Nous demeurons ici
PRECELL. DD LANGAGE FRANÇOIS. jQ
326 DE LA PRECELLENCE
comme tenant lieu d'Adverbe, et estant tiré de nostre Mie : qui s'adjouste à la négation. Car ainsi que nous disons, Je ne le ferai/ mie, ou 77 ri est mie sage, ainsi eux, Non lo faro mica, (ou miga) et, Non voglio mica, Non e mica savio. Mais ceste façon de parler nous est autant rare (sinon en quelques dialectes et principalement celuy des Picards) qu'elle estoit fréquente à nos prédécesseurs : au contraire Boccace, entr'autres, use souvent de Mica, ou Miga, en ceste sorte.
J'adjousteray leur préposition Sanza, laquelle aussi est fort commune, es lieux où nous userions de Sans : et mesmement quand ils disent San:.// fallo, au lieu que nous disons Sans faute. Or fautilnoterque ceste escriture Sanza (dont use Bembo en ses Asolains) est condamnée par plusieurs, qui disent que Senza est la vraye escriture. Mais elle a esté condamnée sans que partie ait esté ouye : asçavoir nostre langue, <|ui se l'usl opposée à un tel jugement : et encore maintenant est bien raison qu'on se tienne à ce qu'elle en dira, veu que ce mot a esté faict sur Le sien.
Outre tant de vocables que la langue Italienne a empruntez de la nostre (s'il faut appeler emprunter, ce qu'on prend sans jamais rendre) elle a faict le mesme d'aucunes de nos façons de parler. Mais avant <|iie passer outre, je veux taire au lecteur mes plaintifs touchant quelques choses qui concernent les dicta vocables : esquelles
je di qu'elle ne s'est pas gouvernée sagement à l'endroict de la nostre, et n'a usé de la discrétion qu'elle devoit.
Le premier plaintif est, que la nostre luy ayant preste plusieurs de ses mots, à la charge qu'elle ne les employast à autre usage que celuy qu'ils souloyent avoir estans en leur pays, elle n'a point eu esgard à ceci, ains elle a et usé et abusé d'aucuns, quant à la signification : et de quelquesuns abusé seulement. Et nonobstant ceste condition, je croy bien que la nostre n'eust pas trouvé trop mauvais qu'elle eust osé changer la signification en ceux esquels nos prédécesseurs s'estoyent départis de la Latine : mais ce n'a pas esté en ceux-ci qu'elle a faict cela (comme pour exemple, on voit que nos ancestres, ayans faict quitter à ce mot Hoste la signification de Hostis \ et prendre celle de Hospes : eux en leur Hoste ont ensuivi ceste faute) ains en ceux mesmement que nostre langue n'avoit point tirez des Latins. Pour venir aux exemples, au lieu que la langue Italienne, ayant emprunté Guardar et Itiguardar, entr' autres, elle devoit employer chacun en ce seulement qui est de son office, elle a faict servir quelquesfois Guardar de Riguardar aussi : comme en ce passage de Pétrarque, E cou pieta gardate