‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 50 sur 67 · ÉLÉMENTS D*H1ST01RE ET DE GÉOGRAPHIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS D*H1ST01RE ET DE GÉOGRAPHIE POLITIQUE

sources originales et de faire connaître celles-ci aux enfants. Puis quand ils voudront leur faire lire l'histoire^ ce seront encore de bonnes traductions des historiens primitifs qu'ils mettront entre leurs mains. Pour connaître réellement Thistoire^ il faut connaître un peu Moîse^ Homère^ Hérodote^ Xénophon^ Thucydide^ etc.

Parvenus à Tâge de douze ans tout au plus^ nos enfants posséderont un canevas complet et organique d'histoire universelle^ dont les faits principaux et les dates leur seront acquis pour jamais^ dont les histoires diverses seront liées par leurs véritables rapports^ et dans lequel se placeront sûrement et avec ordre toutes les notions et les dates nouvelles que leui*s lectures ; les progrès de leur développement ou un enseignement plus relevé^ viendront successivement leur fournir.

De même que les premières notions de géologie ont préparé l'enfant à la géographie physique^ de même les premiers éléments d'histoire le conduiront à la géographie politique. Et^ qu'on le remarque bien^ toutes les idées d'empire^ de république^ de province^ de capitale^ sur lesquelles on prétend appeler l'attention des enfants dans les leçons de géographie^ n'existent absolument pas pour ceux qui n'ont point encore abordé l'histoire de la société humaine ; les noms dont alors on charge leur mémoire ne sont que des mots vides de sens.

Mais si l'enfant a quelque idée des besoins qui ont donné à l'homme la société^ et à la société le gouvernement^ des révolutions qui ont séparé les peuples ou qui les ont réunis^ des changements enfin que les Etats ont subis^ soit dans leur territoire^ soit dans leur organisation intérieure; alors^ mais seulement alors 9 la géographie politique pourra lui être enseignée; ou plutôt il aura à peine besoin do l'apprendre^ car il la connaîtra déjà à quelque degré comme un résultat de l'histoire^ du moins pour les peuples et les époques qu'on lui aura fait étudier.

L'étude de la géographie politique doit donc suivre pas.à pas celle de l'histoire et en être la conséquence; alors l'enfant

verra nattre les sociétés et les gouvernements, il assistera à la fondation des villes et des Etats , il suivra les diverses phases de la prospérité des empires et de leur décadence ; il en viendra ainsi à trouver dans ce qui a été la raison de ce qui est, ei à posséder le sens précis de tous les mots dont Tusage lui sera nécessaire.

Cette étude devra être plus ou moins développée, plus ou moins complète selon Tftge des élèves et selon le temps qui pourra y être consacré. Lorsqu'on sera obligé de la restreindre et de la simplifier, on se bornera à faire connaître aux enfants les peuples qui ont exercé Tinfluence la plus puissante et la plus directe sur la marche de la civilisation, sur l'état politique de l'Europe moderne, ou même seulement sur leur propre pays; on pourra aussi ne s'occuper que des faits les plus saillants et les plus faciles à comprendre, pourvu qu'on leur conserve l'enchainement nécessaire pour en former un ensemble dans lequel chaque époque s'explique par celles qui l'ont précédée. On conçoit d'ailleurs que restreindre ainsi l'étude de l'histoire, ce sera restreindre du même coup et dans la même proportion celle de la géographie politique.

Mais les jeunes gens destinés à faire des études complètes peuvent et doivent être initiés aux sciences soit naturelles, soit historiques, qui servent de prémisses à la géographie, de manière à omnaltre la terre qu'ils habitent, non point dans un grand nombre de détails, mais dans les traits principaux que lui impriment, d'une part les forces physiques qui la régissent de l'autre l'esprit de l'homme qui la possède.

L'enfant ne peut pas faire lui-même sa géographie ; il ne peut en découvrir les faits, ni par le raisonnement comme dans les mathématiques, ni par l'observation comme dans l'histoire naturelle ; et c'est pour qu'il ne reçoive pas cette instruction d'une manière toute passive, qu'il est nécessaire de la lier, comme nous l'avons dit, aux sciences qui lui servent à la fois de base et d'explication. Malgré cette précaution, les élèves seraient encore exposés à oublier bientôt une partie de leurs

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connaissances en géographie^ si l'on se bornait à ks leur ex-> poser^ et si l'on ne joignait pas à leurs leçons certains exer<cices' qu'il nous reste à faire connaître ^ et qui les obligent à mettre en œuvre eux-mêmes les notions qu'ils ont acquises.

Le premier de ces exercices consiste à dessiner des cartes^ non point seulement en les copiant^ mais aussi par cœur^ après avoir préalabkment étudié des yeux la carte du pays qu'on veut représenter sur Tardoise ou sur le papier. Lorsque votre élève sera parvenu à dessiner par cœur, et d'une manière à peu près juste^ les traits principaux de la géographie d'une contrée quelconque^ il ne les oubliera plus.

Il est un autre exercice qui sert de complément au premier en donnant lieu à l'application de toutes les connaissances^ en géographie naturelle, industrielle, statistique, etc., qui ne peuvent être exprimées par le dessin d'une carte. II consiste à faire raconter aux enfants un voyage supposé. On leur dira, par exemple : Si vous allez de Paris à Venise, quels sont les pays^ que vous traverserez ? d'abord, pour la configuration physique, quelles rivières, quelles montagnes, etc. ? puis, quelles productions naturelles? enfin, sous le rapport des habitants, la langue, les nuBurs, le commerce, l'industrie, les gouvernements, les villes, les monuments des arts, etc. ? S'il est question d'un voyage par mer les élèves auront à parler des côtes qu'ils auront en vue, des points de relàcbe, des courants, des vents réguliers, etc. Pédant ces exercices, ils ne doivent point avoir la carte sous les yeux, mais on leur a permis de l'étudier d'avance comme préparation.

Lorsque ces voyages fictifs sont racontés par les élèves d'une classe, îk excitent parmi eux un vif intérêt : l'un rectifie ou complète le récit d'un autre, et l'instituteur a soin que chacun à son tour vienne apporter son tribut à la narration. Cet exercice peut être commencé par des enfants encore bien jeunes ei dont les connaissances sont encore très bornées. Lorsque les élèves sont plus avaiacés, lorsqu'on peut attendre d'eux un travail plus complet, alors il est bon de leur donner le temps

t^H ÉDnCATION INTELLECTUELLE.

de la réflexion^ et de laisser chacun combiner son voyage et choisir sa manière de le raconter; alors il devient pour eux le sujet d'une composition écrite.

Le plaisir que ces exercices causaient aux élèves de Pestalozzi suffirait pour nous engager à les recommander^ car à nos yeux il prouve déjà l'activité qui était ainsi donnée à leurs facultés et les progrès qui en devaient être le résultat nécessaire.

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