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fait la plaie, la bande et la guérit; les punitions d'un bon père participent à la salutaire influence de ces heureuses conditions, elles ressemblent à celles du Père céleste autant que Fœuvre de la créature peut ressembler à Tœuvre du Créateur. C'est pourquoi la discipline paternelle corrige Tenfant sans aigrir son cœur; c'est pourquoi elle devrait servir de modèle à la discipline de toute école et de tout pensionnat.
Il faut à l'instituteur un grand dévouement, un cœur chaud, un sincère amour de l'enfance, pour imiter, même de bien loin, la sollicitude et la tendresse d'un père ; mais il lui faut les mêmes dispositions pour que son œuvre s'accomplisse heureusement, et pour que sa vie ne soit pas un enfer : quand l'éducation n'est qu'un métier, elle est le dernier de tous. Nous devons donc supposer au maître d'école, au chef de pension, des sentiments qui le portent à donner des soins paternels à tous les élèves qui lui sont confiés.
Ces dispositions du maître suffiront-elles, dans une maison où de nombreux enfants sont réunis temporairement, non point par les liens du sang, mais par le hasard des circonstances? Un seul homme pourra-t-il y étudier le caractère de chaque élève, y suivre tous les détails de sa vie, y tenir compte de son passé et de son avenir, y gagner sa confiance, et exercer sur lui l'influence d'un père? La vraie discipline paternelle enfin n'y sera-t-elle pas une fiction impossible à soutenir? Ces objections ne sont que trop fondées; non, le bienfait de la vie de famille ne se trouve complet que dans la famille. Mais si la discipline de l'instituteur ne peut pas être exactement celle d'un père, elle peut et elle doit prendre celle-ci pour modèle et s'efforcer sans cesse de s'en rapprocher.
Dans une institution nombreuse, l'éducation morale doit être répartie entre plusieurs maîtres, en sorte que chacun d'eux n'ait à diriger qu'un nombre limité d'élèves ^ Lorsqu'un
* Les institutions allemandes et suisses destinées à régénérer des enfants vicieux, entre autres celles de Horn, près de Hambourg, et de Baechtelen, près de Berne, qui donnent d*admirables résultats, sont divisées eo familles
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enfant y arrive^ il se trouve d^abord isolé au milieu d'une foule d'inconnus, il a besoin que quelqu'un remplace pour lui les parents qu'il vient de quitter. Eh bien^ c'est le maître chargé de son éducation morale qui, dès le premier moment, doit l'accueillir^ être son appui, son guide, son conseil, son bienfaiteur, et gagner son affection et sa confiance avant même que le nouveau venu ait formé des liaisons avec ses camarades. C'est ainsi qu'un instituteur peut apprendre à bien connaître son élève, c'est ainsi qu'il peut avoir avec lui les douces relations de l'intimité; alors son influence et son autorité seront presque paternelles; alors, s'il doit punir, il punira comme un père, et ses châtiments n'auront que de salutaires effets.
La promptitude de la punition n'est utile que pour de très jeunes enfants, chez qui la mémoire est courte, la distraction facile, et qui dans la peine qui les frappe ne verraient pas toujours la conséquence de leur faute, si elle en était séparée par un trop long intervalle. Mais pour une infraction grave, commise par un enfant déjà développé, le maître, avant de punir, doit prendre le temps de la réflexion.
11 ne fera d'abord qu'une courte réprimande, empreinte de calme, de sérieux et d'affection, dans laquelle il s'efforcera de faire comprendre à l'élève, de faire condamner par sa propre conscience, non-seulement la faute qu'il vient de commettre^ mais encore et surtout le vice moral, le défaut de caractère^ qui en lui est la cause du mal ; en même temps il lui annoncera une punition, sans lui laisser ignorer qu'elle n'est pas encore déterminée.
L'attente d'un châtiment inconnu est déjà une peine ; elle sera pour l'enfant un temps d'inquiétude et de réflexion, pendant lequel les paroles à la fois sévères et bienveillantes du maître retentiront encore à son oreille, et qui déjà pourra faire naître dans son cœur, et le repentir du passé, et de
de douze ou quinze enfants, dont chacune a son habitation, sa vie, ses intérêts particuliers, et son chef qui s*efforce de remplir envers elle tous les devoirs d*un bon père.
