EXPOSITION ET DIVISION DU SUJET
OU Pamour de Dieu. C'est en étudiant ces trois tendances que nous découvrirons les éléments du développement moral.
La tendance personnelle comprend : le désir d'être estimé^ le désir de posséder^ le désir des jouissances physiques. Cette tendance était nécessaire à la conservation et au progrès de l'humanité; aussi doit-on reconnaître que dans son principe elle est légitime et bienfaisante. Mais elle ne conserve ces caractères qu'à la condition d'être limitée par les deux autres tendances; sinon elle engendre les passions les plus funestes à la dignité et au bonheur de l'homme. Ainsi^ le désir d'être estimé devient orgueil^ le désir de posséder devient avarice, le désir des jouissances physiques devient sensualité; et c'est de la combinaison de ces trois vices que dérivent tous les autres.
La tendance personnelle se montre dès le berceau et persiste jusqu'à la tombe; même dans nos meilleurs moments elle ne disparaît jamais entièrement. Cette tendance commence toujours par dominer les deux autres ; et c'est par cette domination, considérée comme fait primordial et naturel, que se manifeste en nous le péché originel.
La notion du bien est liée dans notre âme aux effets de notre tendance sociale et de notre tendance religieuse, comme la notion du mal est liée aux effets de notre tendance personnelle illimitée. Ainsi, l'amour du prochain et l'amour de Dieu nous portent à l'accomplissement du devoir, tandis que l'amour de soi, lorsqu'il est prédominant, se présente comme un obstacle entre le devoir et nous. C'est donc dans le développement de h tendance sociale et de la tendance religieuse que consiste le développement moral proprement dit, dont nous avons à rechercher la loi.
Biais la tendance personnelle ne se présente pas seulement oonune un obstacle constant et invariable au développement moral; elle a aussi son développement particulier, susceptible de prendre des proportions plus ou moins grandes. Ce développement personnel et le développement moral sont souvent opposés l'an à l'autre dans leurs effets et dans leurs exigences;
alors ^ ce que le premier gagne ^ le second le perd, et chacun d'eux ne prospère qu'aux dépens de l'autre
On pourrait conclure de là qu'il suffit de travailler au développement moral sans combattre la tendance personnelle; mais si parfois l'éducation réussit en suivant cette marche, ce n'est que dans des circonstances particulièrement favorables. Le développement direct de la tendance sociale et religieuse est sans doute l'œuvre principale; mais l'éducation n'a pas trop de tous ses moyens, elle ne doit en négliger aucun; elle doit surveiller la tendance personnelle, s'opposer à son développement, et écarter ainsi d'avance des obstacles qui pourraient devenir presque insurmontables.
Ce côté en quelque sorte négatif de l'éducation morale a été nié encore sous un autre point de vue. On a voulu que tout fût développement moral; et au lieu de combattre l'orgueil, la gourmandise, etc., on s'est proposé de développer les vertus contraires : l'humilité, la tempérance, etc. C'est là une fiction qui peut paraître sans danger, parce qu'elle n'a pas pour eifet nécessaire de vicier l'éducation dans la pratique. Mais la théorie de l'éducation ne peut pas admettre de fictions; elle doit rester fidèle à la nature des choses, elle doit prendre l'homme tel qu'il est.
Or, les mobiles dérivant de notre tendance personnelle, et qui agissent naturellement en nous, sont bien ceux qui conduisent aux vices. Les vertus contraires, telles que l'humilité, la tempérance, etc., ji'existent pas par elles-mêmes dans notre àme; elles n'y prennent naissance que par l'effet d'une victoire de notre raison et de notre conscience.
Les mobiles dérivant de la tendance sociale, au contraire, sont bien réellement et naturellement la reconnaissance, l'amour, le dévouement, etc.; et les vices contraires, l'ingratitude, la baine, Tégoîsme, etc., n'existent dans notre àme que par l'effet d'une victoire de notre tendance personnelle.
Le développement de l'homme comprend donc le développement du mal comme le développement du bien; et l'éducation.