‹ La précellence du langue françois;Chapitre 173 sur 212 · Hôte ne vient pas de hostis, mais de hospitem · texte numérisé non relu

Hôte ne vient pas de hostis, mais de hospitem

328 DE LA PRECELLENCE

Le lagrime del popol doloroso '. Mesmemenl Gruardo quelquesfois a esté mis en la place <l<i nostre Regard. Mais encores, est bien pire l'abus du mot Gagliard : et tel qu'on ne peut dire autrement sinon qu'on ait voulu du tout se moquer de luy : qui est toutefois un des beaux qu'ait nostre langue, et qui se peut vanter, entr'autres choses, d'estre de ceux qui luy ont esté donnez et recommandez par la Greque 2. Pour exemple, Giorgio Dati Florentin, en sa traduction de Cornélius Tacitus, parlant d'un feu, qui estoit non pas feu de joye, mais tel qu'il eust pu tirer quelques larmes des yeux de la plus cruelle beste sauvage, (si aucune l'est plus que le tigre) rappelle fuoco gagliardo : c'est-à-dire Un feu gaillard. Voyci les mots de Cornélius Tacitus, escrivani comment une grande partie de Romme fut embrasée par ce feu, sous l'empire de Néron : ei comment il commança, Ubi pet tabemas, quibus id mercimonium inerat quo flamma alitur, simul cœptus igniê, et statim validus, ac vento citus, longitudinem { cortïpuit*. Giorgio Dali a ainsi interprété ce passage, Quindi occupa le l><>ttt'ij]{,\ dentro allequali

1. Et regardez avec pitié l«'s gère met en note : « ou plutôt larmes du peuple malheureux. sYaXXt&i&ac -, qui signifie sr (Edition citée, eanzone \\\\. réjouir. L'origine du mot gailvers 88 lard est incertain.'. Peut-être

2. Cf. Conformité, éd. Peu- faui-il le rapprocher de galant, gère, p. -2\-2. D'après Bstienne participe du vieux verbe ^oler, ^atï/artfviendrail de avàXXottat, être joyeux, s'amu»

se glorifier, se réjouir, et Peu- '■<■ Annales, XV, ixxvm.

erano di quelle merci con cite nutriscon la fiamma : e cosi cominciato, ed in un subito venuto via gagliardo, e spinto ancora dal vento, si distesse per tutte le case ed habitationi che so)i poste per lunghezza del Circo. Qui est le François lequel voyant une telle application de ce mot Gaillard, estant dict d'un feu si horrible, et pourtant bien eslongné de gaillardise, D'en soit estonné aussi bien que de ce feu?

On peut remarquer assez d'autres mots pris de nostre langage, dont toutesfois ils usent en autre signification que nous. Et font ceci en quelques anciens mesmement : comme en Baratto. car au lieu que nostre Ba rat, duquel a esté faict ceBaratto, signifîoit Tromperie (comme encores aujourdhuy, n'estant totalement hors d'usage, retient ceste signification) eux s'en servent pour Change, que nous appelons aussi Permutation. Et s'abusent pareillement en ce qu'ils le pensent estre un mot des Espagnols. Je ne sçay pas toutesfois s'ils l'auroyent point eu d'eux : mais si ainsi estoit, ils auroient baillé ce qui n'est point du leur1.

Et à propos de nos vocables anciens qui sont autrement appliquez par eux que par nous, il me souvient avoir allégué ci-dessus plusieurs passag-es

i.Nicot: Bara t. Est tromperie, regrette la perte du mot. barat, fraude, principalement en mar- mais remarque que le commun chandises... Uest un mot gran- peuple s'en sert encore. Barat dément usité es pays de Langue- se trouve aussi dans l'Invendue, Provence, et adjacents, taire deMonet.(Yoir le Diction- B. Paquier (Recherches, \ 111. in) naire de Godefro) . |

330 l)i: LA PRECELLENCE

esquels nous voyons qu'ils n'ont pas usé proprement du mot Ingombrar, faict du nostre Encombrer, car c'est comme si nous disions Accabler.

Mais pour retourner à des mots qui ne sentent tant leur ancienneté que les precedens, et qui nous sont plus ordinaires, desquels les Italiens abusent pareillement : nous en avons deux notables exemples enAvisare et Avertira, pareillement en Aviso et Avertimento. Je ne di pas en A vîso, comme Boccace en use, mais comme on en oit user à Venise, en la place de sainct Marc, et encore plus en la place de Realte, à toutes les heures du jour, car ceux qui sont appelez Novellanti (mestier incong-nu à la France) font que jamais ces places n'ont faute à'Avisi1 : comme ils usent de ce mot, au lieu de ce qu'ils devroyent dire Avertimenti, comme nous disons Advertissemens : E venuto un aviso di Roma, E venuto un aviso di Franza, E venuto un aviso di Spagna, Et réciproquement ils usent de Avertimento au lieu de ce qu'ils devroyent dire Aviso, comme nous, A vis : tellement «pic eehry qui .1 traduict Guichardin a esté bien avisé d'interpréter Gli avertimenti ,Les avis, non pas Les avertissemens*. Quant àcest autre mot . 1 viso, depuis nuict

1. La phrase de II. Bstienae esl intitule Consigli awrti rd l'ait comprendre le sena de avertimenti politici, Anvers, novclhuiii: comme le remarque 1525. Une traduction en fran- L. Peugère, il > a longtemps çais, par Charles de Chantecler, que cette profession a cessé maître des requêtes^ a été pud'ôtre inconnue en France. bliée a Paris en 1577. Pour te

Page 1