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bonnes résolutions pour l'avenir. Ce délai ne sera point non plus perdu pour l'instituteur : celui-ci pourra se consulter^ au besoin consulter les autres^ tenir compte du caractère et des antécédents de son élève^ ainsi que des circonstances de sa faute, et choisir la punition la plus juste et la plus propre à le ramener au bien.
Examinons maintenant les diverses espèces de punitions^ afin d'apprécier l'influence de chacune d'elles sur le cœur de Ventûtïiy influence qui doit diriger le maître dans le choix qu'il est appelé à en faire.
Remarquons d'abord qu*on ne punit point un enfant en lui faisant réparer un tort; la réparation^ quand elle est possible^ n'est qu'un devoir prescrit par la justice et non point une punition. Gardez-vous aussi d'employer la réprimande comme châtiment : il faut que l'enfant soit toujours disposé à recevoir vos paroles comme un bienfait, à les écouter avec attention, avec confiance^ avec le désir d'en profiter; si vous les lui infligez comme une peine, il ne fera que les subir avec l'impatience d'en être délivré, il n'en sera point touché, et il s'accoutumera ainsi à laisser glisser sur son cœur tous vos conseils, toutes vos exhortations, sans en recevoir aucune impression salutaire.
Gela posé, nous ne connaissons qne trois espèces de peines à infliger : la douleur physique, l'humiliation, les privations.
La douleur physique, c'est-à-dire le ch&timent corporel, a été longtemps le principal, sinon le seul moyen de correction^ et souvent il n'a eu pour effet que d'abrutir les enfants et de corrompre leur cœur; aussi sommes-nous bien éloigné de vouloir le réhabiliter. Cependant nous devons reconnaître que parfois on l'a proscrit d'un manière trop absolue : il est des cas où la main d'un père peut se faire sentir à son enfant sans altérer ses sentiments d'amour et de respect^ et où ce châtiment est seul assez prompt et assez eflScace pour interrompre à l'instant une mutinerie qui pourrait avoir de funestes con*
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séquences. Mais ces cas-là sont fort rares; un père abuse de ce moyen s'il remploie souvent^ et il se prépare d'anières déceptions. Les châtiments corporels infligés par im instituteur ont des eifets plus pernicieux encore^ et l'abus en est bien plus à redouter; aussi^ tout en reconnaissant qu*ils peuvent parfois être excusables^ peut-être môme utiles^ nous ne pouvons, en principe^ les autoriser dans aucune école et dans aucun pensionnat.
Nous avons d'ailleurs, dans l'influence même à laquelle le châtiment corporel doit son efiicacité, un puissant motif pour le proscrire comme moyen régulier de correction. Il n'agit sur l'enfant qu'en lui faisant craindre la douleur, et nous avons pour mission de lui apprendre à en braver le danger et à la supporter avec patience. C'est là une contradiction à laquelle il n'est pas permis de se résigner.
On punit un enfant par l'humiliation, lorsqu'on lui adresse publiquement une réprimande qui le couvre de honte, lorsqu'on lui assigne dans sa classe un mauvais rang ou une place vouée à l'opprobre, en général lorsqu'on fait de lui un objet de risée ou de mépris. Si cette humiliation produisait Thumilité du cœur, elle ne serait qu'un bien; mais ses effets sont fort différents.
Tantôt elle attaque l'enfant dans son caractère moral, elle le déconsidère aux yeux de ses camarades, elle le relègue en quelque sorte en dehors du cercle honnête dont il faisait partie ; alors elle lui fait perdre le sentiment de sa dignité, elle l'aigrit contre la société qui le rejette, elle le place dans la position la plus dangereuse pour sa moralité.
Tantôt elle pénètre moins profondément, elle n'atteint pas le caractère d'une manière grave, et elle ne blesse que l'orgueil ; mais en le blessant, elle l'irrite plutôt qu'elle ne l'abat. En punissant ainsi l'enfant dans son amour-propre, on l'excite indirectement à en considérer les satisfactions comme un besoin, et à craindre par-dessus tout ce qui peut les compromettre; on ne pourrait pas mieux faire si l'on cherchait à