ECRITURE, LECTURE ET ORTHOGRAPHE. ENSEIGNEMENT MUTUEL
a fait dire et répéter à chaque cercle de Fécole ; et Tenfant^ ne recevant point toujours avec les mots les idées qu'ils devaient exprimer^ n'a souvent été occupé qu'à un travail mécanique également impropre à lui donner des connaissances réelles et k développer son intelligence.
En même temps il a fallu chercher un mobile artificiel pour stimuler les enfants à ces exercices qui ne pouvaient avoir pour eux aucun attrait^ parce qu'ils n'offraient aucun aliment à l'activité naturelle de leurs facultés. Ce mobile a été l'orgueil^ le respect humain ; et sur ces mauvais sentiments on a fondé tout un système de punitions et de récompenses^ et chaque écolier a été sans cesse animé du désir de passer devant son camarade.
Les principes qui dirigeaient Pestalozzi ne pouvaient lui laisser aucune illusion sur la valeur de ces diverses pratiques; elles lui présentaient un vice si grave ^ si fondamental^ qu'il repoussa la méthode lancastérienne dès qu'il la connut^ malgré , les avantages qu'elle promettait au point de vue de l'économie et d'une rapide diffusion de l'instruction parmi les masses. Un touriste^ qui venait le visiter à Yverdon avec cette niaise curiosité de l'ignorance ; l'aborda un jour en disant : a C'est vous^ Monsieur^ qui avez inventé l'enseignement mutuel ? ^ Dieu m'en garde ! p répondit Pestalozzi.
Mais si ce procédé a des effets déplorables lorsqu'on veut l'employer pour communiquer à l'enfant des connaissances que l'observation ou le raisonnement peut seul lui donner^ il est au contraire fort utile quand on l'applique aux exercices de lecture par lesquels l'écolier doit s'accoutumer à reconnaître promptement; dans des assemblages de caractères^ les paroles que l'usage leur fait représenter.
Nous ne nions point que l'enseignement mutuel ne puisse s'appliquer aussi à d'autres exercices qui n'ont à mettre en œuvre que la mémoire et qui se rattachent à diverses parties de l'enseignement telles que la géographie ^ la chronologie^ l'orthographe d'usage par épellation^ la récitation de morceaux
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en prose ou en vers^ etc. Cependant^ pour ces divers objets, l'usage de la méthode iancastérienne n'est point nécessaire^ et dégénère facilement en abus. C'est pourquoi nous n'osons la conseiller que dans les exercices de lecture; là elle nous paraît sans danger, et d'une très grande utilité pour les classes nombreuses.
L'application de renseignement mutuel à la lecture ne commencera pour nos enfants qu'après que leurs exercices d'écri* ture les auront mis en état de lire quelques récits propres à les intéresser; ainsi les premiers tableaux de notre école, pour lesquels on emploiera les caractères de l'écriture, ne seront plus composés de ce qu'on appelait des principes de lecture, c'est-à-dire de lettres, de syllabes et de mots détachés, qui ne peuvent inspirer aux enfants que de Tennui. Préparés par tous les exercices qui ont précédé, nos petits écoliers ont déjà le désir de s'approprier les faits du récit qui leur est présenté; ils ont envie de lire leur tableau ; et le moniteur qu'on leur donne, pour diriger leur exercice et pour rectifier leur prononciation, est en même temps un aide destiné à faciliter une tâche, qui, pour eux, est une conquête et un plaisir.
Alors il n'est plus nécessaire de trouver à leur activité un stimulant étranger à l'objet même de cette activité; alors il n'existe plus de prétexte pour exciter dans le coeur des enfants les mauvais sentiments de l'orgueil et du respect humain. Ainsi se trouvent écartés les vices que nous avions dû signaler dans la méthode Iancastérienne.
La marche que nous avons exposée dans ce chapitre s'écarte beaucoup de celle adoptée par l'usage ; mais on voudra bien remarquer : d'abord , qu'elle satisfait aux vœux exprimés par les hommes qui ont le mieux compris les difficultés de l'enseignement de la lecture; puis, que nous n'y avons été conduit que par l'application simple et rigoureuse de cette loi de l'organisme que nous avons reconnue comme le principe fondamental de toute vraie méthode d'éducaticm.
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L'enfant a parlée d'abord grâce aux soins de sa mère^ puis poussé par ce besoin de tous les instants qui résulte de la vie sociale; son langage s'est perfectionné par les leçons que nous avons décrites jusqu'ici. Tous ces exercices lui ont fait connaître sa langue maternelle d'une manière pratique ; ils l'ont mis en état d'employer à propos chacune de seé formes ; ils l'ont doué d'une sorte de tact, de sentiment du génie de sa langue, qu'il doit peut-être plus encore à son oreille qu'à son intelligence, et qui se manifeste par un éloignement invincible pour tout ce qui est difformité dans les mots ou dans la construction des phrases.
Cette manière intuitive de connaître la langue nous est indispensable ; et pour nous la donner, rien ne saurait remplacer l'usage. Elle suffit d'ailleurs à la plupart des homnies qui, comme le bourgeois gentilhomme de Molière, font sans le savoir, non-seulement de la prose, mais de la métaphysique.
Cependant, si ces exercices nous apprennent à parler notre langue, ils ne nous apprennent pas à l'écrire ; car il est une orthographe que l'oreille ne nous indique point, mais qui dépend de certaines règles que nous ne pouvons connaître sans nous rendre compte d'une manière claire et précise du r61e que joue chaque mot dans le discours. C'est la grammaire qui nous donnera cette nouvelle connaissance.
Puis, quand nous voudrons apprendre des langues mortes, ou même des langues vivantes dont nous ne pourrons faire cet usage habituel et prolongé auquel nous devons notre langue maternelle, nous serons obligés de procéder par l'étude des
lois qui les régissent^ et nous aurons également besoin de la grammaire.
La grammaire enfin nous servira encore à étendre la portée de nos facultés^ en nous faisant connaître les lois de notre propre intelligence.
