LIVRE III
XZFOSinON ET DIVISION BU SUJET
Lliomme est libre de disposer des forces de son corps et de son intelligence^ libre de donner essor à son activité ou de la contenir, libre enfin d^en choisir la direction et Tobjet; en un mot, il est doué de volonté.
En même temps, il est susceptible d'éprouver le plaisir ou la peine ; et c'est à rechercher Tun et à éviter Tautre que le porte naturellement sa volonté.
Hais l'homme possède aussi la notion du bien et du mal, laquelle ne lui est donnée ni par la sensation, ni par le travail de l'intelligence. L'enfant l'admet dès qu'elle est invoquée, conune s'il la reconnaissait pour appartenir à sa nature, c'est-àdire p^ un acte d'intuition que nous appellerons intuition de l'Ame ou intuition morale.
La notion du bien et du mal implique l'idée intuitive du devoir, lequel consiste à ne vouloir que ce qui est bien.
Le plaisir et le devoir sont donc deux mobiles différents qui
tendent à déterminer la volonté et qui souvent la sollicitent en
sens contraires. La moralité consiste à subordonner toujours le
pbisir au devoir.
Tout ce qui contribue à nous donner une idée claire et complète du devoir^ et à en faire le motif déterminant de notre volonté^ constitue notre vie morale.
En comparant sous ce rapport Tenfant à l'homme fait^ on voit que la vie morale est susceptible d'un immense accroissement. Ainsi donc que nous avons étudié le développement physique et le développement intellectuel de Tenfant^ de même nous devons étudier son développement morale et en rechercher la loi.
Ici nous devons prévenir une objection qui pourrait se présenter à l'esprit de quelques hommes religieux : L'idée d'une loi présidant à notre développement moral n'est-elle pas en contradiction avec la croyance à l'action de Dieu sur nos âmes?
Nous ferons d'abord remarquer que cette contradiction n'existe pas plus dans le domaine moral que dans toute autre sphère d'activité humaine^ et qu'on ne pourrait l'admettre sans tomber nécessairement dans le fatalisme.
Mais pour ce qui concerne notre développement moral en particulier^ si nous devons croire à la nécessité du secours de Dieu, si nous devons Tinvoquer de tout notre cœur, nous n'en sommes pas moins tenus de travailler selon nos forces à notre propre perfectionnement. Qui donc oserait nier que Dieu nous en a donné les moyens? Et où trouverons-nous ces moyens, si nous n'étudions pas notre propre nature morale pour suivre les lois que nous aurons reconnu présider à son développement? Dieu, sans doute, peut agir en dehors de ces lois, mais nous ne le pouvons pas; et cependant, avec le secours de Dieu^ nous devons encore travailler nous-mêmes.
Tous les mobiles qui concourent -à déterminer la volonté de l'homme, et qui par conséquent exercent leur influence sur son développement moral, peuvent être classés selon la tendance de laquelle ils procèdent.
On trouve dans la nature humaine trois tendances différentes : i^ la tendance personnelle ou l'amour de soi; ^ la tendance sociale ou l'amour du prochain; 3° la tendance religieuse