Do m m a, ire
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suivie par aucuns d'eux, comme quand Pétrarque dit Saggio, plustost que Savio : et quand on aime mieux escrire Periglio que Pericolo, semblablement Perigliosa (comme on le trouve escrit par Bembo) que Pericolosa. Item Meffato (comme luy-mesme l'escrit, suivant ce que nous disons Meffaict, au lieu de Mesfaict) que Malfatto. xVussi Disdegnoso (duquel Boccace use quelquesfois) sent mieux sa langue Françoise, que Sdegnoso ou Isdegnoso : pourcequ'elle dit Desdaigneux. Pareillement Peina, qu'on trouve escrit plus souvent que Regina, on voit bien qu'il se conforme mieux avec nostre mot François. Ce qu'on peut dire aussi de Santa, qu'on nous tesmoigne se trouver es vieux exemplaires de Boccace , en quelques endroits, car ce dissyllabe s'accorde bien mieux avec la parole Françoise, que le trissyllabe Sanita. Or ne m'esbahi-je pas beaucoup de toutes ces curieuses imitations de nostre langage : ne aussi de ce qu'ils ont dict Madama au lieu de M adonna, et Damigella (ou Damigiella, comme il se trouve es Azolains de Bembo) plustost que Donzella : ne de ce qu'ils ont mieux aimé quelquesfois dire Paggio ou Valletto, que Pagazzo ' : mais voyci dequoy je m'esmerveille grandement : c'est que ces messieurs en sont venus jusque-la, pour mieux conformer leur langage au nostre, qu'ils ouf suivi quelques erreurs manifestes de nostre menu l. Garçon, domestique, valet, jeune garçon.
peuple, comme quand au lieu de dire Veneno ils ont dit et escrit Veleno : (ainsi qu'en ceste ville mesmement une grande partie du peuple prononce Velin) ' Bembo entre autres et Sannazaro ayans usé de ceste escriture, après Boccace. Quant à quelques mots, je sçay bien que certains seulement, et peu, en ont usé : comme de Straniero, faict à l'imitation de nostre Estranger. car l'ordinaire est Forestiero. Ce que je puis encore mieux dire de Amassai* non pas pour Tuer, mais pource que nous disons Amasser, qui se lit au commancement d'un livre intitulé, II thesoro di M. Brunetto Latino Firentino, precettore del divino poeta Dante 2. Car il commance ainsi, Si corne el signiore che vuole in un luogo amassare cose di grandissime* valore, non solamente per suo diletto, ma per cresciere il suo potere, etc. mais il est escrit là, ammassare, avec double m. Et par ceci nous congnoissons combien desja anciennement les Italiens se servoyent de nostre langage3.
1. Voir Thurot, Prononcia- in-f° de 125 feuilles (très rare). tion française, II, 261. Littré Garanta,((iii ignorait l'existence cite un exemple de saint Ber- de l'édition de Trévise, a donné nard : la velin de la detraction. la sienne comme la première. »
2. Biographie universelle de Voici la phrase de Brunetto Michaua : « Buono Giamboni, Latini dont Estienne cite la qui vivait peu de temps après traduction : [Cist livres est ape- Brunetto, a traduit son ouvrage lés Trésors; car] si corne li sires en italien sous ce titre : Qui qui vuet en petit leu amasser incommencia il Tesoro di Bru- chose de (jrandisme vaillance, netto Latino de Firenze, e parla non pas por son délit seulement, del nascimento e délia natwa mais por acroistre so?i pooir. di lutte le cose. Cette version 3. Les partisans de l'italiaa été imprimée à Trévise, 1474, nisme disaient amasser dans le
Mais parlant des terminaisons, j'ay oublié <le faire mention d'une en astro, en ce mot filiastro, faict de notre fUiastre. Car que ceste terminaison soit nostre, et non pas à eux, il appert par nos deux autres mots parastre et marastre. Toutesfois nous ayans pris tant d'autres choses, il ne se faut esbahir s'ils ont osé prendre aussi cela.
Et pour monstrer encore d'avantage comment en nostre langage tout leur a esté bon, et qu'ils n'ont rien trouvé trop chaud, ni trop froid, (comme nous disons en commun proverbe) j'adjousteray qu'ils nous ont pris aussi les mots qu'il isl vraysemblable que nous ayons de nos Gaulois : comme Héberge, ou Herberge*. Et quant à cestuyci, nous avons à nous plaindre pareillement des Espagnols, car ils en font leur proufît aussi bien que les Italiens : lesquels disent Albergo, et eux, Al ver (jneria. Je diqu il est vraysemblable que nous l'ayons de nos ancestres Gaulois, veu qu'aujourdhuy encore les Alemans en usent : lesquels nous suivons de beaucoup plus près, et principalement quand nous escrivons Herberge. car il n'v-a autre différence entre ce motet le leur, sinon que nous adjoustons un e en la lin. Tant y-a <jue comme nous avons aussi le verbe Héberger, ou Herberger, ainsi les deux nations susdictes onl l'une Albergar, l'autre (à scavoir l'Espagnole) Alvergar. .I»1 doute
sens de tuer. Voir Dialogues, I, i. Le mot est d'origine ge*« 16. manique.
