EXPOSITION GÉNÉRALE DU SUJET
Le bonheur des nations^ comme celui des individus, dépend bien moins de l'étendue des pouvoirs physiques et intellectuels de l'homme, que de la volonté qui le décide dans Tusage qu'il peut faire de ces pouvoirs; et cette volonté subit Tinfluence de tous les sentiments qui régnent dans son cœur. L'éducation du cœur est donc, non-seulement la partie la plus importante de Tœuvre éducative, mais encore une condition indispensable pour que le développement intellectuel et physique de l'homme soit vraiment salutaire, pour qu'il ne devienne pas l'instrument du mal.
Dans divers pays déjà, l'on a fait de grands efforts pour améliorer l'éducation populaire, et l'on a réalisé quelques progrès incontestables; mais ces progrès n'ont point exercé sur le bonheur et sur la moralité des masses tous les heureux effets qu'on en attendait. C'est que, dans tous ces essais, l'instruction a été la seule chose dont on se soit constamment et sérieusement occupé; c'est que l'éducation morale, indispensable pour imprimer à l'activité humaine une direction salutaire, si elle n'y a
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pas été toujours entièrement sacrifiée et réduite à un vain simulacre^ n'y a du moins jamais tenu la place importante qui devait lui appartenir.
N'est-ce pas le vice qui si souvent empêche les hommes de faire un bon usage ^ soit de leur temps ^ soit de leurs forces^ soit du salaire qu'ils ont gagnée et qui les plonge ainsi dans un gouffre de misères? Et l'éducation du cœur n'est-elle pas sinon le seul remède^ du moins le plus puissant^ le plus indispensable^ contre cette hideuse plaie du paupérisme qui ronge les sociétés modernes?
Mais c'est au point de vue du développement religieux, duquel dépendent les intérêts éternels de l'homme, que l'éducation morale se présente à nous avec sa suprême importance, c'est-à-dire comme la seule chose nécessaire.
Fondée sur les lois immuables qui régissent la nature humaine, et que Dieu a établies non-seulement pour les besoins de la vie terrestre de l'homme, mais encore pour sa préparation à l'éternité, la méthode d'éducation que nous exposons reconnaît et garantit à la culture du cœur cette prééminence qui lui appartient, et sans laquelle elle n'est plus rien.
Ainsi, en traitant l'éducation intellectuelle et l'éducation physique, nous n'avons rien demandé qui pût exciter un mauvais sentiment dans le cœur de l'enfant; nous ne lui avons proposé que des exercices appropriés à ses facultés comme à ses besoins, et qui, acceptés sans contrainte, lui ont fait voir dans son maître un bienfaiteur et un ami, dont il est disposé à respecter et à suivre les conseils ; le goût que nous avons maintenu en lui pour l'étude libre et désintéressée des merveilles de la création ne lui a point laissé attacher son cœur aux plaisirs grossiers et égoïstes; enfin les exercices corporels et les travaux divers, qui ont toujours rempli les intervalles de ses leçons, l'ont préservé de l'oisiveté et des mauvaises pensées qu^elle engendre.
L'éducation de l'intelligence et celle du corps, telles que nous les avons exposées, loin de compromettre l'éducation du