‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 46 sur 67 · ÉLÉMENTS DE GÉOLOGIE, DE GÉOGRAPHIE PHYSIQ. ET DE COSMOL · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE GÉOLOGIE, DE GÉOGRAPHIE PHYSIQ. ET DE COSMOL

figuration de la terre que nous habitons, de celles surtout qui tendent encore chaque jour à la modifier.

Les connaissances géologiques, qui se répandent de plus en plus, sont donc la véritable base de Tétude de la géographie physique ; elles lui donnent un attrait et une importance qui ne lui avaient point encore appartenu.

L'enfant qui étudie la surface du globe comme un dernier résultat des révolutions géologiques, n'en est plus réduit à retenir une nomenclature seulement; les divers noms qu'on lui enseigne se lient dans son esprit à des faits intéressants, ici à un soulèvement, là à un dépôt marin ou à une alluvion, puis aux notions relatives à tous ces produits utilisables que les divers règnes livrent à Tindustrie, et qui en grande partie» résultent encore de la constitution géologique de la contrée qui les produit. C'est ainsi que la géographie physique peut présenter les faits liés entre eux par des rapports nombreux, intimes et naturels; c'est ainsi qu'elle devient une science at-» trayante et facile à retenir.

Mais comment s'y prendra-t-on pour donner aux enfants des notions simples, claires et justes sur la géologie, sur cette science encore toute nouvelle, encore toute embarrassée d'hypothèses, mais dont les points de contact avec les autres sciences répandent sur celles-ci tant de lumière et d'intérêt?

C'est en restant fidèle aux principes que nous avons reconnus, en cherchant le point de départ naturel de la géologie^ l'enchaînement gradué et génétique de ses progrès, qu'on verra disparaître toutes les difficultés de cet enseignement.

Dans les cours et dans les traités de géologie, on croit devoir en général suivre l'ordre chronologique des faits; mais c'est partir de l'inconnu et commencer par une hypothèse. En effet, si le récit de la Genèse fait autorité pour nous au point de vue reUgieux, il n'en est pas moins vrai qu'au point de vue naturel il nous est resté incompréhensible, tant que les progrès de la science ne sont point venus l'expliquer et le confirmer en même temps. Ainsi la création du monde, considérée à priori

comme fait géologique^ c'est pour nous Tinconnu^ parce que le récit de Moïse^ en ce qui concerne Tordre physique, ne s'explique que par une hypothèse, ou bien par les résultats mêmes de nos travaux en géologie.

Les seuls faits géologiques que nous puissions reconnaître directement et sans induction, les seuls qui résultent pour nous immédiatement de l'observation, sont les faits contemporains; ce sont donc les seuls qui puissent servir de point de départ à un premier enseignement. Ces faits contemporains sont peu saillants, leur effet est presque insensible, mais à la longue ils changent la surface du globe; et une fois qu'on les a constatés avec leurs causes et leurs résultats, on en vient facilement à reconnaître et à comprendre successivement tous les faits géologiques. Cette étude des faits contemporains, premier degré de celle de la géologie, en est la portion plus particulièrement nécessaire à Tintelligence de la géographie; elle doit donc se faire dans la première enfance, elle doit être basée sur l'intuition, elle doit être expérimentale.

Ce sera donc à la promenade que commencera cet enseignement, et l'on comprend quel avantage auront les personnes qui habitent un pays varié de montagnes et de rivières, ou du moins de collines et de ruisseaux ; cet avantage, nous le supposerons à nos lecteurs en leur exposant la manière de procéder à cette étude; ceux qui en sont privés comprendront cependant qu'il n'est point d'endroit où l'on ne puisse plus ou moins y suppléer.

