MOYENS INDIRECTS. DE LA DISCIPLINE
développer dans son cœur l'orgueil et le respect humain*.
L'humiliation, employée cojnme moyen de punition, exerce donc une funeste influence sur le caractère moral des enfants, et Ton ne peut la conseiller ni au père ni à Tinstituteur.
Les privations infligées comme châtiments ont des effets très divers selon leur nature : on peut priver un enfant de nourriture, d'amusement, de travail, de liberté ou de société.
La privation de nourriture ne peut être infligée à Tenfant que dans une mesure très restreinte, sous peine de compromettre sa santé. Ordinairement on se borne à le priver du superflu, des friandises, du mets qu'il préfère ; par là on augmente l'importance qu'il n'est que trop disposé à mettre aux jouissances du goût; on stimule sa gourmandise, tandis qu'on devrait la combattre ; un pareil châtiment ne saurait être approuvé, car il porte avec lui l'excitation d'un penchant qui peut devenir un vice. Quelquefois on étend la privation à tout ce qui ne parait pas indispensable : on met l'enfant au pain et à l'eau; c'est alors une punition qui ne convient qu'aux tempéraments robustes, que souvent on ne pourrait prolonger sans péril, et qui doit être réservée pour les circonstances très graves. En résumé, la privation de nourriture ne peut être approuvée que pour des cas exceptionnels; nous ne saurions y voir un moyen régulier et salutaire de punition.
La privation d'amusement a quelque chose de plus légitime ou du moins de plus naturel et de plus innocent, car le plaisir n'est pas pour l'homme un besoin au même degré que la nourriture, et pour l'enfant le goût des jeux n'offre pas les mêmes dangers que la gourmandise. Un maître peut donc priver son élève d'une récréation, d'une promenade, ou de tout autre divertissement de son âge, sans exciter en son cœur au-
< SouTent, sans doute, il peut être nécessaire de réprimer l'amour-propre d'un enfknt en lui montrant sa faiblesse et ses défauts ; c'est alors une sorte d'instruction qu'on lui donne pour le porter à s'humilier lui-même; c'est un appel à son coeur, à sa raison, à sa conscience, dont le but n'est pas de le faire souffrir ; ce n'est point une punition.
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Clin mauvais penchant^ et sans nuire à sa santé, tant que ce genre de châtiment n'est pas assez répété pour le priver en même temps de l'exercice physique dont il a besoin. Les châtiments qui font la meilleure impression sont ceux qui peuvent se faire accepter de l'enfant comme une conséquence naturelle de sa faute ; la privation d'amusement offre souvent cet avantage : vous priverez votre élève d'un jeu pendant lequel il s'est mal comporté; vous le priverez de la récréation qui devait suivre une heure de travail, lorsque pendant cette heure il n'a fait que jouer au lieu d'accomplir son devoir.
La privation de travail n'est guère envisagée comme une punition pour les enfants; la raison en est bien simple : après avoir réussi à leur rendre le travail désagréable, on a imaginé de profiter du dégoût qu'il leur inspirait pour le leur adminis* trer comme une punition; voilà certainement un des vices les plus fâcheux du système d'éducation généralement en usage. C'est ainsi que presque tous nous avons été élevés; aussi n'est-ce qu'à force de temps et d'expérience que nous parvenons à nous guérir d'un funeste préjugé, et à reconnaître qu'en réalité le travail est une jouissance, et sa privation forcée une véritable peine.
Nous avons montré qu'un travail bien gradué et approprié aux facultés d'un enfant est naturellement attrayant pour lui; ainsi notre élève aime généralement son travail ; en cela il est dans le vrai, et nous nous garderons bien de rien faire qui puisse lui donner un sentiment contraire. C'est pourquoi nous ne le punirons pas en lui imposant une tâche extraordinaire, mais plutôt, s'il est nécessaire, en l'obligeant à l'inaction pendant que ses camarades travaillent avec ardeur et avec Joie.
On se rappelle que les exercices corporels de nos élèves ne se bornent pas à une pure gymnastique, et qu'ils comprennent aussi un véritable travail, un travail productif; nous pourrons donc les priver, selon le besoin, soit d'un travail du corps, soit d'un travail de Tintelligence. La première de ces punitions leur sera ordinairement plus pénible dans l'âge où la plus