I. « Amour m'envoie cette ment et espère. » (Sonn.cxxxvi
douce pensée, car il est entre 2.EI d'abord changeront ton
nous deux un ancien confident, visage et tes cheveux. (Cap. 1.
et me console ri me dit que je v. 70.)
ne fus jamais si pn-s qu'au jour- 3. Avait changé d'aspect^/©.,
d'huidecequeje désire ardem- 38.)
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sento cangiarme l. Et au commancement d'un sonnet, Di di in di vo cangiando il viso, el pelo *. Il use en beaucoup d'autres lieux de ce mot, qui est forgé sur nostre Changer, plustost que de Mutar, faicl du latin Mutare. L'Espagnol toutesfois retient le Latin, mettant seulement son d à la place du t, car il dit Mudar. Ainsi pour Latrare, il dit Ladrar, au lieu que l'Italien se sert de nostre Âbbayer, car il en fait Abbaiar.
Et à propos de ce Cangiar, dont j'ay parlé naguère, je veux advertir que la langue Italienne oste l'aspiration à plusieurs mots qui commancenl par C, ainsi que nous la voyons ostee à ce Cangiar. Nous avons (pour exemple) Caccia etCacciar, forgez sur nostre Chasse et nostre Chasser (duquel Cacciar ils ont aussi faict depuis Scacciar). Pareillement Carico et Caricar, forgez sur nostre Charge et nostre Charger (et quand ils disent Scaricar, la lettre S n'es! pas mise pour plaisir, comme en S cacciar. car Scaricar signifie le contraire, asçavoir Descharger) semblablementCafnino etCaminar: faicts de nostre Chemin et de nostre Cheminer. En quoy ceste langue sVst accordée avec l'Espagnole, qui dit pareillement Camino et Caminar, comme pour nostre Charge et nostre Charger, Carga et Cargar : des-
I. Tout entier, au dedans et 2. De jour en jour changent au dehors, je nie sens changer, mon visage et mes cheveux. (Ed. citée, canz. xxxi. v. 59.) (Ed. citée, sonnet clxiii.)
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quels on oit user à quelques Italiens aussi : encore que leur langue ait les deux autres susdicts.
Quant à ceux qui prennent un G au commancement, lequel ils mettent devant nostre /*, j'en ay adverti ci-dessus au dénombrement des Noms, alléguant exemples tant des uns que des autres : et me souvient qu'entre les Verbes estoit Gitiar, faict de nostre Jetter. Mais en aucuns ils usent de ceste lettre au milieu, la mettans en la place de nostre /, et changeans aussi nostre terminaison : comme quand ils disent Pagar pour nostre Payer. Il est vray que si ainsi estoit que nostre mot Payer vinst de Pays (comme esta n s les paysans plus subjects et contrains à payer) s, alors, d'autant que Pays semble venir de Pag us, ce g qui est en Pagar n'y seroit pas sans raison. Mais je croirois bien aussi que Payer soit venu de Pacare. car le payement appaise les personnes : d'où vient que nous disons aussi Contenter une personne, pour luy donner son payement. Et encore selon ceste etymologie ce g qui est en ce mot Italien, ne devroit estre trouvé estrange : veu qu'ils usent fort souvent de ceste lettre au lieu du c. A quoy il faut adjouster que nous avons Paguer en quelque dialecte.
1. Il faut comprendre : (ju'ils 2. Cette etymologie est ingëpréfèrent à notre / (autrement nieuse, mais c'est la seconde
dit, i consonne). qui est la lionne.
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Il faut aussi noter qu'ils usent de la signification métaphorique d'aucuns de nos Verbes. Ce que fait Pétrarque en ce mot Covar, faict de nostre Couver : quand il dit,
Nido di tradimenti, in cui si cova Quanto mal pcr lo mondo ho^
\de
Et comme j'ay dict qu'entre les Noms qu'ils nous avoyent pris, aucuns sont de ceux que la langue Greque nous avoit prestez (pour l'amitié quelle porte à la nostre, de toute ancienneté), aussi je di qu'ils ont faict le mesme quant aux Verbes : et pour exemple j'allègue Paragonar, duquel use Pétrarque, en ce vers,
Si paragona pur co i pià perfetti 2.
Car je di que ce Paragonar est venu de nostre Parangonner, mot ancien, que nous avons eu des Grecs 3 : et que, où Ronsard escrit, Je parangonne au soleil que f adore L'autre soleil *, c'est faire tort
l. « Nid de trahison où se couve tout le mal qui se répand aujourd'hui par le monde. •• ( Ed.
citée, sonnet cvi.)
ï. « Se compare avec les plus parfaits. » (Edition citée, sonnet