On fera d*abord observer aux enfants les principaux effe!s de la pluie sur la surface du globe : une partie de l'eau pluviale entre dans la terre et souvent y alimente des réservoirs dont l'écoulement donne lieu aux sources, tandis qu'une autre portion s'écoule en petits torrents à sa surface ; la pluie tombe en neige sur les hautes montagnes et y forme des amas énormes^ lesquels donnent naissance aux glaciers d'où sortent des rivières. Ces divers cours d'eau enlèvent des montagnes les minéraux déjà altérés par l'action de l'atmosphère, et les charrient

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avec eux jusqu'à ce que la diminution de pente de leur cours ne leur laisse plus assez de force pour les entraîner; alors se déposent successivement^ d'abord les blocs de pierre^ puis les graviers^ puis le sable et enfin le limon. Ainsi se forment les divers terrains d'alluvion dans le fond des vallées^ dans les plaines^ au bord des rivières, des lacs et des mers; ainsi Teau sert de véhicule à un transport lent mais continuel de matières minérales qui^ aux dépens des parties les plus hautes de la terre, tend à en combler les parties les plus basses.

Tel est le fait général dont les mille détails observés par les enfants peuvent leur donner une idée juste des forces qui tendent chaque jour à modifier Tétat de la surface du globe; le moindre filet d'eau suffira pour les faire assister à la naissance d'un terrain de dépôt; sous celui-ci on leur en fera remarquer d'autres dont la composition est la même et qui doivent s'être formés de la môme manière; ainsi ils en viendront peu à peu à reconnaître partout les terrains d'alluvion; et lorsqu'ils en auront trouvé dans des localités qui sont absolument hors de la portée des eaux actuelles^ ils seront amenés à en conclure que ces terrains ont jadis été recouverts par les eaux. Dès que les enfants connaîtront bien les terrains d'alluvion^ il sera facile de leur expliquer par analogie la formation de tous les terrains de sédiment; en commençant toujours par les plus récents pour remonter aux plus anciens^ en joignant à Tétude de chacun d'eux celle des fossiles qui les caractérisent^ et en faisant remarquer à l'élève qu'à chaque époque géologique correspond une époque particulière du monde organisé. En même temps on profitera de chaque occasion pour faire connaître aux enfants les substances utiles à l'homme que renferme chaque terrain^ et l'influence que la constitution géologique d'un^ contrée peut exercer sur la surface de son sol.

Un premier enseignement pourra s'arrêter là; plus tard cependant on fera bien de suivre encore la voie que nous venons de tracer. Ainsi^ en pénétrant de couche en couche jusqu'aux formations les plus anciennes, on rencontrera des roches qui

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ne présenteront plus aucun des caractères des terrains de dépôt; mais dont la nature accusera un ancien état de fusioo ignée. L'enfant sera exercé à reconnaître toutes ces roches et à les distinguer de celles qui appartiennent aux terrains de sédiment; en même temps on lui fera faire les diverses observations qui pourront lui donner des idées justes sur la formation des terrains d'origine plutonienne. Ce sera donc le moment de lui faire connaître la chaleur centrale^ les soulèvements^ les phénomènes volcaniques^ etc.

Ce qui précède doit suffire pour faire comprendre la marche à suivre dans l'enseignement élémentaire de la géologie, et en quoi doit consister cet enseignement pour bien préparer les enfants à l'étude de la géographie physique. On voit que cette préparation sera simple et facile^ et qu'elle ne consistera que dans une petite portion de l'étude de la géologie proprement dite. La géographie elle-même pourra donc aussi être commencée dès la première enfance^ puis elle marchera de front avec la géologie.

Cette marche était celle que suivait Pestalozzi il y a cinquante ans , lorsque la géologie était loin de présenter l'importance et l'intérêt qui lui appartiennent aujourd'hui. Les détails en avaient été réglés par M. Tobler, l'un des premiers collaborateurs de Pestalozzi^ alors chargé de la partie géographique. A cette époque Charles Ritter, de Berlin^ \înt visiter à Yverdon l'établissement de Pestalozzi ; il y fut vivement frappé de l'enseignement de M. Tobler^ et^ de retour en Allemagne, il publia les ouvrages par lesquels il a ouvert une ère nouvelle à la science qui nous occupe, en lui donnant une vie, un intérêt, une importance qu'elle n'avait point encore eus, et qui firent • d'un cours de géographie une des choses les plus attrayantes et les'plus propres à captiver un auditoire.