Nous avons vu déjà que Penfant doit commencer l'étude du monde physique par celle de son propre corps; dans le livre IV, nous le montrerons commençant Tétude du monde moral par celle de sa propre conscience; maintenant nous devons faire voir comment il procédera à Tétude du monde intellectuel par celle de sa propre pensée exprimée par la parole.
Pestalozzi a réglé les exercices de langage par lesquels Tenfant doit être préparé à Tétude de la grammaire ; mais il n'est pas allé plus loin.
Le père Girard a continué l'œuvre de Pestalozzi en comprenant l'étude de la grammaire dans les exercices de son Cours éducatif de langue maternelle. Cette entreprise lui a fait reconnaître la nécessité d'une réforme dans l'exposition de la grammaire^ afin d'en faire, selon son expression, non plus une grammaire de mots, mais une grammaire d'idées. Dans notre opinion cependant, cette réforme, que le père Girard proclame indispensable, il ne l'a point entièrement accomplie; et c'est pourquoi son livre, si admirable comme recueil d'exercices éducatifs, nous paraît insuffisant comme cours raisonné de grammaire.
II était réservé à l'Allemand Charles-Ferdinand Becker de mettre en lumière les vrais rapports qui unissent la langue à la pensée, et de fonder sur ces rapports l'étude de la grammaire. Le principe fondamental de sa réforme grammaticale est exposé dans un ouvrage publié en 1829, et dont le titre : Organisme de la langue^ suffit pour nous montrer Becker comme un disciple de Pestalozzi; plus tard, ses diverses publications sur la grammaire allemande sont venues compléter son œuvre réformatrice ; et c'est en profitant de ces travaux que nous pourrons faire voir comment la doctrine que nous exposons s'applique à l'enseignement de la grammaire.
I^e langage n'est point une invention^ comme Fécriture^ les arts^ et les sciences; c'est une fonction naturelle de l'homme. Dieu^ en créant un être pensant^ a créé par là même un être parlant ; et c'est pourquoi Ton dit que la langue est d'institution divine. Sans la parole^ la pensée ne pouvait^ ni se développer selon les besoins de sa nature ni se communiquer selon les besoins de la vie sociale.
L'homme intellectuel et social a produit le langage comme un fruit naturel de son organisation.
Mais l'intelligence humaine est un tout organisé, et tous ses produits participent de son organisme. Ainsi la pensée est organisée; elle a ses membres dont chacun remplit la fonction qui lui est propre. Le langage, qui exprime la pensée, est organisé comme elle; il a ses membres qui correspondent à ceux de la pensée, et ces membres ont leurs fonctions particulières dans l'ensemble du discours.
La langue est donc un produit organique de l'intelligence humaine, tout comme le raisin est un produit organique de la vigne ; et de même que la vigne a produit des raisins très divers selon les circonstances dans lesquelles elle a dû croître et fructifier, de même l'intelligence humaine a produit des langues fort différentes selon les circonstances dans lesquelles chaque société d'homme a été appelée à vivre, à penser et à parler.
Cet organisme de la langue, que nous venons de montrer comme une conséquence de l'organisme de l'intelligence, est facile à constater dans tout idiome, surtout si l'on examine la transformation graduelle par laquelle il s'enrichit, soit en produisant des néologisnies, soit en s'assimilant les mots des autres idiomes qui lui sont nécessaires pour se compléter.
Ainsi la langue française a commencé par prendre dans l'ancien gaulois, dans le latin et dans le franco-germain, les éléments qui convenaient à son génie naissant; dans le moyen âge, elle a fait de nombreux emprunts à l'espagnol et surtout à l'italien; dans les temps modernes, c'est l'anglais qui lui a fourni le plus grand nombre de mots nouveaux. Et cependant.
dès le premier jour, notre langue vulgaire s'est montrée avec un organisme partîdUlier, qui n'était ni celui du celtique^ ni celui du latin, ni celui du germain, et qui tendait à modifier toutes les formes étrangères de langage pour les assimiler à celles de son propre génie. Aujourd'hui celte assimilation est complète pour tous les mots anciennement acquis; ils ont pris notre orthographe et nos terminaisons; à peine peut-on reconnaître leur origine étrangère. D'autres mots ont été adoptés, mais ne sont point encore assimilés; ils restent là avec les formes de la langue qui nous les a fournis; pour la nôtre, ce ne sont que des instruments d'emprunt qui ne sont point encore entrés dans son organisme.
Cependant, comme l'intelligence humaine est une, la pensée a des lois immuables qui se retrouvent dans toutes les langues malgré la diversité de leurs formes, et ce sont ces lois qui constituent la grammaire générale.
Puisque la langue est un tout organisé, on ne peut en acquérir l'intelligence complète qu'en étudiant les fonctions de chacun de ses organes; et Ton ne peut reconnaître ces fonctions organiques sans étudier en même temps celles qui leur correspondent dans la pensée.
Dès longtemps on avait reconnu le besoin d'une analyse de la pensée comme le fondement d'une analyse du langage; mais en procédant par la logique pure, on a médiocrement aidé aux progrès de la grammaire, et l'on est tombé dans des diflScultés inabordables à l'enseignement élémentaire. C'est que la logique pure, ou la logique de l'école, n'est point la logique de la langue, et ne suffit pas pour en expliquer toutes les nuances .
En effet, la logique pure est celle qui considère les idées perçues par l'être pensant, dans les rapports qui les unissent entre elles. Mais l'homme qui exprime ses idées par la parole est appelé à exprimer, non-seulement les rapports qui existent entre ces idées, mais encore les rapports entre ces idées et luimême, entre ces idées et l'homme à qui il s'adresse ; c'est-à-dire que le point de vue absolu de la logique de l'école se compli-
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que dans la langue par le point de vue relatif à celui qui parie et à celui à qui Ton parle.
n résulte de là que la syntaxe n'est point seulement une application de la logique pure, mais qu'elle procède de cette lo* gique du langage^ laquelle ne se développe qu'avec celui-ci. Pour la saisir dans ses premiers éléments organiques^ il faut donc étudier la langue à sa naissance^ c'est-à-dire au moment où elle se forme pour exprimer la pensée la plus simple^ la plus élémentaire.
