ÉLÉMENTS DE GÉOLOGIE, {E GÉOGRAPHIE PHT81Q. ET DE COSMOL
Fétude des climats et des productions des diverses parties de la terre.
Nous venons de voir que la géographie physique ne saurait bien longtemps se passer du secours de la cosmographie. Mais la convenance et la possibilité d'adapter cette étude aux facultés d'un enfant ne sont point encore assez généralement reconnues; nous croyons donc nécessaire d'entrer à cet égard dans quelques explications.
Tous les enfants sont frappés des différences des saisons; tous entendent parler des climats^ du calendrier, des phases de la lune^ etc.; laisserons-nous s'accumuler au hasard et saAs ordre dans leur tête les notions vraies ou fausses qui leur parviennent sur ces divers sujets? La contemplation de l'ordonnance admirable des corps célestes est à la fois pour Thomme une cause de jouissances intellectuelles des plus relevées^ et un moyen d'entrevoir la toute-puissance du Créateur; voudronsnous que nos enfants en soient privés? Et quand bien même nous aurions adopté ce partie n*aurons-nous pas à répondre aux mille questions que leur curiosité leur suggérera chaque fois que l'observation^ la lecture ou l'étude de la géographie les mettront en contact avec ce sujet? Et attendrons-nous que ces questions^ se succédant au hasard des occasions qui les feront naître^ viennent nous forcer à des explications intempestives^ mal ordonnées, incomplètes? renoncerons-nous ainsi à tous les avantages de la méthode^ de renchaînement, de la gradation ?
A toutes ces questions, la réponse ne nous parait pas douteuse : l'enfant doit étudier^ autant qu'il en est capable^ les rapports du globe qu'il habite avec les divers corps célestes dont il subit l'influence.
Cette étude est essayée de nos jours dans un grand nombre d'écoles primaires, mais elle n'y est pas généralement couronnée d'un succès complet. Cher^chons à en découvrir la cause.
Tantôt, sous le nom d'éléments de sphère^ on se borne à
tl% ÉDUCATION INTELLECTUBLLB.
faire connaître aux enfants les divers cercles du globe terrestre qui ont reçu des noms particuliers^ sans leur expliquer d'abord les phénomènes célestes auxquels ces cercles correspondent et qui ont donné lieu à les distinguer; on leur montre ensuite^ sur le globe de carton qui représente la terre, les longitudes et les latitudes ; on leur enseigne à trouver l'heure d'un lieu donné dans un temps donné, etc., c'est-à-dire qu'en général on cherche à graver dans la mémoire des enfants des mots et des figures qui n'ont de valeur que comme représentation de choses qu'ils ne connaissent pas. Ainsi donc on commence par où l'on devrait finir, et il ne faut pas s'étonner que l'élève ne puisse, ni s'intéresser à ces leçons, ni les retenir.
Tantôt, sous le nom d'astronomie élémentaire, on expose tout d'abord aux enfants le système de Copernic; on place le soleil au centre du monde, on indique les révolutions des planètes, celles des satellites, les grandeurs et les distances de tous ces corps; on explique enfin, d'après ces données, les phénomènes qui en dépendent. Mais cet enseignement n'est basé sur aucune observation qui appartienne à l'enfant; il paraît même inconciliable avec les faits tels qu'ils résultent pour lui du témoignage des sens ; loin de mettre en œuvre toutes les facultés de son intelligence et de leur faire en quelque sorte conquérir la vérité, il exige de l'élève une adhésion passive à l'autorité du maître ou de l'école^ il lui demande le sacrifice de sa personnalité. D'ailleurs nos cours élémentaires d'astronomie supposent des notions de géométrie et une facilité à se représenter des combinaisons de lignes dans l'espace, dont sont entièrement privés les enfants qui n'y ont pas été exercés par l'intuition des formes.
Voilà tout autant de causes qui empêchent ordinairement la réussite de cet enseignement, et qui ont fait dire qu'il ne convenait point aux enfants.
Mais si nous appliquons à l'étude de la cosmographie les principes que nous avons exposés, nous verrons disparaître toutes ces difficultés. Nous savons que pour s'approprier une
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science l'enfant doit suivre une marche semblable à celle qui a présidé au travail par lequel Tesprit humain Ta édifiée. Or les hommes ont longtemps observé les mouvements apparents des astres en les considérant comme des réalités^ car pour eux ils ne pouvaient être autre chose; et ce n'est qu'à l'aide de la combinaison d'un grand nombre de faits fournis par cette observation qu'ils ont pu s'élever logiquement à la connaissance de leurs mouvements réels. On conçoit que toute autre marche manquerait le but^ et que l'enfant doit commencer l'étude qui nous occupe par l'observation des phénomènes sidéraux tels qu'ils s'offrent à nos sens.
Cette marche^ dira-t-on^ est depuis longtemps adoptée par les bons auteurs de livres élémentaires d'astronomie, et les institutenrs de quelque mérite n'en suivent pas d'autre. Nous aimons à constater cet accord des meilleurs esprits avec les exigences de la méthode de Pestalozzi ; mais en même temps nous devons montrer combien en général^ dans la pratique, on reste éloigné d'une application rigoureuse des principes les plus incontestables.
