‹ La précellence du langue françois;Chapitre 184 sur 212 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

I. ORTHOGRAPHE ET PRONON- CIATION. — Orthographe étymologique et orthographe phonétique.

— 1. Deux principes orthographiques sont en lutte au xvie siècle comme aujourd'hui, le principe étymologique et le principe phonétique. Dans l'ancienne langue française, l'orthographe, sans être absolument conforme à la prononciation, était cependant, dans une certaine mesure, une orthographe phonétique. Au xiva siècle, on commence à tenir plus grand compte de l'origine des mots, et l'on ajoute des lettres dont la présence n'est pas toujours justifiée par l'étymologie grecque ou latine.

2. On a rétabli ainsi des lettres latines qui, n'étant plus prononcées, avaient cessé d'être écrites et n'étaient représentées par rien : b dans debte 104, soubs 3, tubject 6, assubjetti 12, subjeclion 72, etc.; c dans auctorité 150, project 1, dict 4, effect 2, sub-

ject 6, etc.;d dans mtd 234, ad jouxter 7, advocati il, adverti 12, etc.; g dans congneu 2, conr/noissanee'3l.

3. Mais, dans bien des cas, la lettre latine avait seulement changé de forme, ou bien, en disparaissant.

avait modifié la voyelle précédente, de sorte qu'une fois ajoutée dans le mot, elle y est en réalité représentée deux fois : c représenté déjà par t dans faicte 1; traiet V29; poincls6; joincts H; deduicts 7; fruict 164; nuict 51, etc. : g représenté par / dans Utingtains 13, etc. ; /représenté

par u dans faulse 345 ;p représenté par v dans apvril 9.

4. Les lettres doubles, réduites à une simple dans l'ancienne langue, se présentent de plus en plus souvent à partir du xive siècle. On trouve par exemple dans la Prccel- Iruce : appercevront 2; appaiser 4; nbbattu 30; abbois 124; abbréger 355 ; agc/reable 309; jettez 20 ; pratiquer 23; traitteray 28; traitté 28; conclurre 48 ; addoucissans 305; ay;platie 141; aggrappe 311, etc. Plusieurs de ces mots sont des composés français, dans lesquels entre comme élément non pas la préposition ad, mais la préposition à. Dans ces mots, par conséquent, le redoublement n est même pas un retour à l'étymologie. Il faut voir aussi l'influence de l'analogie dans les mots Romme 31 ; Rommains 7 ; rommant 1"; de f fit 57; equippage 14; gibbier 131 ; secrettes 166. Modelle 1, s'explique par l'italien modello; pour souppe 248, l'allemand a Suppe. On peut rapprocher de platte, dans plat te forme 355, l'allemand p/a/C ou Platte, l'italien piatto. Mais peutêtre est-il plus simple de voir dans l'orthographe de ces mots dans la Precellence l'influence de l'analogie.

5. La langue du xvie siècle conserve encore cependant bien des traces de l'ancienne simplicité orthographique. Dans bien des mots les consonnes étymologiques qui ne se prononcent pas n'ont pas été réta-

1. Voir Darmesteter et Hatzfeld, Tableau de la langue française au XVI* sièrlr ; — Rrunot, Précis de grammaire historique de la langue française. Consulter la Bibliographie qui se trouve dans la 3e édition.

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

blies. Nous trouvons ainsi, dans la Precellence, avenir (infinitif) 18; promte 32 ; comte (compte) 66 ; exemts 82 ; doits (doigts) 139 ; pié •273, etc.

6. On trouve souvent une lettre simple dans des mots où l'étymologie exigerait une lettre double :

falu 12; faloir 32; eschapent 317; amolisse 95; etc. Quelquefois aussi l'orthographe du xvie siècle est, en employant la lettre simple, plus voisine que la nôtre de l'étymologfie : debatre 7; debatu 11; gentile 34; gentilesse 66; Alemagne 119; eschaufer 95; quereler 359.

Dans des mots de formation française, on trouve le préfixe ou la terminaison joints au radical du mot sans les redoublements usités aujourd'hui : 7'esembler 255 ; alonge 319; gueter 285.

Voyelles et diphthongues. — 7.

A et E.. — Estienne lui-même nous apprend qu'il existait au xvie siècle une confusion entre le son a et le son e, le peuple disant Piarre pour Pierre, les courtisans disant catherre pour catharre. H. Estienne emploie la forme boulever 355 ; c'est la forme la plus ancienne. Mais il emploie une forme savante quand il dit perfaicts 150, pour parfaicU.

11 emploie la forme ancienne arain 193, pour airain; esclarciront 74, pour esclairciront. On trouve, dans la Precellence, condcmnation 35; mais aussi condamner 37.

8. AN et EN. Comme tous ses contemporains, H. Estienne paraît employer inditréremment an et en.

Quand il écrit ardant 31 ; tardante 2; on reconnaît l'ancien participe du verbe ardoir ou ardre. Mais c'est contrairement aux anciennes habitudes de la langue aussi bien qu'à l'étymologie qu'il écrit commancer 37; eommaneeray 52; commancement 52: ranger 57, etc. L'orthographe de Flammu 171 : reng 16 ; renger 25; rengeroyent 12; tranchantes 3, peut être autorisée par l'ancienne langue, mais rien ne justifie recommandation 25; garentie

12 (ailleurs garantir 37).

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