Cette étude ne peut pas se faire d'une manière historiquement vraie^ parce que nous ne connaissons point ces premières paroles par lesquelles les premiers hommes ont exprimé leurspremières pensées; d'ailleurs c'est dans notre langue maternelle que nous devons procéder, et elle est sans doute bien éloignée de la simplicité de la langue primitive. Les premières paroles de l'enfant ne peuvent point non plus nous servir de guide, car elles s'adressent à des hommes dont le langage est tout formé ; elles sont une imitation et non point un produit indépendant et spontané du besoin qu'éprouve l'homme de manifester sa pensée.
Pour étudier l'organisme de la langue, nous rechercherons d'abord la pensée la plus simple, la première que l'homme ait reçue du pouvoir d'assimilation de son intelligence, la première qu'il ait dû sentir le besoin d'exprimer par sa parole ; nous en reconnaîtrons les éléments oi^niques, en même temps que les formes par lesquelles notre langue les exprime. Puis nous verrons successivement d'autres éléments, d'autres organes, venir compliquer la pensée, ainsi que la proposition qui la formule.
Il est naturel de penser que les premiers sons proférés par la bouche de Thomme étaient des interjections par lesquelles se manifestait ou la joie, ou la douleur, ou la crainte, ou l'étonnement, etc. L'interjection est un cri, et non point proprement un mot; elle exprime un sentiment simple, et non point une idée assimilée; elle forme à elle seule un tout distinct de la
proposition^ et n'entre point dans celle-ci comme partie intégrante de son organisme. C'est le langage de Tanimal^ que parfois l'homme ajoute au sien ; la grammaire n'a point à s'en occuper.
Mais la société humaine la plus simple^ la plus primitive» suppose un concours d'efforts dans un but commun; de là pour l'homme le besoin de faife concorder la volonté de son semblable avec la sienne^ et de transmettre sa pensée comme un ordre^ ou une prière^ ou un avertissement; et ce besoin^ qui se lie aux premières nécessités de la vie, aura été le premier à réclamer le secours de la parole ; c'est ainsi que l'homme aura dit d'abord : va, viens, cours, fuis, tiens, vois, prends, etc. Le verbe à l'impératif nous paraît donc avoir été à la fois le premier mot et la première proposition ; et en cela nous pouvons nous autoriser des récents progrès de la linguistique, qui prouvent que les plus anciens mots des langues primitives étaient des verbes monosyllabes.
Le verbe à l'impératif forme à lui seul une proposition; il en réunit, il en concentre en quelque sorte dans un seul mot tous les menîbres essentiels ; il exprime non-seulement l'idée principale représentée par le radical du verbe, mais encore les rapports de cette idée avec celui qui Ténonce et avec celui à qui on la communique. C'est une proposition contractée dont il est difficile de saisir les parties constituantes, et ce n'est point la proposition la plus simple. Pour ces deux raisons, elle ne peut pas servir de point de départ à notre enseignement.
La proposition simple et régulière exprime un fait d'observation ou un jugement, c'est-à-dire un acte de l'intelligence accompli avec un certain calme qu'excluent soit l'émotion plus ou moins vive qui s'exhale par l'interjection, soit le besoin plus ou moins pressant qui se manifeste par l'impératif du verbe. Ce calme relatif des passions est nécessaire à la liberté de la pensée et à la régularité de l'expression ; nous devons le supposer à l'homme dont nous voulons étudier le langage pour en découvrir les organes essentiels.
Les phénomènes naturels qui intéressent la vie de l^homme ont sans doute les premiers attiré son attention et provoqué sa parole; de ce nombre sont les mouvements rapides par lesquels il voit lui échapper l'animal dont il voudrait se rendre maître. Ainsi y pour représenter les premières propositions simples et régulières que la bouche de Thomme ait prononcées^ il nous est permis de choisir l'exemple : le lièvre court.
Ici^ ridée principale est évidemment celle du phénomène observé^ c'est-à dire celle de ce mouvement rapide par lequel le lièvre s'éloigne et qu'on exprime par le mot court. On n'affirme point l'existence du lièvre^ on la suppose connue; on dit seulement que le phénomène court se manifeste dans l'être le lièvre ^ Nous avons donc là deux idées distinctes : celle d'un phénomène et celle d'un être; mais ces deux idées ne formeraient point une pensée si elles n'étaient pas hées par le rapport qui indique que c'est dans cet être que se manifeste ce phénomène. Voyons comment notre proposition exprime ce rapport. Si l'on disait : le lièvre courir, le lièvre courons, il n'y aurait point de proposition ; il faut dire : le lièvre court; c'est donc le t final de court qui exprime ici le rapport entre le phénomène et l'être^ rapport qui complète l'organisme de la pensée^ comme le t qui le représente complète l'organisme de la proposition. Nous appelons flexion ce changement que subit la terminaison d'un mot pour exprimer un rapport.
Maintenant nous pouvons reconnaître les organes nécessaires de la pensée la plus simple :
^ Les objets de la nature physique ne se manifestent à nous que par rimpression qu'ils font sur nos sens, c'est-à-dire par leur action ou leurs qualités. Ces manifestations sont notre seul moyen de les connaître, c'est ce qui nous apparaît en eux , et cVst pourquoi nous les nommons phénomènes. Puis notre notion innée de substance nous fait concevoir quelque chose qui exerce cette action, qili porte en soi ces qualités, et que nous nommons un être. 11 n*en est pas autrement dans Tordre moral : lorsque notre sens moral perçoit un phénomène moral, nous Tattribuons à un être moral, Becker appelle activité ei substance ce que nous nommons pfiénomène et être. Ces dernières expressions nous ont paru plus claires et plus conformes à Tusage ordinaire de notre langue.