si on pourroit point dire aussi que Fol soit de ceux qui nous sont demourez depuis ce temps la. lequel est du nombre de ceux que les Italiens nous ont tirez, car Pétrarque mesmement en use, où il dit, 0 caduche speranze, o pensier folli. Je sçay bien toutesfois qu'aucuns estiment que ce Fol soit ,venu de ©aû^oç, autres de cpoXx6ç ! : et ne trouve point contre raison qu'estant des Gaulois, il eust néanmoins esté pris des Grecs : si ainsi est qu'on trouve apparence en l'une ou l'autre de ces etymologies. De la mesme hardiesse ont usé les Italiens en un mot lequel on voit apertement avoir esté par nous tiré du langage Grec. J'enten Martiro, qu'on lit en quelques lieux de Pétrarque, aussi pris de nostre Martire : au lieu duquel Martiro Boccace a dict Martorio, où il y-a une dépravation non moins vilaine que manifeste. Mais nous avons aussi cest avantage, que nous usons de Maftir par métaphore correspondante à celle que nous donnons à Martire.
Quant à Altiero, il-y auroit (peut estre) quelque apparence qu'ils l'eussent faict à nostre exemple : c'esl à dire, à l'exemple de nostre mot Hautain : ayant esté dict Altiero de Alto, comme Hautain de Haut.
Je vien à ceste partie d'oraison qu'on nomme
1. Le mot vient probable- par métaphore à une personne ment de follem, enveloppe, qui a perdu la raison. Voir soufflet, ballon, et s'applique Scheler.
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les Verbes : c'est à dire, à monstrer comment 1rs Italiens n'ont pas moins faict leur profit de nostre langage ici que là : encore que là ils ayent fouillé par tout : voire jusques à nous prendre une Touaille (dequoy ils ont faict una tovaglia) et emmener une lavandière, desguisee en Lavandaia, pour la pouvoir faire laver quand elle seroit sale. Il semble qu'ils se devoyent contenter de cela : mais ils ont bien faict d'avantage, car au lieu qu'on dit ordinairement de ceux qui n'ont rien laissé, qu'ils ont emporté jusques au chien et au chat, nous voyons qu'eux n'ont pas quitté leur part de nos rats et nos souris, les desguisans en ratti et sorict : sans considérer qu'en nostre souris nous abusons du mot Latin Sorices l.
Or est-il certain que si là ils ont trouvé beaucoup à prendre, ils n'ont pas moins trouvé en ce quartier où sont les Verbes : aussi ne s'en sontils pas retournez moins chargez, comme je vous feray voir. Et pource que j'ay tantost faict mention des Noms Oltraggio et A vantaggio, entre ceux qui ont ceste terminaison en aggio, (par laquelle les Italiens représentent la nostre qui est en âge) je commanceray par les Verbes qui sont tirez de
1. En effet, Forcellini, au clariusque strepat, et plus affe-
mo t sorex, donne cette défini- ratdetrimenti.PIin.,1. 41,
tion : mus agrestis et rusticus, sorici tribuil caudam in ima
el, au mot mus, fait cette re- parte setosam,ut bubus et leoni:
marque : « Creditur differre a et, l. 8, c. 57, ex Nigidio tradit
sorice quod sorex major sit. sorices hieme condi. »
ces Noms : à sçavoir par Oltraggiare et Avantaggiare : lesquels ont esté faicts sur le portraict (s'il faut ainsi dire) de nos verbes OuUrager et Avantager, comme Oltraggio et Amntaggio sur celuy de nos noms Oultrage et Avantage. Je mettray Travagliar après, encore que je n'aye point faict mention du nom Travaglio, d'où il est sorti1. Le cardinal Bembo use de ce verbe au commancement de ses Asolains. Il use en ce mesme livre de Proccaciar, incontinent après : il use aussi de Insegnar, de Guidar, de Guatar, de Risvegliar, de Surmonter, deRitornar, Raccontar, Rinforzar, Riposar, Abbandonar, Sembiar, Traboccar, Dimorar, Ricomminciar, Ricoverar, Crolar. Qui sont autant de nos verbes François habillez à l'Italienne : à sçavoir, Pourchasser, Enseigner, Guider, Gueter, Reveiller, Surmonter, Retourner, Raconter, Renforcer, Reposer, Abandonner, Sembler, Trebuscher, Demourer, Recommancer, Recouvrer, Croler.
Avant que passer plus outre, j'advertiray, à propos de quelques exemples que j'ay amenez de Verbes pris par les Italiens, aussi bien que les Noms dont ils sont procédez, qu'ils se sont gouvernez diversement en cest endroit, je di quant à prendre nos Verbes, car quelquesfois ils n'ont pas pris nos Verbes sans prendre aussi nos Noms (comme quand ils ont dicf Arrivar, faict de nostre