‹ La précellence du langue françois;Chapitre 158 sur 212 · Cf. Dialogues, II · texte numérisé non relu

Cf. Dialogues, II

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Arriver, ayans premièrement dict Riva, comme nous Rive : quand ils ont dict Travagliar, Oltraggiar, Avantaggiar, après avoir ja dict Travaglio, Oltraggio, Avantaggio, qui sont faicts des nostres) quelquesfois ayans pris les Noms du langage Latin, mais voyans que les Latins n'en faisoyent point des Verbes, comme nous, ils se sont ruez sur les nostres. Pour exemple, ils n'ont pas eu de nous ce Nom Y aile, mais des Latins : toutesfois ils ont pris de nous Avaïlar, non pas d'eux, qui n'ont point un tel Verbe. Voyla comment en une mesme chose ils se sont aidez de deux langages, du Latin VaUis, en leur Nom Valle : de nostre Avaller, en leur Verbe Avallar. Quant à ce que j'ay dicl de Riva, qu'ils l'avoyent pris de nous, je sçay bien qu'aucuns pourroyent faire difficulté de m 'accorder cela, et diroyent qu'il se peut bien faire qu'ils l'ayent pris du Latin ripa, aussi bien que nous, en usant du mesme changement. Mais je croy que ceux qui considéreront combien d'autres mois ils ont pris de nostre langue, qui ne les avoii pas eus des Latins, plustost que de 1rs prendre d'eux, ne mouveront point ceste question. Au reste de ce que tant en ces Verbes derniers qu'es précédons, je ne mets qu'une sorte d'infinitif, escrivanl (pour exemple) seulement Arrivar, e1 non pas Arrivare aussi, j'en rendray raison ci-apres.

Quant aux Verbes tirez du Langage ancien, outre Rimembrar, que Bembo mel entre les mois Pro-

vençaux, et duquel use souvent Pétrarque : outre aussi Lusingar, Schernir, Gabbar (qui est en ce proverbe, Passato il pericolo, gabbato il santo) 1 et Albergar, Sollazzar, venans des Noms dont j'ay faict mention ei-dessus, et outre plusieurs autres, qu'on peut remarquer non seulement en Dante et en Pétrarque, mais aussi en Boccace, ils en ont un non moins fréquent que notable, Ingombrar. Car on auroit tort de révoquer en doute si ce mot est venu de nostre Encombrer : qui se trouve mesmement en un ancien proverbe, A haute montée le faix encombre 2. mais aujourdhuy il est encore moins en usage que le Nom Encombrier, duquel il est procédé 3. Au contraire les Italiens se servent autant (principalement en poésie) de cest Ingombrar, qu'ils ont forgé sur nostre Encombrer, que d'aucun autre Verbe qu'ils ayent pris de nostre ancienne langue, j'enten, de celle de nos ayeulx. Et à fin d'en tirer plus de service, ils ont faict un autre Verbe, contraire à cestuy-ci, asçavoirZh's/7ombrart lequel ils luy opposent (comme on opposeroit Desencombrer à Encombrer) et quand bon

1. Le danger passé, on se semblable qu'encombrier venait moque du saint. du verbe, et non le verbe du

2. Le Roux de Lincy, II, page substantif. Les substantifs cor- 22". respondant à ce verbe étaient

3. Le verbe encombrer, très plus nombreux qu'aujourd'hui, usité dans l'ancienne langue, Outre encombre et encombre- Btais avec un sens différent de ?nen£,l'ancienne langue avaite;ison sens actuel, parait en effet combrance, encombrier, encomavoir été pendant assez long- brage, encombraison. — CLDiatemps en défaveur. 11 est vrai- logues, I, 181.

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leur semble, ou la mesure de leur vers requiert un dissyllabe, disent Sgombrar. Pétrarque a esté de ceux qui en ont faict leur proufit. comme nous pouvons voir ici,

Ogni gravezza del suo petto sgombra :

Et poi la mensa ingombra Di povere vivande l.

Pareillement en ce vers,

Di sospir molti mi sgombrava il petto 2.

Quant à l'autre, qui est trissyllabe, nous l'avons en ceste chanson qui est es Asolains de Bembo,

Voi date al viver mio l'un fulo porto : Cite corne l sol di lucc il mondo ingombra, E la nebbia sparisce innanzi al vento : Cosi mi vien da voi gioia e conforto, E cosi d 'ogni parte si disgombra Per lo vostro apparir noia e tormento*.