C'est d'abord une idée de phénomène qui est mise en rapport avec une idée d'être, c'est ce qu'on dit de cet être ; c'est pourquoi nous appelons cet organe le prédicat. Le prédicat est en quelque sorte le centre, le fond même de la pensée; c'en est l'organe le plus essentiel; dans l'exemple que nous avons choisi^ il est représenté par le mot court.
Puis c'est l'idée de l'être dont on dit le phénomène exprimé par le prédicat; nous l'appelons le svjet. Dans la pensée exprimée par le lièvre court, le lièvre représente le sujet.
Mais le prédicat n'est point un organe simple; il comprend à la fois une idée de phénomène et le rapport qui la lie à une idée d'être; sans ce rapport il n'y aurait point de prédicat. Dans notre exemple le lièvre court, le prédicat court exprime : 1° l'idée de phénomène représentée par le radical cour; 2° le rapport représenté par la flexion t, et que nous appelons rapport prédicat! f.
Les organes de la proposition correspondent exactement à ceux de la pensée, et, pour abréger, nous leur laissons les mêmes noms. Dans le lièvre court, court est le prédicat, le lièvre est le sujet, le t final de court est le rapport prédicatif. Dans le corbeau vole, vole est le prédicat, le corbeau est le sujet, Ve final de vole est le rapport prédicatif.
L'expression de la pensée la plus simple peut se présenter sous une autre forme ; on dira, par exemple, le corbeau est noir, le soleil est chaud. Dans ces exemples nous retrouvons : !<> Tidée principale, celle du phénomène observé, et qu'expriment Jes mots noir, chaud; 2«» l'idée de l'être dans lequel se manifeste le phénomène, le corbeau, le soleil; 3° le rapport qui lie le phénomène à l'être, et qui est ici exprimé par un mot particulier est. Ainsi, dans ces exemples, nous avons encore : d'abord le prédicat : est noir, est chaud, puis le sujet : le corbeau, le soleil, enfin le rapport prédicatif : est.
Nous devons encore parler d'une troisième forme sous laquelle se présente l'expression de la pensée la plus simple, bien qu'elle suppose chez l'homme qui l'emploie un langage
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déjà perfectionné et un grand nombre d'observations : ce n'est qu'après avoir observé les phénomènes divers qui existent à la fois dans le pigeon^ le merle^ le canard^ etc.^ qu'on les a réunis dans rétre de raison qu'on désigne par le nom commun oiseau; mais alors ^ pour décrire un nouvel animal de cette classe^ on n'est plus obligé d'en éniunérer tous les caractères^ et de dire par exemple : le corbeau vole^ il pond des œufs^ il est emplumé; bipède^ etc.; il suffit de dire : le corbeau est un oiseau; et dans cette proposition le mot oiseau exprime l'idée de l'ensemble des phénomènes qui se manifestent chez tous les êtres de la classe des oiseaux. Ici^ est un oiseau est le prédicat^ le corbeau est le sujets est est le rapport prédicatif. '
Maintenant nous avons étudié la pensée la plus simple^ celle qui n'a que deux organes : un prédicat et un sujet; nous avons reconnu les diverses formes des propositions par lesquelles notre langue exprime cette pensée. Avant d'examiner les pensées d'un organisme plus compliqué^ nous étudierons les divers mots employés dans les propositions qui nous sont connues^ afin de classer ces mots d'après les fonctions qu'ils ont à remplir.
Dans les propositions : le lièvre court, le corbeau est noir, les mot court, noir, expriment tous deux l'idée de phénomène du prédicat; mais le mot court, par sa flexion t, exprime en même temps le rapport qui lie l'idée de phénomène à l'idée d'être^ tandis que le mot noir n'est pas susceptible d'exprimer ce rapport par sa flexion^ en sorte que dans la seconde proposition il est besoin d'un mot particulier est pour l'expression du rapport. Les mots qui expriment une idée de phénomène^ et qui peuvent en même temps par leur flexion exprimer le rapport prédicatif sont des verbes. Les mots qui expriment une idée de phénomène^ mais qui ne sont pas susceptibles d'exprimer par leur flexion le rapport prédicatif^ sont des adjectifs*. Le mot
* La différence entre le verbe et Tadjectif ne consiste pas essentiellement dans la nature du ph^^noroène dont ils expriment Fidée; ainsi Ton dit : le soleil brille et le soleil est brillant, et c'est l'idée du même phénomène qne
qui sert à exprimer le rapport prédîcatif^ dans une proposition où l'idée de phénomène est représentée par un adjectif^ s'appelle verbe auxiliaire*.
Le rapport prédicatif exprimé par la flexion du verbe^ dans la proposition simple, comprend le rapport de personne, le rapport de nombre et le rapport de temps.
Le rapport de personne indique quelle est celle des trois personnes grammaticales qui est sujet du prédicat; il est exprimé par la flexion du verbe et par un mot particulier qui représente le sujet et qui fait connaître s'il est la personne qui parle, celle à qui l'on parle, ou celle de qui l'on parle ; ce mot s'appelle pronom personnel; exemple :7> par/^, tu parles y il parle. L'emploi du pronom personnel est superflu dans les langues dont les verbes ont une flexion bien caractérisée pour les trois personnes'.
Le rapport de nombre fait connaître si le prédicat a pour sujet un seul être ou plusieurs êtres : je parle, nous parlons; le lion rugit, les lions rugissent.