Les premières leçons de géographie physique ne seront donc que des promenades dans lesquelles on fera observer aux enfants tous les accidents de terrain, les ruisseaux, les vallons, etc., en y joignant les notions géologiques que la contrée

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comportera; en même temps^ on leur fera dessiner sar le tableau noir les formes qu'ils auront remarquées sur le terrain ; une nouvelle promenade leur fournira les moyens de rectifia un premier tracé défectueux; peu à peu les enfants sentiront le besoin d'une échelle de proportion^ on leur aidera à la trouver^ à la construire et à s'en servir; ils comprendront aussi qu'il faut que leur cart« soit orientée^ alors on leur apprendra à reconnaître en pleine campagne les points cardinaux^ puis les points intermédiaires de la rose des vents; on les habituera à se servir de l'orientation pour dresser leur carte.

C'est ainsi seulement que l'enfant peut se faire une idée claife et juste de la manière dont on représente un pays sur le papier; et ce n'est que lorsque cette idée lui est bien acquise que les cartes qu'on lui présente ont pour lui quelque intérêt^ qu'il peut en quelque sorte les lire et se représenter les contrées qui y sont dessinées.

Une fois que l'enfant comprend les cartes^ il devient facile de lui faire connaître les divers pays du globe; mais il importe de ne pas abandonner l'enchaînement par lequel notre sujet est lié au point de départ que nous avons adopté. L'enfant a commencé par étudier sa rue^ son village; qu'il continue à étendre graduellement le champ de ses observations; la carte qu'il dessinera aura à représenter une contrée de plus en plus grande; l'échelle devra donc en devenir de plus en plus petite; ainsi l'enfant pourra se faire une idée de l'extrême petitesse de l'échelie des cartes ordinaires.

Si vous ne pouvez pas vous procurer une carte de la commune ou du canton que vous habitez^ dessinez-la vous-même; eDe servira d'intermédiaire entre les petites cartes faites par vos élèves et la carte du département, la première qu'ils devront étudier. Après celle-ci vous prendrez une carte de la France, puis celle de l'Europe, et ainsi de suite.

Les cartes employées pour l'enseignement doivent être grandes, afin qu elles représentent les objets aussi nettement que possible ; elles doivent être muettes, afin que l'enfant soit

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obligé de retenir les noms, ce qu'il ne fait pas lorsqull est assuré de pouvoir au besoin les lire sur la carte; enfin elles doivent n'indiquer absolument que les choses qu'on veut enseigner aux enfants.

Ainsi il vaudrait mieux, pour le cours de géographie physique, avoir des cartes où ne fussent figurées ni les villes, ni les limites d'Etats et de provinces; ces cartes seraient dressées non point par divisions politiques, mais par bassins, c'est-à-dire que chacune d'elles comprendrait le cours d'une rivière avec ses affluents et le pays qui les aUmente ; elle serait donc bornée pir les chaînes de montagnes ou de collines qui déterminent la direction des eaux. Dans tous les cas, il faut proscrire des cartes destinées à l'enseignement ces nombreux détails qu'on ne doit point enseigner à l'enfant , parce qu'on ne réussirait point à les lui faire retenir; qui surchargent la carte, la rendent confuse, et empêchent les élèves d'y bien voir les choses essentielles.

Ce n'est qu'après avoir suivi dans un premier cours cette marche synthétique, qui consiste à étendre graduellement les connaissances géographiques de l'élève du coin de terre qu'il habite à la surface entière du globe, qu'on peut avec succès adopter la marche contraire et procéder de l'ensemble aux détails. Mais avant de commencer ce second cours, il est nécessaire de faire acquérir à l'élève une notion clairement démontrée de la forme de la terre, et l'on n'y parviendra complètement qu'en lui faisant faire à lui-même les diverses observations par lesquelles l'homme s'est convaincu de la rotondité du corps qu'il habite. Ce sera le moment aussi d'enseigner les notions élémentaires de cosmographie nécessaires à l'intelligence de la physique générale du globe.

Alors seulement on pourra faire usage de la mappemonde, partir d'une vue d'ensemble pour arriver à une connaissance de détail, diviser et subdiviser la surface du globe d'après des considérations physiques réellement essentielles, et procéder d'une manière à la fois naturelle, logique et systématique, à

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