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Pour bien élever les enfants, il faut les gouverner. Les gouverner, c'est d'abord les soumettre à la règle établie, et il faut une règle dans la famille^ comme dans l'école, comme dans toute société; c'est encore empêcher ou réprimer leurs fautes quand l'éducation directe n'a pas réussi à les prévenir. L'ensemble des moyens employés pour gouverner les enfants est ce que nous appelons la discipline.
La discipline est donc nécessaire pour le maintien de cet ordre extérieur et en quelque sorte matériel ^ qui est une condition indispensable de l'influence éducative des parents et des instituteurs; mais en même temps elle peut concourir avec l'éducation directe à moraliser les enfants^ soit en leur donnant de bonnes habitudes, soit en les garantissant des mauvais exeni-
i6S ÉDUCATION MORALE.
pies, soit en ajoutant parfois son action à Taction plus salutaire encore des bons sentiments, pour les éloigner du mal et pour les porter au bien.
Une bonne discipline est celle qui assure Tordre^ tout en exerçant une influence morale; voyons quelles sont les conditions nécessaires pour qu'elle atteigne ce double but.
La meilleure garantie d'ordre, de paix, d'harmonie, dans une famille comme dans une école, est celle qui résulte des dispositions morales que nous avons cherché à développer dans le cœur des enfants, et particulièrement de leur obéissance. Mais ces dispositions ne suffisent pas pour établir la concordance de toutes les activités qui doivent s'épanouir dans le sein d'une vie commune. C'est pourquoi il faut une règle positive, qui ser^'e de loi dans les circonstances où la loi morale se tait et où cependant chaque vie individuelle doit être subordonnée à la vie collective. Puis, pour que la règle soit observée, il lui faut une sanction : c'est la punition de celui qui l'enfreint. Enfla quand un enfant dirige ses efl'orts vers le bien, il peut être utile quelquefois de l'encourager en le faisant jouir d'un avantage qui vienne s'ajouter à la satisfaction de sa conscience et devancer les fruits encore éloignés de sa bonne conduite; cet avantage est la récompense.
La règle, la punition et la récompense sont donc les trois points essentiels de la discipline; nous allons les examiner successivement.
La règle varie nécessairement selon les circonstances particulières de la vie à laquelle elle s'applique; mais encore^ dans une position donnée, elle peut être plus ou moins étendue, ou plus ou moins restreinte, c'est-à-dire qu'elle peut embrasser une partie plus ou moins grande de l'activité des enfants. Si Ton examine tous les efl'ets de la règle sur le développement moral, on reconnaîtra qu*il importe de la restreindre autant que possible, c'est-à-dire de ne régler que les actes pour lesquels la liberté de l'individu compromettrait les conditions sentielles de la vie collective et le but même de l'éducation.
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En effet, la règle exerce, il est vrai, une influence morale : elle habitue Tenfant à Tordre, à Texactitude, à la soumission; mais Tabus de la règle a les plus fAcheux effets sur le développement du caractère. Quand vos règlements sont trop étendus ou trop minutieux, ils ne laissent plus dans la vie de vos élèves une part suffisante à leur liberté, à leur choix, à leur initiative, à l'exercice de leur réflexion, de leur prudence, de leur volonté, et ils arrêtent ainsi le progrès que vous avez mission de favoriser; en même temps ils exposent les enfants à des infractions trop fréquentes qui vous obligent à multiplier les punitions; or les punitions trop répétées ont de funestes effets sur le caractère; elles aigrissent ceu?^ qu'elles frappent; elles les portent à se mettre en état de guerre, d'abord contre les personnes appelées à faire respecter la règle, puis quelquefois contre les lois de la société et même contre celles de Dieu. '
Ce qu'il importe de régler dans toute famille, et plus encore dans toute école, c'est l'emploi du temps; ici la nécessité de la règle est évidente, et chacun est disposé à s'y soumettre. Mais nous ne connaissons pas autre chose qui doive être l'objet d'un règlement de conduite ; on comprend que nous ne parlons point ici des défenses exceptionnelles que vous pouvez être appelés à faire, dans le but, par exemple, de soustraire vos élèves à quelque danger particulier.
Gardez-vous surtout de faire entrer dans votre règlement ce qui est du domaine de la morale; n'y écrivez pas qu'il est défendu de mentir, de frapper son camarade ou de lui prendre son pain. Ce serait confondre la loi immuable de Dieu avec la règle arbitraire et variable qui émane de votre autorité ; cette confusion affaiblirait dans le cœur de vos élèves le sens moral et la voix de la conscience, elle leur donnerait la tentation de regarder comme permis tout ce que votre règlement ne défend pas.
Quand votre règle est bien faite, quand elle pourvoit au nécessaire eans aller au delà, quand elle laisse ainsi aux enfants toute la liberté compatible avec l'ordre de la maison et avec le
succès de vos efforts pour leur éducation^ alors il faut qu'elle soit exactement observée. Un règlement inexécuté est un mal; il porte l'anarchie dans les idées et dans les consciences comme dans la vie réelle; renoncez-y plutôt^ si vous n'avez le pouvoir et la volonté ferme de maintenir son autorité.
La punition est la sanction de la règle; mais elle est une mesure extrême dont vous devez chercher à prévenir la nécessité : ses effets sur le caractère des enfants ne sont pas toujours exempts de dangers^ et son influence en ce qu'elle a de salutaire s'affaiblit graduellement par l'usage même qu'on en fait. La punition positive n'est heureusement pas votre seul moyen de faire observer la règle : une surveillance attentive^ un regard^ un mot^ suffisent souvent pour empêcher de légères infractions qui^ si vous les aviez tolérées^ en auraient amené de plus graves qu'il aurait fallu punir. Ainsi votre prévoyance et vos soins peuvent diminuer le nombre des fautes qui méritent un châtiment.
Quelquefois la règle d'une écol^est en même temps un code pénal; à chaque infraction prévue^ elle assigne d'avance son châtiment. Un pareil code peut être utile pour maintenir une sorte d'unité de jurisprudence dans une grande institution ; *. le droit de punir appartient à plusieurs maîtres; il a d'a.licurs des avantages qui lui sont propres : en évitant l'hésitation et l'arbitraire de celui qui châtie^ il rend le châtiment plus prompt^ plus assuré^ et plus juste aux yeux des élèves. Et cependant^ la punition déterminée d'avance^ infligée par un article de règlement et non point par un homme, n'est pas celle qui exerce sur les enfants l'influence morale la plus puissante et la plus salutaire : elle ne se proportionne point assez aux circonstances de chaque faute, elle ne s'adapte pas au caractère de chaque individu ; l'autorité du code a quelque chose de sec^ de froid et d'aveugle, elle ne s'adresse qu'à la crainte, elle ne parle point au cœur.
Les meilleurs châtiments sont ceux de Dieu, à qui nous devons tout, qui connaît toutes nos faiblesses, et qui, après avoir