‹ La précellence du langue françois;Chapitre 175 sur 212 · Voir page 297. damnée par Malherbe, qui a · texte numérisé non relu

Voir page 297. damnée par Malherbe, qui a

3. Et elles me l'entendirent rayé dans son exemplaire la entre elles chanter, comme seconde partie de ce vers. fVoir j'allais la composant. Brunot,/a Doctrine de Malherbe

'». Elégies, livre 1, Discows ; d'après son Co?nmrntaire sur

p. 290 de l'édition Michiels. Desportes, p. 416.)

Et en ce passage pris d'une sienne chanson,

Le plus souvent en vous voyant La peur va mes sens effroyant '.

Ceste façon de parler nous est fort ancienne : mais les Espagnols y-ont voulu avoir leur part, aussi bien que les Italiens : tesmoin celuy qui a traduict ainsi le vers de Pétrarque allégué ci-dessus,

Cadadia voy mudando el gesto y el pelo.

Sur ce mesme verbe il me souvient d'une autre façon de parler dont use Pétrarque, à l'imitation aussi de nostre langage,

I dolci colli ov' io lasciai me stesso, Partando onde partir giamai non posso, Mi vanno innanzi 2.

Car Mi vanno innanzi, est dict à l'imitation de ceste façon de parler dont nous usons ordinairement, Me viennent au devant. Ce qu'on dit aussi, Me viennent devant les yeux. Mais en parlant ainsi, nous suivons ce que disent les Latins, Veniunt ante ocidos.

Du devant je viendray au derrière, c'est à dire à une phrase où ils font mention du dos, laquelle pareillement ils ont prise de nous : c'est quand ils disent Dar à dosso : et mesmement en leurs

1. Les amours d'Hippolyte : netxxix.EditionMichiels,p.l85. seconde chanson après le son- 2. Voir page 301.

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escrits : comme il me souvient l'avoir leue en l'interprétation de Cornélius Tacitus, faicte par Giorgio T)dLti,Yioren['mo, E poscia diedero addosso a nemicî, &\n$i que nous disons, Ils leur donnèrent à dos. Il est vray que nous avons d'autres façons de parler, desquelles nous usons aussi voulontiers : mais le propre usage de ceste-ci est quand poursuivans l'ennemi fuyant nous le battons. Quant à ce que nous disons, Tourner le dos, qui est pris du Latin, Terga vertere, eux disent plustost le spolie, usans aussi du verbe Voltar : comme en cest endroit de ce mesme interprète, Ne per fer/' te che ricever potessero, céder ebbero, o volterebbero le spalle giarnai \

Je croy que si je di ceste phrase aussi, Haver grand torto, ou un grand torto, estre pareillement contrefaicte sur nostre Françoise, on ne me contredira point. Bembo est de ceux qui en usent : car nous lisons en son premier livre des Asolains, Lisa Lisa, lu hai havuto un gran torto.

Quant à ceste façon de parler, dont use Boccace entr'autres, Io vi sô grado di quella cosa : il ne faut point douter qu'ils ne l'ayent prise de nous : pour imiter ce que nous disons, Je vous sçay gré de cela, car (comme j'av monstre ci-des-

i. Quelques blessures qu'ils mais le dos ( 1 i 1 1 — les épaules).

pussent recevoir, ils ne cède- Tacite, Annales. XIII. 24, non raient, ni ne tourneraient ja- telis, non vulncribus cessuros.

sus) ils ont usé de grado pour exprimer ce que* nous disons gré.

Gomme nous disons Laisser en derrière, de ce dont nous ne tenons comte : ainsi eux Lasciaradietro : pour le moins Bembo en a usé. Nous* trouvons aussi en ses escrits, Ritrarre la briglia, dict par métaphore, et pareillement le contraire : ainsi que nous disons Lascher la bride, et Retirer la bride : et semble bien qu'en prenant de nous le mot briglia, ils ayent quandetquand pris ces façons de parler ausquelles nous l'accommodons : sans les aller chercher aux livres des Latins, où ils les eussent trouvées aussi bien que nous. Ce que je di pareillement de la phrase qui précèdecelles-ci : car il faut considérer que Bembo n'a pas esté le premier qui en a usé : et qu'il pourroit bien estre que le premier n'estoit pas (comme luy) homme pour imiter quelques phrases Latines.