Le rapport de temps sert à déterminer le moment où s'accomplit le phénomène du prédicat, soit par rapport à celui où l'on parle : je lis, j'ai lu, je lirai, soit par rapport à celui d'un
autre phénomène : je lisais quand La flexion des verbes de
notre langue ne suffit pas pour exprimer tous les rapports de temps ; on y supplée par des mots particuliers qui sont des verbes auxiliaires de temps : j'ai lu, je viens de lire, je vais lire, f avais lu ce livre quand vous êtes venu, quand j'aurai lu ce livre
la première proposition exprime par le verbe britle et la seconde par Tadljectif brillant,
^ Le verbe être n'est pas toi^ours auxiliaire ; quelquefois il est pris dans le sens d'exister^ alors il exprime aussi une idée de phénomène, et il est uo verbe ordinaire, par exemple, dans la proposilion : Chateaubriand n'est plus.
* Le rapport de personne appartient à ce que nous avons appelé le point de vue relatif de la langue; en effet, il n*existe que dans la logique du langage, et non point dans la logique pure, laquelle ne considère que les rapports des idées eotre elles.
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je VOUS en parlerai. Les mots aiy viensy vaisy avais, êtes, aurai, sont ici des verbes auxiliaires de temps ^
Après avoir reconnu les mots qui servent à exprimer le prédicat; nous devons nous occuper de ceux par lesquels la langue représente le sujet. Dans toute pensée^ le sujet exprime une idée d'être; or tout mot qui représente une idée d'être est un nom ou substantif; ainsi les mots le lièvre^ le corbeau, qui servent de sujet aux propositions citées^ sont des noms.
On appelle nom commun celui qui n'exprime à lui seul que ridée d'un être déterminé comme espèce, et nom propre celui qui exprime à lui seul Tidée d'un être déterminé comme individu.
L'esprit humain considère souvent un phénomène en faisant abstraction des êtres dans lesquels il se manifeste; alors il se le représente comme ayant une existence indépendante, il en fait an être, et il lui donne un nom ; on appelle noms abstraits ceux qui expriment l'idée abstraite d'un phénomène. La marche, la bonté, sont des noms abstraits : le premier exprime l'idée abstraite d'une action, le second l'idée abstraite d'une qualité '.
Dans notre langue, le nom commun est ordinairement accompagné d'un mot qui fait connaître si l'être dont on parle est déterminé ou indéterminé parmi ceux de son espèce; ce mot s'appelle : article. Varticle défini indique que le nom auquel il est joint est pris dans un sens déterminé, soit parce qu'on parle également de chacun des individus de l'espèce comme dans l'exemple : le corbeau vole, soit parce que l'on parle d'un être que la suite du discours distinguera de tous les autres de l'espèce comme dans l'exemple : le corbeau que f ai pris est blessé. L'article indéfini indique que le nom auquel il est joint exprime
* Ce n*est que dans la proposition compo éc qu'on peut étudier tous les cas du rapport de temps et aborder le rapport de mode.
* L'infinitif est une forme particulière du verbe, indépendante de tout rapport prédicatif^ et qui exprim; aussi Tidée abstraite d'une action ou d'un état. Voilà pourquoi Tinfinitif du verbe est souvent employé comme un nom.
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ridée d'un être indéterminé parmi ceux de son espèce^ comme dans l'exemple : un corbeau est venu se percher sur cet arbre.
Jusqu'ici nous avons analysé la pensée qui n'a que deux organes^ un prédicat et un sujet; nous avons examiné la proposition qui l'exprime et qui ne renferme également que deux membres; enfin nous avons classé les divers mots de cette pi-oposition d'après les fonctions organiques qui leur appartiennent. Mais ce que nous n'avons fait qu'esquisser^ l'instituteur le traitera avec tous les développements nécessaires à l'instruction de ses élèves ; il exigera que ceux-ci trouvent eux-mêmes des exemples nombreux^ corrects et d'un sens vrai ; puis il leur fera formuler les règles dont ces exemples fournissent l'application.
Maintenant nous devons poursuivre notre étude de l'organisme du langage^ en faisant voir comment^ soit la pensée^ soit la proposition qui l'exprime, peuvent s'étendre et se compléter par le concours de nouveaux organes.
Lorsque nous disons : le chien mord, nous n'exprimons pas une pensée complète, car le phénomène mord, que nous reconnaissons dans l'être le chien, implique l'idée d'un autre être sur lequel il s'accomplit, d'un être qui est mordu, et qu'il faut indiquer ; la pensée sera complétée si Ton dit : le chien mord la brebis. De même si nous disons : Paul ressemble, je dépends, nous n'exprimons pas des pensées complètes ; il est nécessaire de dire à qui Paul ressemble, de qui je dépends ; nous compléterons ces propositions en disant : Paul ressemble à son frère, je dépends de mon père. Dans ces divers exemples nous trouvons l'idée d'un nouvel être, qui n'est pas le sujets et qui est aussi en rapport avec le phénomène du prédicat. C'est un troisième organe qui est venu compliquer .notre pensée, et imposer un troisième membre à notre proposition. Nous appelons objet, soit ce nouvel organe de la pensée, soit l'organe qui lyi correspond dans le discours.
L'objet représente une idée d'être, par conséquent il est exprimé par un nom. Mais il n'entrerait pas dans l'organisme
du langage s'il ne s'y trouvait pas lié à un autre organe; l'objet est lié au prédicat par un rapport particulier que nous appelons rapport objectif.
Diverses langues expriment le rapport objectif par la flexion du nom qui désigne l'objet (par les cas); notre langue manque de cette flexion et emploie d'autres moyens.
Dans l'exemple : le chien mord la brebis (objet direct), le rapport objectif est exprimé par la construction, c'est-à-dire par la place qu'occupe l'objet dans l'ordre des mots de la proposition. Ainsi, si nous disions : la brebis mord le ckien, la brebis serait le sujet et le chien l'objet; la pensée ainsi exprimée serait diflerente de la première.
• Dans les exemples : Paul ressemble à son frère, je dépends de mon père (objets indirects), le rapport objectif est exprimé par les mots particuliers û, de, qu'on appelle prépositions*.
