L'ouvrage de Guichardin sens particulier du mot avis
ans (peu plus, peu moins) il a engendré en la Cour un A vis, tenant pareillement la place d'Avertissement : quand on dit, Il est venu au roy un avis d'un tel lieu touchant telle chose, ou, Le roy en a eu avis. Yoyla comment quelques-uns (car il s'en faut beaucoup que tous parlent ainsi) en leur langage naturel ensuivent la faute de ces estrangers, au lieu de la leur remonstrer. Quant à Avertir ou Avertire, ils le disent pareillement pour cela que nous disons A viser (comme A vertite bene à questa cosa) et au réciproque de Avisar ou Avisare, pour Avertir et Avertirç. Il est vray que nous n'usons pas seulement en une sorte du Verbe Aviser, comme du Nom Avis : mais disons aussi, Je vous avise que si vous ne faites autrement, il vous en prendra mal.
Pour le regard des mots pris de nostre langage, dont eux n'abusent pas seulement, mais quelquesfois usent comme il faut, on peut adjouster au Verbe Guardar (que j'ay allégué ci-dessus pour exemple) cestuy-ci, Sovenir, ou Sovenire : car ils ne se contentent pas d'en user pour nostre Souvenir, mais en abusent aussi pour Remettre en mémoire, Faire souvenir, et cest abus se trouve en Bembo, en tr' autres. Mais la faute semble plus légère en ce mot qu'en l'autre.
voir Nicot, qui remarque que lien et en espagnol aviso, et cite le mot s'emploie dans le sens un exemple emprunté au IIe lid' 'avertissement, comme en ita- vre de VAmadis.
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Le second plaintif est, qu'ils ont dépravé plusieurs de nos mots, en adjoustant des lettres aux uns, et en ostant aux autres. Car ils n'ont pas dict seulement Cridar ou Gridar, pour nostre Crier (ce qui estoit pardonnable) et Risguardar pour nostre Regarder et Giostra, pour nostre Jouste, et Contrastai*, pour nostre Contester : mais aussi Guadagnar pour Gangner1, et Alloggiar, pour Loger, et Addomandar pour Demander, etAppagar pour Payer (il est vray qu'ils disent aussi Domandar et Pagar sans adjouster à chacun une syllabe) et quant aux noms, Guiderdone, pour Guerdon 2, et Orgoglio, pour Orgueil3. Mais ils ont faict encore pis en quelques autres mots, car au lieu qu'à ceuxci, Alloggiar, Addomandar, Appagar, ils leur avoyent comme mis quelque chose sur la teste, ils l'ont couppee à quelques autres, je <li de ceux mesmement qu'ils avoyent eus de nous : comme à Ventura et à Vanta g g io. Je sçay bien qu'ils ont faict et font ce mesme tort à la langue Latine (comme quand ils disent Micidio pour Homicidio) et à la Greque (comme quand Castelvetro el
1. C'est le mot français qui Guerdon vient de L'ancien haut s'est resserré, puisque gagne)' allemand Widarlon, devenu, vient de l'ancien haut allemand sans doute sons l'influence de waidanjan , latinisé sous la donutn, Widardon. Widerdoforme vuadaniare. De cette num* d'où les formes guedrcforme est venu guadognier, qui d<>n. guerredon, guerdon. devient successivement guaa- W. L'accent dans orgoglio est gnier, gaagnier ,gagnier ,et enfin sur la seconde syllabe, et la gagner. prononciation du mot ne dif-
2. C'est encore le mot italien l'ère en somme qu'assez peu de qui est le plus près de l'origine, celle du mot orgueil.
autres ne font point conscience de dire Pistolet pour Epistola) mais, si elles endurent ce tort sans en faire aucune doleance, il ne s'en suit pas que nous devions faire le mesme.
Ils se jouent de nos mots encores en une autre façon : comme quand Bembo dit d'une fille, corne quella che garzonissima era. Je sçay bien que Bembo est fort hardi non seulement à feindre des mots terminez en YOLE, ains aussi à faire des superlatifs : mais il ne se devoit donner telle hardiesse en nostre langage, sans nous demander congé. Lequel (pour dire la vérité) je ne sçay si nous luy eussions donné, car de Garçon duquel ces messieurs ont faict garzon, et garzone, nous disons seulement Garçonnière : tellement que, suivant cela, il eut falu dire corne quella che molto era garzo niera. Et si on me dit que ce mot ne seroit pas Italien, je respon que celuy dont a usé Bembo, n'est ne Italien, ne François : qui est bien pis.
Tenant promesse, je vien aux exemples de quelques façons de parler que les Italiens ont prises de nostre langage, aussi bien comme ils ont pris une si grande quantité de nos vocables. Desja le cardinal Bembo nous advertit de quelques-unes : entre lesquelles est ceste-ci, de Boccace, Non ha lungo tempo : comme nous disons, Il n'y a pas long temps, et, Quanti sensali ha in Firenze? comme nous dirions, Combien desensals y-a-il à Florence? S'il nous est licite d'user de ce
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mot Sensals, au lieu de dire Corratiers. Il remarque aussi cette phrase, Io amo meglio, (comme nous disons J'aime mieux :) et l'expose, Io voglio put tosto* : monstrant comme Boccace en a voulontiers usé.
Mais les façons de parler dont Bembo a faict mention, ne sont point Provençales (comme il a pensé) c'est-à-dire peculieres aux Provençaux, ains sont aussi bien des autres contrées de France. Ge qu'il faut estimer de celles aussi que je proposeray : commanceant par une qui est en ce vers de Pétrarque,
Di di in di vo cangiando il viso elpelo 2.
Ainsi dit Bembo en ses Asolains, Ed udironlami
Ira esse cantare, si corne io Vandava tessendo 3 : parlant d'une chanson. Il est certain que ceste façon de parler est prise de nostre langage, auquel elle est aussi fréquente, qu'elle y-a bonne grâce : comme en ce vers, pris d'une Elégie de Philippe Des portes,
Mais durant qu'en regrets tu te vas consumant ; .
1. Littéralement : je veux Celle construction, très fréplutot. quen te chez Desportes, est con-