérimental, et les enfants en seront les opérateurs ordinaires.

Nous ne demandons point pour nos enfants un cabinet de physique ; c'est dire assez combien l'enseignement que nous leur destinons doit être restreint; mais nous croyons qu'il n'en sera pas moins profitable pour eux. Les instituteurs qui savent se passer d'instruments sont ceux qui réussissent le mieux dans leur enseignement; obligés de modifier les expériences connues ou d'en inventer de nouvelles pour pouvoir y employer les divers ustensiles qui tombent sous leurs mains, ils associent facilement leurs élèves à l'intérêt de ce travail d'invention; d'ailleurs ils sont mieux compris par les enfants, ils font sur leur esprit une impression plus juste et plus durable, lorsqu'ils

savent faire parler la nature directement en quelque sorte^ et sans le secours de ces appareils compliqués^ qui donnent souvent aux expériences un air d'escamotage, et cachent ainsi aux enfants, sous un mécanisme artificiel, les forces de la nature qui devTaient leur être exposées à découvert.

La marche ordinaire d'un cours de chimie ne convient point non plus aux leçons élémentaires que nous demandons. Commencer par rénumération des corps simples et par Tétude des propriétés physiques de chacun d'eux, pour passer ensuite à leurs divers composés, c'est partir de l'inconnu; car la plupart des corps simples, ceux surtout qui jouent le rôle le plus actif dans la nature, ne s'y trouvent jamais isolés et ne nous sont connus que par les progrès mêmes de la science; ainsi, à l'exception du soufre, du charbon et de quelques métaux, l'enfant ne peut voir et étudier lui-même aucun corps qui ne soit corpposé. Lors donc qu'on commence par lui indiquer les corps simples, leur énumération n'a aucun intérêt pour lui, parce qu'elle ne rappelle aucune idée dans son esprit; en vain lui montrerait-on ces différents corps renfermés dans des fioles, on ne peut pas lui expliquer comment on les a obtenus, ce n'est pour lui qu'une cinquantaine de noms à retenir, et ils sont bientôt brouillés dans sa tête.

Mais si vous rétablissez l'ordre naturel en faisant partir l'enfant de ce qu'il connaît, c'est-à-dire des corps composés, pour lui faire découvrir leurs éléments comme les chimistes les ont découverts , alors la science est tout autre pour lui , et elle se présente à ses recherches avec l'immense intérêt qu'elle offre à tous ceux qui la cultivent.

La marche que nous proposons n'est autre chose que celle par laquelle l'esprit humain a créé la chimie ; en l'adoptant pour un premier enseignement, nous ne faisons donc que nous conformer à une loi de l'organisme que nous avons déjà reconnue. Mais, dira-t-on, l'esprit humain a passé par un grand nombre d'erreurs avant d'arriver à la vérité ; faudra-t-il donc consacrer le temps de nos élèves à l'étude des rêveries de l'ai-

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chimie avant de leur faire connaître la véritable science? Et les années de leur jeunesse suffiront-elles^ si l'on adopte en toutes choses une marche aussi longue?

Non^ certes^ nous ne demandons pas qu'on fasse faire à Tenfaut tous les faux pas^ tous les détours qui ont retardé la marche de nos connaissances ; mais dans ce que nous appelons maintenant de vieilles erreurs il y avait des phases par lesquelles la science devait nécessairement passer pour arriver à sa forme actuelle^ il y avait des vérités en quelque sorte emmaillotées^ et que nous n'avons eu qu'à dépouiller de leurs langes pour en jouir. Rien ne fait mieux comprendre la science que ^n histoire même. Ne craignez donc pas de parler à vos élèves du phlogistique^ c'est le meilleur moyen de les intéresser à la découverte de l'oxygène et de leur faire connaître ce gaz assez bien^ pour que jamais ils ne le confondent avec aucun autre.

CSet ordre génétique^ que nous recommandons en toute chose pour la première instruction des enfants, peut d'autant mieux être adopté dans ces leçons élémentaires de chimie, que celles-ci n'ont point encore pour but de leur faire parcourir toute la science, mais seulement de leur en donner quelques notions choisies parmi celles qui peuvent le mieux les intéresser et leur être utiles. Vous n'avez donc point à appliquer cet ordre à la science entière, mais seulement à quelques faits, à quelques expériences, à quelques théories spéciales que vous pouvez choisir en vue du mode de procéder que vous avez adopté.

Ainsi, autant que vous le pourrez, vous commencerez par faire décomposer à vos élèves des corps qui leur soient connus; les décompositions qui se font à l'aide de la chaleur seulement sont celles qui conviendront le mieux à ces premières expériences, car l'enfant ne comprendrait point encore l'effet des réactifs. C'est par ces décompositions que vous chercherez à faire parvenir votre élève à quelques-uns des corps simples que la nature ne nous offre que dans leurs combinaisons; le moindre résultat obtenu par cette voie suffira pour lui don-

ner le goût et rmtelligence de la chimie^ et pour lui faire surmonter ensuite toutes les diflScultés que cette science présente aux commençants.

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