La pensée simple, de même que la proposition qui la formule, n'a jamais plus de trois membres : le prédicat qui exprime l'idée d'un phénomène, le sujet et l'objet qui expriment chacun l'idée d'un être en rapport avec le phénomène du prédicat. Mais ces idées existent souvent dans notre esprit avec des particularités qu'un seul mot ne saurait exprimer; alors le développement de l'idée exige un développement du membre qui la représente dans la profiosition.
Nous appelons compléments, soit les particularités que notre esprit ajoute à l'idée principale, soit les mots que, pour exprimer ces particularités, la langue ajoute aux mots qui représente ridée principale. Les compléments sont de nouveaux organes ; mais ce sont des organes secondaires, qui naissent en quelque sorte des organes principaux comme les rameaux d'un arbre poussant sur ses branches.
Le prédicat seul exprime une idée de phénomène ; c'est pour-
^ On verra plus tard que la préposition indique un rapport entre une idée de phéiiomèufî et une idée d'ètpo, ou bien entre deux idées d'être : soit entre les mots qui expriment ces idé^s ; de même que la conjonction indique un rapport entre deux pensées : soit entre les propositions qui les expriment.
quoi les compléments du prédicat se distinguent de tous les autres en ce qu'ils représentent les particularités d'une idée de phénomène.
Pour notre esprit^ les particularités d'un phénomène consistent : d'abord dans ses rapports avec nos notions innées d'espace^ de temps et de causalité^ puis dans les modifications dont il est susceptible sous le rapport dQ la quantité et de la qualité^ rapport que nous désignons par le mot modalité. Il résulte de là que le phénomène peut avoir des compléments de iieu^ de temps^ de causalité et de modalité. Gomme ces compléments indiquent les circonstances particulières dans lesquelles se produit le phénomène observé^ nous les nommons compléments circonstanciels ou simplement circonstanciels. Dans les exemples : Paul est arrivé ici, Paul partira demain^ PatU marche bien, ici est un circonstanciel de lieu^ demain un circonstanciel de temps^ et bien un circonstanciel de modalité.
Lorsque le circonstanciel est exprimé par un seul mot, ce mot s'appelle adverbe; ici adverbe de lieu, demain adverbe de temps, bien adverbe de modalité.
Mais souvent le circonstanciel ne peut être exprimé qu'à Taide d'un rapport qui existe entre Tidée de phénomène du prédicat et une idée d'être ; alors il est représenté par un nom avec préposition, et c'est la préposition qui exprime ce rapport circonstanciel. Dans les 'exemples : le lièvre court vers la forêt, le lièvre court dès le matin, le poltrmi tremble de frayeur, le soldat combat pour la gloire, vers la forêt est un circonstanciel de lieu, dès le matin un circonstanciel de temps, de frayeur et pour la gloire sont des circonstanciels de causalité; vers exprime un rapport circonstanciel de lieu, dès un rapport circonstanciel de temps, de et pour des rapports circonstanciels de causalité.
Le sujet et l'objet expriment des idées d'êtres ; leurs complénïents représenteront donc des particularités d'uue idée d'être, c'est-à-dire qu'ils serviront à distinguer cette idée de celle de tout autre être de même espèce; ainsi ils détermineront l'être dont on parle. C'est pourquoi nous les appelons
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compléments déterminatifs^ ou simplement déterminatifs. Lorsqu'on dit : le chien de berger mord la pauvre brebis, de berger est un déterminatif du sujet, pauvre est un déterminatif de Tobjet.
L'idée d'un être peut être déterminée par celle d'un phénomène qui lui appartient ; exemple : le chien noir, le bel homme; alors le déterminatif est représenté par un adjectif dont la flexion de genre et de nombre exprime le rapport qui le lie au nom : les chiens noirs, les belles femmes. L'idée d'un être peut encore être déterminée à i aide d'un rapport qui le lie à un autre être ; exemple : le chien de berger, le pot à lait; ici le rapport déterminatif est exprimé par les prépositions de, à. Enfin l'idée d'un être peut aussi être déterminée par une autre idée d'être, laquelle représente également l'individu qu'on veut désigner; dans ce cas le déterminatif est un nom par apposition; exemple : Napoléon empereur, le marécfial Ney ; et le rapport déterminatif est exprimé par la place qu'occupe dans la proposition le nom déterminatif, à côté du nom qu'il détermine.
Pour compléter ce qui concerne les déterminatifs nous aurions encore à parler des mots qu'on a appelés adjectifs numéraux, possessifs, démonstratifs, etc. ; mais l'espace nous manque pour entrer dans tous ces détails.
Maintenant nous connaissons tous les organes de la proposition simple, nous pouvons nous occuper de la proposition composée : c'est ainsi qu'on nomme celle dont un ou plusieurs organes sont développés de manière à former des propositions subordonnées de la proposition principale. Tout organe, excepté le prédicat, peut devenir une proposition subordonnée ; nousaurons donc à examiner la proposition sujet, la proposition objet, la proposition circonstancielle et la proposition déterminative, ainsi que les moyens par lesquels la langue exprime les rapports qui lient ces diverses subordonnées à la proposition principale.
Si nous disons : il est impossible que r homme comprenne tout, le prédicat est impossible a pour sujet apparent le mot il; mais ce mot n'est mis là que pour la symétrie de la proposition, et
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il ne fait que représenter le sujet qui est exprimé plus loin; en effet, qu'est-ce qui est impossible? que l'homme comprenne tout; cette dernière proposition est donc le véritable sujet du prédicat est impossible^ c'est une proposition sujet.
Lorsqu'on dit : la charité exige que tu rendes le bien pour le mal, le prédicat exige a pour objet : que tu rendes le bien pour le mal y et cette dernière proposition est une proposition objet.
Dans ces deux cas, c'est-à-dire, soit qu'une proposition subordonnée soit sujet ou objet de la proposition principale, le rapport qui la lie à celle-ci est exprimé : d'abord par un mot particulier 9ue nommé conjonction simple, puis par une flexion particulière du verbe : comprenne, rendes, qu'on appelle mode subjonctif^.
