‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 59 sur 67 · MOYENS INDIRECTS D'ÉDUCATION. DE L*EXEMPLE · texte numérisé non relu

MOYENS INDIRECTS D'ÉDUCATION. DE L*EXEMPLE

entourait leur enfant à son entrée dans la vie. Ils comprennent que c'est pour eux une sainte obligation de ne lui donner jamais que de bons exemples; dans ce but ils répriment bien des défauts^ ils surmontent bien des faiblesses ; ils s'observent nonseulement devant leur enfant^ mais encore en son absence^ pour se maintenir dignes de leur belle mission. C'est ainsi que le devoir de la paternité réagit souvent sur les jeunes époux, et devient pour eux une cause de régénération.

Mais bientôt le bon exemple des parents ne suffit plus; bien-* tôt, pour leur bien-aimé, le progrès même des années apporte de nouveaux besoins; il faut étendre la sphère de ses relations et de son activité; le mal vient s'offrir à lui à côté du bien ; et chaque jour oblige à plus de vigilance ceux qui ont le devoir' de le guider et de le préserver.

Pour les enfants des riches, c'est ordinairement des domestiques que viennent les premiers dangers de l'exemple, dangers qui augmentent d'autant plus que nous nous éloignons de la vie patriarcale de nos ancêtres, que les serviteurs cessent de se considérer comme des membres de la famille et de participer ainsi aux sentiments qui l'animent. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les devoirs qui en résultent pour les parents, quant au choix et à la surveillance des domestiques qui doivent être journellement en contact avec leurs enfants.

Mais c'est surtout lorsque ceux-ci commencent à se lier, hors du cercle de la famille, avec des camarades de jeux ou avec des camarades d'école, que les parents doivent examiner avec soin les exemples qu'ils trouveront dans ces nouvelles relations.

La camaraderie a pour le premier âge de la vie un attrait irrésistible ; souvent elle fait renoncer l'enfant aux douceurs du toit paternel pour des plaisirs qui nous sont incompréhensibles; elle lui montre tout en beau dans un nouvel ami; et quelquefois elle produit un engouement qui transforme en qualités les plus vilains défauts. De là viennent à cet âge les funestes effets du mauvais exemple; de là aussi, pour les pa-

vents y Tobligation de bien choisir, si possible, les camarades de leurs «nfants, ou du moins d'empêcher «ne liaison trop intime avec ceux dont rinfluence serait funeste et dont pourtant le contact ne peut être entièrement évité.

Cependant 9 Tenfance se passe, Tadolescence arrive, et avec die des passions plus ardentes, plus dissimulées, et qui rendent les mauvais exemples d'autant plus dangereux que l'esprit de camaraderie n'a rien encore perdu de sa force. Alors, sans doute, les parents doivent redoubler de vigilance et de soins pour écarter les influences qui menacent la moralité de leurs «nfants ; mais alors aussi leur pouvoir est insuffisant pour y parvenir.

Les jeunes gens ont besoin d'une <;ertaîne liberté sans laquelle leur développement s'arrête : ils doivent faire par euxmêmes l'apprentissage de la vie et de la société. Il est donc impossible de les tenir éloignés de tous les mauvais exemples que le monde étale autour d'eux. Leur seule sauvegarde alors est en eux-mêmes ; c'est leur sagesse, c'est leur amour du devoir, c'est leur religion ; c'est aussi leur force de caractère, c'est-à-dire le pouvoir et l'habitude de surmonter leur penchant à l'imitation dès qu'il les engage dans une voie condamnée par leur raison et par leur conscience.

Heureux alors les parents qui ont muni le cœur de leur enfant pour cette lutte contre le mal, et qui, non contents de le préserver le plus possible des mauvais exemples, ont exercé d'avance en lui la force de résister à leur empire.

Si les exemples que nous trouvons dans la société qui nous entoure exercent sur nous une si grande influence, ceux que nous ne connaissons que par des récits ou par des lectures ne sont pas non plus sans action sur nos sentiments, sur notre volonté, sur notre conduite. Il en résulte, pour l'éducation des enfants, d'une part un nouveau danger à éviter, de l'autre un nouveau moyen de développement moral.

Le petit enfant aime les histoires, il en demande sans cesse, il entend vingt fois avec plaisir celle qui l'a intéressé; dans la

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plupart des familles^ on profite bien de cette disposition pour l'amuser ou pour le distraire^ mais on ne met point assez d'importance au choix des exemples qu'on lui présente. Ces premiers récits sont ordinairement des fictions; n'importe, ils peuvent n'en être pas moins salutaires s'ils n'offrent à l'enfant que du bien à imiter; nous devons même reconnaître qu'on trouve rarement dans la réalité toute la simplicité^ toute l'innocence qu'ils exigent.

Il ne faut cependant considérer l'emploi de la fiction que comme une nécessité du moment^ et qui porte en elle ses dangers. Œuvre de la fantaisie de l'homme^ la fiction a toujours quelque chose de faux; et l'enfant qui s'y accoutume^ perd peu à peu le goût du vrai et de la réalité. Nous croyons donc que les parents ne doivent pas tarder à abandonner la fiction pour l'histoire^ et c'est d'abord dans des récits tirés de l'histoire sainte qu'ils trouveront les exemples les plus salutaires.

Plus tard^ les mêmes soins seront apportés au choix des lectures de l'enfant; on se fera une loi de ne mettre entre ses mains que des livres irréprochables au point de vue de la morale^ et si possible aussi au point de vue du goût; on préférera toujours la réalité à la fiction, l'histoire au roman; et l'on n'oubliera point que les exemples fournis par la lecture peuvent exercer une puissante influence sur de jeunes imaginations.

Cependant, un temps viendra où vous ne pourrez pas plus garantir votre enfant des mauvais exemples qu'on trouve dans les livres que de ceux qu'on rencontre dans la société. L'histoire de l'humanité qu'ils doivent pourtant connaître, l'histoire sainte elle-même, leur fera voir le mal à côté du bien. De même donc que vous les avez fortifiés contre la funeste contagion du , monde, de même vous devez les fortifier contre les fâcheuses influences de la lecture.

Vous y parviendrez par les mêmes moyens : en lisant avec eux, vous leur ferez remarquer les maximes et les actes condamnés par la conscience des hommes et par la loi de Dieu,

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VOUS leur montrerez les funestes conséquences qui sont attachées au mal, alors même qu'il s'offre sous les apparences les plus brillantes; vous les accoutumerez^ enfin^ à résister à la séduction de tous les exemples dangereux qu'ils rencontrent dans leurs lectures. Par là vous les prémunirez pour l'avenir; et dussent-ils un jour lire de mauvais livres^ ils pourront du moins les juger sainement^ et braver ainsi leur funeste influence.

En résumé^ grâce au penchant k l'imitation que Dieu a départi aux enfants 9 l'exemple est pour eux un moyen puissant^ quoique indirect^ de développement moral; et pour en profiter^ les parents doivent à la fois réunir les exemples du bien et écarter les exemples du mal^ soit dans la vie réelle qui les entoure^ soit dans les histoires qu'on leur raconte^ soit dans les lectures qu'on leur permet. Mais en même temps ils doivent peu à peu les exercer à juger sainement les mauvais exemples^ et les accoutumer à résister à leur contagion^ afin qu'ils n'y soient point exposés sans défense^ lorsque plus tard ils les rencontreront soit dans la société, soit dans les livres.

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