‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 48 sur 67 · ELEMENTS D*HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

ELEMENTS D*HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE POLITIQUE

On a déjà répondu à ces questions : on a proscrit le résumé sec et décoloré qui ne parle ni à l'intelligence ni au cœur^ et qui charge la mémoire de matériaux indigestes qu'elle ne gardera point. On a compris que raconter Thistoire aux enfants avec les détails nécessaires c'était les condamner à n'aborder qu'une très petite partie du champ dont cependant ils doivent avoir une connaissance générale. En outre on a remarqué qu'une histoire complète est sous bien des rapports au-dessus de la portée du premier âge. On a dit : ce qu'il faut raconter aux enfants, ce n'est pas l'histoire, ce sont des histoires : l'histoire d'Abraham et celle de Sémiramis, l'histoire de Moïse et celle de Priam; des biographies se rattachant aux époques importantes de la vie des peuples. Ces histoires racontées avec simplicité, avec sobriété, mais aussi avec les détails nécessaires pour donner de la vie au récit, ces histoires, a-t-on dit, intéressent les enfants, restent gravées dans leur souvenir, et servent à jalonner le champ que plus tard ils devront parcourir entièrement.

Tout cela est vrai; à la condition, cependant, que ces histoires seront liées entre elles par leurs vrais rapports génétiques; que leur suite présentera, du moins dans ses traits essentiels, un tableau fidèle du développement de l'humanité ; que leur ensemble fournira à l'enfant, sur toutes les principales directions de l'activité de l'homme, sur tous les peuples qui ont réalisé des progrès importants, des idées assez complètes et assez justes pour servir un jour de base à une étude philosophique de rhistoire, et non point seulement des notions confuses ou inexactes, semblables à ces décombres informes que l'architecte est obligé de faire disparaître avant de commencer son travail.

Mais pour réaliser cette condition, il faut avoir étudié l'histoire comme un organisme ' ; il faut en avoir reconnu les organes principaux, les avoir suivis dans leurs fonctions et dans

* Voyez la 1'* partie, livre IV.

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leur développement^ de manière à ne les pas confondre avec les organes qui ne sont qu'accessoires et secondaires; et c'est à l'action de ces organes principaux qu'il faut rattacher les histoires dont l'ensemble formera pour vos élèves un canevas de l'histoire du monde.

Ce sont les individus qui sont les organes premiers et élémentaires de Thistoire; chacun d'eux contribue à la vie de l'humanité par son activité^ soit dans l'administration^ soit dans la guerre^ soit dans l'industrie^ soit dans la science^ etc. Mais ils sont en bien petit nombre les hommes dont l'action sort de la règle commune de manière à imprimer une direction nouvelle à l'activité sociale, et ceux-ci seulement peuvent être considérés comme organes principaux. Encore sont-ils trop nombreux pour qu'il ne faille pas en écarter la plupart dans un enseignement élémentaire; et ce n'est point au hasard que nous ferons notre choix parmi eux.

Les individus ne sont pas les seuls organes élémentaires de la vie de l'humanité; nous en trouvons d'autres dans les pouvoirs et dans les besoins qui appartiennent à la nature humaine. Ainsi la politique, la religion, l'industrie, le commerce, la science, l'art, la littérature, sont aussi des organes du développement de l'humanité, et les progrès d'évolution de chacun de ces éléments doivent être représentés dans l'ensemble des récits qui formeront le cours d'histoire de l'enfance.

Puis nous trouvons encore, dans l'organisme général de l'histoire, des organes composés ou collectifs; ce sont les différents peuples dont les organismes particuliers ont joué un rôle plus ou moins important dans le développement de l'humanité, ont exercé une action plus ou moins puissante sur les autres peuples, et même sur les âges qui se sont succédé depuis qu'ils n'existent plus. Il faut donc encore faire entrer chacun des principaux peuples dans le canevas historique destiné aux études de l'enfance.