Lorsqu'on dit : la chèvre broute où elle est attachée , les mots où elle est attachée expriment un circonstanciel de lieu du prédicat broute, ils forment une proposition circonstancielle de lieu. Le mot où exprime le rapport circonstanciel de lieu qui lie la proposition subordonnée à la proposition principale; c'est un adverbe conjonctif de lieu.
Dans l'exemple : le chien mord la brebis lorsqu'elle s*écarte du bon chemin, les mots : lorsqu'elle s'écarte du bon chemin expriment un circonstanciel de temps du prédicat mord; ils forment une proposition circonstancielle de temps, dont le rapport à la proposition principale est exprimé par le mot lorsque, composé de la conjonction simple ^ue et du mot lors, qui désigne un rapport de temps; lorsque est un adverbe conjonctif de temps.
Si l'on dit : le chien mord la brebis pour qu'elle reprenne le bon chemin, les mots pour qu'elle reprenne le bon chemin expriment un circonstanciel de causalité du prédicat mord; ils forment une proposition circonstancielle de causalité, dont le rapport à la
^ Les modes du verbe appartiennent aussi au point de vu'i relatif de la langue ; car ils expriment^ non point des modifications ou des circonstances du phénomène lui-mcme, mais s.'ulement les divers rapports de réalité, de possibilité, de dépendance, etc., sous lesquels le phénomène se présente à la pensée.
proposition principale est exprimé : d'abord par Vadverbe conjonctif de causalité pour que, puis par le mode subjonctif revienne.
Les propositions circonstancielles de causalité ont une forme raccourcie, dans laquelle la conjonction, le sujet et le subjonctif du verbe sont remplacés par Tinfinitif ; c'est ainsi qu'on dit : je travaille pour vivre, tandis que la forme développée de cette proposition composée serait : je travaille pour que je vive. Pour vivre est donc une proposition circonstancielle de causalité raccourcie.
Nous avons une autre forme raccourcie qui sert à abréger les propositions circonstancielles, soit de temps, soit de modalité. C'est ainsi qu'au lieu de : je chante pendant que je marche, on peut dire :je chante en marchant; en marchant est une proposition circonstancielle de temps raccourcie. On dira de même : allez-y en courant, au lieu de : allez-y de manière que vous courriez; en courant indique la manière d'aller, c'est une proposition circonstancielle de modalité raccourcie. La forme particulière du verbe dont nous venons de voir l'emploi s'appelle le gérondif.
Il nous reste à examiner les propositions déterminât ives, c'est-à-dire celles qui servent de complément déterminatif à une idée d'être qui peut être le sujet ou l'objet de la proposition principale.
La proposition déterminative est liée à la proposition principale par un mot particulier qui, en même temps qu'il exprime le rapport conjonctif, représente dans la proposition subordonnée le nom de Têtre que celle-ci est appelée à déterminer; ce mot s'appelle pronom conjonctif, et il varie selon la fonction que remplit^ dans la proposition subordonnée, l'idée d'être qu'il représente. Voici des exemples des divers cas qui peuvent se présenter :
L'homme qui m'a secouru s'est éloigné; le pronom conjonctif qui indique que l'idée d'être l'homme, qu'il s'agit de déterminer, est le sujet de la proposition déterminative : qui m'a secouru.
L'homme que fai secouru s'est éloigné; le pronom conjonctif que indique que cette idée d'être est l'objet de la proposition déterminative : que fai secouru.
L'homme à qui fai rendu sei*vice s'est éloigné; le pronom conjonctif composé à qui indique que cette idée d'être est Tobjet indirect de la proposition déterminative : à qui fai rendu service.
L'homme dont (de qui) le fils m'a secouru s'est éloigné ; le pronom conjonctif dont (de qui) indique que cette idée d'être est un complément déterminatif du sujet de la proposition déter* minative : dont le fils m'a secouru.
Enfin la proposition déterminative peut encore être liée au nom d'être qu'elle détermine, par un rapport circonstanciel de lieu, de temps ou de causalité; dans ce cas, la subordination est exprimée par un adverbe conjonctif.
Je regrette le pays ou je suis né; dans cet exemple, l'adverbe conjonctif où indique que l'idée d'être le pays, qu'il s'agit de déterminer, est un complément circonstanciel de lieu du prér dicat suis né de la proposition déterminative : où je suis né.
Viendra-t'il un temps où tous les hommes s'aimeront en frères? dans cette proposition composée, l'adverbe conjonctif om indique que l'idée d'être un temps, qu'il s'agiède déterminer, est un complément circonstanciel de temps du prédicat aimeront de la proposition déterminative : où tous les hommes s'aimeront en frères.
L'homme craint le mal dont (à cause duquel) il a déjà souffert; ici, l'adverbe conjonctif dont indique que l'idée d'être le mal, qu'il s'agit de déterminer, est un complément circonstanciel de causalité du prédicat a souffert de la proposition déterminative : dont il a déjà souffert.
Maintenant nous avons examiné tous les rapports de subordination qui peuvent lier entre eux les membres d'une proposition composée, ainsi que les diverses espèces de mots qui servent à exprimer ces rapports. Est-il nécessaire d'ajouter qu'une proposition subordonnée peut elle-même avoir l'un de
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ses membres exprimé par toute une proposition , laquelle est alors une subordonnée du second degré ; qu'il peut y avoir de même des subordonnées du troisième^ du quatrième degré? etc.
Lorsque deux propositions sont liées entre elles sans que Tune soit le développement d'un membre de l'autre, il n'y a plus de subordination, mais les deux propositions sont coordonnées; elles forment une période. On conçoit qu'une période peut avoir un nombre quelconque de propositions coordonnées, et que chacune de celles-ci peut être composée.
Les propositions coordonnées d'une période sont liées entre elles par divers rapports qu'on exprime à l'aide de mots appelés conjonctions.
Ce sont d'abord les conjonctions qu'on nomme copulatives, parce qu'elles indiquent simplement qu'une pensée est ajoutée à une autre pensée : et, déplus, en outre.
