MOYENS INDIBEOTS. DE L'INSTRUCTION
Cet avantage moral de l'instruction n'a pas toujours été obtenu dans nos écoles; et^ pour combler cette lacune^ des hommes aussi distingués par le cœur que par l'intelligence ont proposé des réformes dans l'enseignement. Le père Girard^ en écrivant son Cours éducatif de langue maternelle; M. Naville^ en exposant sa méthode d'Instruction éducative, ont sans doute indiqué aux instituteurs un précieux moyen de moraliser leurs élèves tout en les instruisant. Mais ce moyen ne consiste qu'à joindre l'instruction morale à l'instruction purement intellectuelle en les combinant toutes deux dans les mêmes leçons ; et ceux qui ont proposé cette combinaison^ que nous acceptons comme un bienfait partout où elle est praticable^ n'ont jamais songé qu'elle pût suffire à donner à Tt'nfance toute l'instruction morale et religieuse dont elle a besoin.
Il nous reste donc encore à montrer les moyens de faire acquérir aux enfants l'instruction la plus propre à compléter et à rendre efficace l'éducation morale que nous avons exposée jusqu'ici.
Il est une instruction que nous devons à la vie méme^ à l'expérience des choses; c'est la meilleure de toutes^ car elle agit directement sur nos facultés^ sur nos sentiments^ sur notre volonté; on conçoit que ce n'est point d'elle qu'il est ici question.
L'instruction proprement dite^ dont nous avons à nous occuper^ est celle que nous donnent nos semblables en nous communiquant leurs propres pensées. Le petit enfant ne peut commencer à la recevoir qu'au moment où il comprend le langage des personnes qui l'entourent; alors sa mère la lui prodigue sous toutes les formes : les préceptes^ les conseils^ les exhortations^ les remontrances^ ne sont pour elle que des moyens divers de Finstruire de ce qu'il doit faire et de ce qu'il doit éviter. Cette instruction se répète sans cesse; elle se poursuit pendant bien des années; elle se donne à chaque heure du jour^ pendant les jeux^ pendant les repas^ pendant les leçons; elle se donne dans la famille et dans l'école. Mais en y
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regardant de près^ on est surpris, on est affligé de son peu d'efficacité.
Cet insuccès vient souvent^ sans doute^ de ce que, trop coafiants dans les effets de Tinstruction, les parents n'y joignent pas cet exercice direct des facultés morales dont nous avons déjà montré la nécessité. Mais il résulte souvent aussi de ce que leurs instructions orales sont, ou inopportunes, ou mal appropriées aux besoins du moment, ou trop étendues et trop multipliées pour les dispositions de Tenfant qui les reçoit.
Vos discours sont inopportuns chaque fois que votre élève, ou distrait par l'élan de son activité, ou aveuglé par la passion, n'est pas en état de les apprécier avec calme et avec réfiexioa. Alors vous perdez vos paroles, et c'est là le moindre mai : pour les avoir ainsi perdues quelquefois, vous risquez de les perdre toujours; car votre enfant s'accoutume peu à peu à les entendre retentir comme un vain bruit, et bientôt il ne les écoutera plus. Pour lui donner votre instru(;tion morale, choisissez doue le moment où il est calmé, désabusé, rentré en lui-même, et disposé à vous écouter avec confiance.
Vos discours ne sont pas appropriés aux besoins du moment, lorsqu'ils ne sont pas proportionnés au développement intellectuel et moral de celui à qui ils s'adressent. Ainsi les maximes générales conviennent rarement au premier âge, parce qu'alors l'intelligence ne les saisit guère que dans les applications particulières dont elle a l'expérience. Ainsi Ton veut quelquefois anticiper sur l'avenir et donner d'avance à l'enfant des préceptes et des exhortations dont il aura besoin plus tard; cette précaution, si elle n'est rendue nécessaire par une prochaine séparation, offre plus de danger que d'avantage : une instruction anticipée n'est ordinairement à la portée ni de l'intelligence , ni du cœur; ou bien elle n'est pas comprise, elle ennuie l'enfant; elle le dégoûte de tout ce qui ressemble à un sermon; ou bien elle est imparfaitement comprise, et elle laisse dans son âme quelque chose d'incomplet et de faux dont les effets peuvent être funestes.