Mais quand ce m es me auteur, je di Bembo, use de Mestiero et Bisogno, contrefaisant nostre Mestier et nostre Besoin, alors on ne peut douter que luy, aussi bien que les autres, ne vueille user de ces mots avec les mesmes verbes que nous. Gomme aussi nous voyons qu'au commancement du livre qu'il a intitulé Le prose, il dit Tè di mestiero, ainsi que nous, Il t'est de mestier de faire cela : pour signifier, Il t'est besoin ou de besoin, Il t'est nécessaire. Et avec le Yerbe F are y.

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en ses Asolains1, Non fa mestiero di moUe parole. Et vers le commancement de ce mesme livre, Aquali quasi per lo eontinouo et di calamita et di scorta non faccia mestiero -. Toutesfois aujourdhuv nous n'appliquons guère nostre Verbe Faire avec le mot Mestier en ceste façon, Bien peu sont ausquels il ne face mestier de telle chose : au lieu de dire, Bien peu sont qui n'ayent mestier de telle chose. A grand peine aussi diroit-on, Il ne fait pas mestier de beaucoup de paroles : pour signifier, Il n'est pas besoin. On dit bien, Gela me fait mestier. encore qu'on die plus souvent, Gela me fait besoin. Mais il est vray semblable que du temps des premiers enrichisseurs de la langue Italienne (c'est à dire de ces anciens auteurs qui enrichissoyent leur langue de la nostre) et es lieux où ils estoyent, on appliquoit ce mot encores autrement que maintenant : ce qu'il faut aussi penser des autres. Pour exemple, on dit aujourdhuy, Donner aide, Donner secours, plustost que P rester aide. Prester secours : toutesfois ils disent, Presktr ajuto, Rrestar soccorso : et Boccace mesmement en use quelquefois.

Je retourne à Bembo, qui dit, parlant Italien François, Gismondo cosi prese à dire : car ceste façon de parler est prise de nostre Prendre : quand

i.Il n'est pas besoin (litt. : il 2. Qui Q'aienl pas besoin connc fait, pas métier) de beau- tinuellemenl et de boussole et

coup (le paroles. de direction.

nous disons, // se prit à dire. Et faut noter qu'il n'a p;is exprimé nostre se : mais Boccace aussi ne l'avoit pas exprimé, quand il avoit dict, Lauretta lietamente prese a dire ' ou, addire, comme les autres aiment mieux escrire.

Ce mesme auteur (j'enten Bembo) use d'une façon de parler Italienne-françoise fort belle, mais laquelle maints Italiens ne pourroyent pas entendre, et peu de François faudroyent à l'entendre, c'est où il escrit, Quanto egli gia neW entrar de suoi ragionamenti andava tentoni, si corne quello che nel buio era~. Car Andava tentoni, c'est au lieu de ce que nous disons, Il alloit à taston : mais cela est dict ici métaphoriquement : et d'autant ha-il meilleure grâce. Quant à ce mot Tentoni, il est tout évident que ceux qui disent A tentone, approchent plus près de nostre mot : et encore plus près les Napolitains, qui prononcent A tantone.

Entre les phrases qu'ils ont tirées de nostre langage, aucunes ne se trouvent qu'en quelcun de nos dialectes, comme ceste-ci, Io ïho messo in salvo, ou, posto in salvo, alors mesmes qu'ils veulent signifier simplement ce que nous disons, Je l'ay serré. Car ainsi disent les Picards, Je Vay mis en satdve.

1. Laurette gaîment se prit ses raisonnements, il allait à •à dire... tâtons, ainsiqn'nn homme dans

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