Un aussi, qui est nommé Francesco Maria Molza \ use de ingombra en ce vers, Quoi vago flor cite

1. « Il délivre son cœur de dissipe à l'approche du vent, tout souci, puis charge la table ainsi me vient de vous joie et de pauvres mets. » (Ed. citée, consolation, et ainsi de toute Canz. ix, v. 20-22). ptrl >Vn vont, quand vous pt-

2. « 11 me soulageait le cœur raissez, ennui et tourment. » de nombreux soupirs. » (Ed. (Livre III.

citée, sonnet ux.t l. Francesco-Maria Molza, né

\\. « Vous offrez .i ma vie un à Modène, le 18 juin 1489, d'une

f)ort fidèle : car, comme le so- famille noble, eut une vie

eil inonde le inonde <l<' lu- scandaleuse, et niourul.c:.

mière, et comme la uuée se d'une maladie causi

sottil pioggia ingombra1, rymant sgombra sur iceluy. Encores en un autre lieu, il dit, Se stesso di purpuree piume ingombra Vago arbuscello s, luy opposant pareillement ce sgombra. Or combien que la poésie face souvent son proufît de ce vocable ingombrar (luy opposant ordinairement l'un de ces deux) si est-ce que la prose n'en quitte pas du tout sa part. Et qu'ainsi soit, le mesme Bembo qui en a usé en ces vers que je vien d'alléguer, s'en est servi aussi en la prose du mesme livre : tant en autres lieux qu'en cestuy-ci, Quanto sarebbe men maie che noi la mente non havessimo céleste ed immortale, che non è, havendola, di terreno pensiero ingombrarla e quasi sepellirla?* Ils ont passé encore plus outre, car de cest ingombrar ils ont faict un Nom, ingombramento, que nous lisons en ce mesme livre, E senlesi anclare in un punto d'intorno al cuore uno ingombramento taie di soavita che ogni flbra ne riceve ristoro 4. sinon

débauches. Il fut protégé par riée, ont beaucoup d'élégance le cardinal Médicis, le cardinal et d'agrément. Farnèse, et plusieurs des plus 1. Comme une fleur, chargée hauts personnages de Rome, d'une pluie légère. (Sonnet lix.) car son talent et ses qualités 2. Le bel arbuste de luibrillantes lui attiraient l'admi- même se couvre de fleurs pourration de tous. Léonard Arétin prées. (Canz. i.) fit frapper une médaille en son 3. Combien il serait moins honneur; des recueils de vers mal que nous n'eussions pas furent publiés à sa louange, l'âme céleste et immortelle, Annibal Caro l'a comparé à qu'il ne l'est, en la possédant, Homère, à Virgile, à Platon, de l'embarrasser, et, pour ainsi Ses (ouvres (rime.capitoli, non- dire, de l'ensevelir, dans des velles, poésies latines, lettres) pensées terrestres, sont d'une inspiration très va- ï. Et il sentit affluer autour

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qu'on vueille dire que Bembo ait pris le premier la hardiesse d'user de ce Nom. Il use aussi de Sgombra non pas comme Verbe, mais comme Nom adjectif, ou Participe (je doy estre excusé en ce que j'use des termes de l'art) en ce commancement d'une autre chanson,

Sel pensier che m'ingombra,

Com'è dolce e soave

Nel coi', cosi venisse in quesle rime :

L'anima saria sgombra

Del pezo ond'ella è grave :

Et esse ultime van, ch'anderiam prime ».

Peut estre que sgombra aura esté dict pour sgombrata. Quoy qu'il en soit, par les exemples que j'ay alléguez on congnoist estre vray ce que j'ay dict, asçavoir que le langage Italien a faict autant bien son proufit de ce vocable Encombrier, que d'aucun autre qu'il ait eu de nos ayeulx. Toutesfois ce qui m'a faict alléguer tant d'exemples, c'a < >sté aussi afin que par mesme moyen on pusl tant mieux considérer comment ils n'ont pas seulement usé d'aucuns des mots qu'ils ont forgez à l'imitation du nostre, mais aussi abusé : duquel

de son cœur un tel flot de joie ces vers, mon âme serait souque chaque fibre s'en trouva lagée du poids qui l'accable; et ravivée seraient nies derniers vers 1. Si la penser qui me remplit, qui marcheraient les premiers comme elle est douce et suave [ils l'emporteraient sur ceux en mon cœur. passait ainsi dans qui les ont précédés (livre 11).

abus je parleray plus amplement ci-apres, et ensemble de quelques autres.

Maintenant, pour retourner aux Verbes Italiens, tirez <le ceux qui nous sont autant frequens qu'ils estoyent à nos ancestres, je ne m'arresteray point à ceux qui sont fort communs (pour exemple, Parlar, Cercar, Lasciar, Guardar,Grattar : comme Grattar la testa, ou la rongna) l mais à aucuns de ceux dont nous n'avons pas les oreilles tant battues. Je commanceray donc par un que plusieurs de nous n'oseroyent dire, ne l'estimans pas estre en usage entre les Italiens. C'est Inviluppar, forgé sur nostre Envelopper, duquel ils usent aussi (comme nous du nostre) autrement qu'en sa propre signification, tellement que l'interprète de Cornélius Tacitus 2 a dict, / quali serano la d entra per loro stessi inviluppati*. Sautant du coq à l'asne A (ce qui est permis en telle matière) je vien à Confortai' et Riconfortar : prenant occasion de ce vers que j'ay ci-dessus allégué de Bembo,

Cosï mi vien da voi gioia et conforto.

Lequel vers je prieray le lecteur vouloir aussi considérer (en passant) estre tel que l'oreille autant accoustumee au François qu'à l'Italien,

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