L'histoire racontée aux enfants sera donc une suite de biographies se succédant de siècle en siècle ; elles feront connaître

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les travaux des hommes qui , dans les diverses sphères de l'activité humaine ^ et chez les différents peuples^ ont exercé l'influence la plus puissante sur le développement de l'huma*nité; ces biographies seront liées entre elles dans le récit, comme elles le sont dans Forganisme de l'histoire ; ainsi chacune d'elle sera rattachée aux histoires qui Tauront précédée, de manière à conserver l'enchaînement et la filiation nécessaires à la complète intelligence des faits.

L'enseignement de l'histoire, sans cesser d'être vrai, peut et doit être proportionné à l'âge de ceux qui le reçoivent. Un premier récit pour de petits enfants sera d'une extrême simplicité; il s'attachera surtout aux faits qui captivent l'enfance, à ceux par exemple qui lui montrent l'homme aux prises avec la nature pour la forcer de satisfaire à ses besoins, qui lui donnent une idée des inventions et des travaux par lesquels se sont formés peu à peu les arts les plus nécessaires à la vie, qui la font assister en quelque sorte à la naissance et à l'agrandissement des Etats.

Les petits enfants aiment beaucoup les histoires; ils veulent entendre encore celles qu'on leur a déjà répétées plusieurs fois; ils vous les redemanderont jusqu'à ce qu'ils soient en état de les conter eux-mêmes. Ne craignez pas de les leur redire dans les mêmes termes, ils les veulent telles qu'ils les connaissent. C'est une raison de plus pour vous engager à mettre une vérité, une exactitude scrupuleuse dans votre premier récit; car il ne faut pas que vous ayez rien à y changer, rien à en retrancher.

Mais si vous n'avez à reprendre aucune des paroles de votre narration, vous aurez beaucoup à y ajouter successivement pour la rendre plus complète et plus précise, au fur et à mesure que les progrès intellectuels de votre élève le rendront plus capable de comprendre et de retenir l'histoire avec les diverses notions de géographie, de politique, de religion qui 5'y rattachent.

Nous avons dit que les histoires biographiques qui compo-

sent ce premier enseignement doivent être liées entre elles par leurs rapports génétiques; c'est-à-dire que chaque biographie sera précédée d'une petite introduction destinée à expliquer la position du nouveau personnage en la rattachant aux faits déjà connus. Ces introductions^ d'abord très succinctes et très imparfaites^ s'étendront et se perfectionneront graduellement dans les répétitions successives de votre récita selon les progrès du développement des enfants. Elles finiront par acquérir une importance telle, que même dans l'esprit de vos élèves, leur intérêt surpassera celui qu'ils avaient d'abord presque uniquement accordé à la biographie. Quand ils en seront venus là, ce sera l'histoire qu'ils connaîtront, et non plus seulement des histoires.

L'histoire n'étant que la connaissance de cette vie organique de l'humanité, dans laquelle tout se prépare et tout s'enchaine, il est évident que le seul ordre à suivre est l'ordre chronologique. Nous commencerons donc par le récit de la Genèse, ce document à ia fois naïf et divin qui remonte à la naissance de l'humanité, la première base de la foi chrétienne, l'histoire la plus simple et en même temps la plus sublime, la plus propre ' à intéresser les enfants comme à les instruire, la première enfin qu'on leur fera lire, quand les progrès de leur âge et de leur éducation permettront de leur mettre un livre entre les mains. Cependant la Genèse leur sera d'abord racontée dans ses points principaux seulement; on en élaguera les faits d'une importance secondaire, puis aussi ceux dont l'explication ne convient pas à un âge si tendre; ce ne sera que plus tard, ce ne sera que graduellement que ce récit sera complété. A tous les autres mérites qui les recommandent pour l'instruction de l'enfance, nos livres saints joignent celui de la gradation dans la complication des éléments organiques de l'histoire ; on y trouve successivement : l'histoire de l'individu, l'histoire de la. famille, l'histoire de la tribu, l'histoire de la nation.

L'histoire telle que nous la connaissons ne donne pas l'enchaînement complet des faits mêmes les plu^ importants de la

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