Et d'abord , on se borne souvent à raconter aux enfants les phénomènes apparents du ciel au lieu de les leur faire observer à eux-mêmes; il résulte de là que les notions qu'on leur présente ne leur appartiennent pas comme une acquisition de leurs propres facultés, qu'elles se succèdent trop rapidement, et qu'elles ne peuvent ainsi, ni se grouper avec ordre dans leur mémoire, ni s'y graver d'une manière durable. D'ailleurs, comme cette rapidité d'exposition ne convient.réellement pas aux jeunes enfants, on réserve ordinairement ces leçons pour un âge plus avancé, et dans lequel les élèves ont déjà entendu parler des mouvements réels des corps célestes. Il résulte de là qu'on trouve fastidieux de ne leur parler que des apparences, et que, pour leur exposer les réalités, on n'attend point qu'ils connaissent tous les phénomènes à l'aide desquels on les a découvertes. On adopte alors un système intermédiaire, qui consiste à étudier chaque corps céleste en
exposant d'abord son mouvement apparent^ et immédiatement après son mouvement réel. Ce dernier ne peut alors être prouvé d'une manière complète^ parce que diverses données nianquent encore^ et Ton est perpétuellement obligé de répéter aux élèves : // est d'autres faits qui démontrent cette vérité, mus les coi^ naîtrez plus tard.
Il faut donc faire observer le ciel aux enfants eux-mêmes; il faut leur faire voir le mouvement diurne d'orient en occident de tous les corps célestes autour de l'axe de la terre; il faut leur faire distinguer les astres qui par leur position relative invariable forment des constellations de figure constante^ de ceux dont la situation varie à l'égard des premiers; il faut leur faire observer le déplacement continuel d'occident en orient, du soleil, de la lune, des planètes, par raj^rt aux étoiles^ fixes, etc., etc. Nous savons que bien des instituteurs, habitués à ne donner leurs leçons qu'à heures fixes, en plein jour^ ot dans une salle d'école, trouveront que nous proposons une marche impossible ; mais nous savons aussi que ceux qui voudront ressayer ne tarderont pas à reconnaître que c^est la seule^ bonne.
De l'observation des mouvements apparents, les enfants passeront à Tétude des mouvements réels. On pourra commencer cette seconde partie du cours lorsqu'ils seront familiarisés^ non point avec tous les faits, mais avec tous ceux sur lesqu^ reposent nos convictions relatives aux vérités qu*on voudra leur faire découvrir.
Les leçons, qui jusque-là pouvaient être rares et distribuées, dans une durée de plusieurs années, deviendront alors plus fréquentes, parce que les raisonnements qui en feront le sujet principal exigeront beaucoup de suite ; mais aussi très peu de mois suflSront pour terminer tout ce qui doit être enseigné dans un cours élémentaire.
Nous avons vu que l'ordre à suivre dans renseignement doit être le même que celui dans4equel se sont succédé les progrès de la science; c'est donc dans l'histoire de l'astronomie que
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rînstituteur trouvera son meilleur guide. Cependant, comme cet ordre n'est nécessaire qu'en tant qu'il est génétique, il y aara un choix à faire parmi les travaux même les plus importants des astronomes; la très grande partie de leurs observations sera passée sous silence, mais on s'arrêtera à celles qui ont préparé de nouvelles et intéressantes découvertes, parce qu'elles étaient les degrés par lesquels la science devait néces^ sairement passer pour arriver à son état actuel.
Tout en enseignant la cosmographie, on aura soin de raconter aux enfants les travaux des hommes éminents auxquels nous devons cette science; leurs hypothèses, leurs essais, quelquefois même leurs erreurs, pourront accompagner leurs découvertes positives de manière à jeter sur le sujet plus de lumière, plus d'intérêt, et à donner aux jeunes élèves plus de facilité à bien retenir ce qu'on leur aura enseigné.
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L'enfant ne peut rester entièrement étranger à l'étude de l'histoire ; car ce n'est qu'en elle qu'il trouve la raison de tout ce qu'il est appelé à voir et à apprendre du monde social actuel. Langage, science, monuments des arts, industrie, institutions, lois et coutumes, tout est un produit du travail et du développement de l'humanité; par l'histoire tout s'explique^ sans elle tout reste incompris.
Il importe de profiter des premières années de la vie, de cet âge qui se distingue par sa firakhenr d'imagination, par sa
vive curiosité^ par la puissance de ses souvenirs^ pour faire connaître à Tenfant les scènes les plus saillantes^ les acteurs4es plus remarquables de ce grand drame qui se continue sous s«s yeux. Et quand bien même vous voudriez les lui laisser ignorer, vous ne pourriez Tempôcher d'entendre ces conversations dans lesquelles reviennent sans cesse, presque malgré nous, des faits et des noms historiques.
II faut donc raconter l'histoire aux enfants dès qu'ils sont en état de l'entendre avec intérêt; nous disons qu'il faut la leur raconter, et non point la leur faire lire, tant qu'ils n'en ont pas encore. acquis quelques notions claires et justes. Les livres d'histoire écrits pour l'enfance conviennent tout au plus aux élèves de dix à douze ans; et c'est beaucoup plus tôt qu'ils peuvent profiter, pour leur plaisir et pour leur instruction, d'un récit très simple, très familier, et qui s'adresse à eux directement.
Mais comment choisir, dans cette infinie multitude de faits dont se compose le développement de l'état social, de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, des arts, des sciences et des lettres, dans ce champ si vaste, si riche et si varié, fécondé pendant cinquante siècles par Tactivité du genre humain, comment choisir ce qu'un enfant peut en comprendre et en retenir dans le petit nombre d'heures qu'il lui est permis d'employer à cette étude ?
Ferons-nous usage de ces abrégés d'histoire, où la véritable histoire ne se trouve point, parce que la vie y manque, parce que les faits y sont rapportés sans les circonstances qui leur donnent leur valeur et leur intérêt, sans l'enchaînement qui les explique, sans le développement des besoins, des ressources, des idées et des sentiments qui sont leur raison d'être?
Pour éviter cet écueil, nous résignerons-nous à ne parler à nos enfants que d'un seul peuple ou d'une seule époque; et leur laisserons-nous ignorer ainsi, même dans ses traits les plus importants, la très grande partie de cette évolution de l'humanité qui constitue l'histoire ?