Puis les conjonctions qu'on appelle adversatives. parce qu'elles annoncent quelque opposition entre deux pensées, ou du moins quelque restriction apportée à une pensée par une autre pensée : pourtant, mais, cependant, toutefois.
Puis encore les conjonctions qui expriment Talternative ; ou, ou bien, soit; celles qui servent à indiquer l'analogie entre deux pensées : de même, ainsi ; ou celles qui posent une pensée comme condition d'une autre pensée : si, pourvu que.
Enfin les conjonctions qu'on a appelées conclusives, parce qu'elles annoncent une pensée comme la conséquence d'une autre pensée : comme, aussi, car, parce que, donc, par conséquent.
Maintenant, nous avons exposé dans une rapide esquisse tout l'organisme du langage. Nous terminerons ce chapitre en donnant l'analyse d'une période de Bossuet. On y verra en fonction les divers organes que nous avons fait connaître; on y retrouvera les formes par lesquelles notre langue exprime ces diverses fonctions.
a De quelque superbe distinction que se flattent les hommes.
a ils ont tous la même origine; et cette origine est petite. Leurs « années se poussent successivement comme des flots : ils ne « cessent de s*écouler^ tant qu'enfin après avoir fait un peu plus a de bruit^ et traversé un peu plus de pays les uns que les auc( tres^ ils vont tous ensemble se confondre dans un abime^ où a Ton ne reconnaît plus ni princes^ ni rois^ ni toutes ces autres « qualités superbes qui distinguent les hommes. »
Cette période comprend quatre propositions coordonnées.
La première est une proposition composée^ dont la principale : ils ont tous la même origine , est précédée d'une subordonnée qui nous présente une forme particulière de langage^ laquelle constitue un gallicisme. De quelque superbe distinction que se flattent les hommes^ revient à dire : malgré que les hommes se flattent de toute superbe distinction; et la conjonction malgré que nie la causalité^ comme la conjonction parce que Taffirme. La subordonnée par laquelle commence notre période est donc une proposition circonstancielle de causalité négative.
La seconde : et cette origine est petite est une proposition simple liée à la précédente par la conjonction copulative et.
La troisième : leurs années se poussent successivement comme des flots y renferme deux propositions simples^ coordonnées et liées entre elles par la conjonction comme qui exprime un rapport d'analogie ; mais la seconde de ces propositions est tronquée, parce qu'elle a le même prédicat que la première, et qu'il était inutile de le répéter en disant : leurs années se poussent comme des flots se poussent.
La quatrième coordonnée de cette période est une proposition composée qui exige une analyse plus détaillée :
Ils ne cessent de s'écoule^'; proposition principale.
Tant que; adverbe conjonctif de temps qui lie la principale à sa subordonnée circonstancielle de temps : ils vont.
Enfin; circonstanciel de temps du prédicat vont.
Après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus de pays les uns que les autres ; proposition circonstancielle de temps du prédicat vont; subordonnée du second degré.
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Cette proposition est raccourcie et en renferme deux liées entre elles par la conjonction copulative et; leur forme développée serait : après qu'ils ont fait un peu plus de bruit les uns que les autres, et après qu'ils ont traversé un peu plus de pays les uns que les autres.
Ils vont; proposition circonstancielle de temps^ subordonnée du premier degré de la principale : ils ne cessent de s'écouler.
Fous; déterminatif du sujet ils, qui représente les hommes.
Ensemble; circonstanciel de modalité du prédicat vont.
Se confondre {pour qu'ils se confondent); proposition circonstancielle de causalité (indiquant le but) du prédicat vont; subordonnée du second degré.
Dans un abîme; circonstanciel de lieu (but) de la subordonnée précédente.
Où Pon ne reconnaît plus; proposition déterminative de l'idée d'être abîme; subordonnée du troisième degrés liée à la précédente par l'adverbe conjonctif de lieu où.
Ni princes, ni rois y ni toutes ces autres qualités superbes; trois objets directs du prédicat reconnaît. Il y a ici trois propositions dont les deux dernières sont tronquées^ parce qu'elles ont le même prédicat que la première^ et que ce prédicat n'est pas répété ; ces trois propositions sont liées entre elles par la conjonction copulative ni qui remplace et ne.
Qui distinguent les hommes ; proposition déterminative de l'idée d'être qualités; subordonnée du quatrième degré^ liée à la précédente par le pronom conjonctif qui.
C'est à regret que nous avons abrégé l'exposition qui précède^ forcé de négliger une foule de détails qui lui eussent donné plus de clarté^ plus d'intérêt et de vie. Mais il faudrait écrire un volume entier pour exposer le cours de grammaire que nous conseillons aux instituteurs.
Nous croyons cependant en avoir dit assez pour leur faire comprendre comment leur enseignement peut et doit être basé
sur rorganisme du langage^ et celui-ci sur Torganisme de la pensée. S'ils veulent essayer cette marche^ ils verront Tétude de la grammaire offrir à leurs élèves un vif intérêt , et leur donner une grande facilité pour apprendre les langues étrangères et les langues mortes.
Mais qu'ils n'oublient point Tenchatuement rigoureux et la gradation lente qui doivent présider à l'accomplissement de leur tâche ; qu'après avoir fait découvrir à leurs élèvbs chaque organe de la pensée^ ils leur fassent étudier les mots et les flexions par lesquels cet organe est représenté dans la langue^ et qu'ils leur laissent trouver la plupart des nombreux exemples qui doivent servir à reconnaître et à corroborer chaque règle.
Ainsi s'évanouiront les difficultés que la rapidité de notre exposition a pu faire redouter au lecteur; difficultés qui ne seraient que trop réelles^ si Ton oubliait que l'enseignement de la grammaire doit être réservé pour des élèves qui ont déjà consacré quatre ou cinq ans aux études élémentaires indiquées dans les chapitres précédents.
COUP d'(eil sur les études supérieures