Ellipse de en
Il n'a point esté faict à l'imitation des Latins (veu qu'ils n'ont aucun qui signiGo ceci). 194.
Encore au xvn8 siècle :
Tous d'une commune voix vous nommèrent, et il n'y eut pas un seul qui vous refusât ses suffrages. (La Bruyère, I, 36-37, ror.)
60. Le pronom personnel sujet se trouve employé d'une façon pléonastique :
Ceux qui s'eshahiront... ils monstreront bien ne sçavoir pas... 7.
Qui douteroit si accompagner est nostre, il devruit aussi douter si compagnon nous appartient. 894.
Cette dernière construction se trouve notamment dans des proverbes cités par Kstienne. Les deux tournures sont encore employées au XVIIe siècle :
Ceux qui les regardent des yeux corporels, ils n'y voient rien que de bas. (Bossuet, dans Uaase.'i
Qui interroge, il cherche; qui cherche, il ignore (id. ib.).
61. H. Estienne emploie le pronom personnel résrime indirect dans le sens du datif dit datif d'intérêt :
De ces mots estrangers ne m'usez à toute heure. 26.
Cette construction, qui s'est restreinte, n'a pas encore aujourd'hui cessé d'être usitée.
62. Estienne emploie le pronom personnel se rapportant à un substantif indéterminé :
Estans ces deux poincts hors de controverse, l'un que Dipu vous a doué d'éloquence, l'autre qu'elle est d'autant plus profitable et bienséante à un roy... 6.
Le même fait se produit encore au xvue siècle.
[sois ?
Seigneur, si j'ai raison, qu'importe à qui je
Perd-elle de son prix pour emprunter ma
[voix? (Corneille, Nicoméét, 190.)
63. Il s'emploie assez souvent au neutre avec le sens de ce, cela :
Au lieu que cela qui sortiroit de la boucho d'un autre ne seroit tenu encore que pour dict. on le se représente eommo desja t'aiet aussitost qu'il part de celle du r
Il est raisonnable que nous facions estât de ee qui importe à la republique, comme s'il importoîtà nos affaires domestiqu
Cela est dict ici métaphoriquement ei d'autant ha-il meilleure grâce. 339.
Encore au xvn* siècle :
Voilà qui est bien aisé à dire, je voudrois qu'il le fût encore plus à h 11. Ml.)
Un dernier jour détruit tout comme si jamais il n'avait été. (BoMWt, dans Ba*M
64. Le pronom il se trouve déterminé par uue proposition relative, mais seulement dans des proverbes cités par Estienne.
Il est riche que Dieu aime. 21 o.
Il est avare à qui Dieu ne sufût. 111.
Qui «ert Dieu, il ha bon maiMre. 111,
Cette construction était d'ailleurs assez fréquente au xvi' siècle; tille n'est pa> sans exemple même au xvn''.
Il est bon loin de là qui s'emporte ItM les nues. (Balzac, dans II
OBSERVATIONS GRAMMATICALES
65. C'est aussi dans un proverbe que l'on trouve la forme tonique du réfléchi employée au lieu de la forme atone : En soy moquant diton bien vray. 223. Mais cet emploi du réfléchi tonique était assez fréquent devant le participe et l'infinitif, plus rare devant un mode personnel. Au xvne siècle, le fait ne se présente plus, et c'est un archaïsme que nous trouvons dans La Fontaine :
Tant ne songeaient au service divin Qu'à soi montrer es parloirs aguimpées Bien blanchement. (IV, 488.)
66. H. Eslienne emploie, très logiquement, le réfléchi là où nous employons le pronom personnel :
Il a usé d'une langue qui est grave de sov-mesme. BB.
Nous advertissant de choisir toujours un tel médecin plustosl qu'un autre : j'entpn qui ha ce bon heur de se sçavoir guérir soymesme. 218.
Encore au xvne siècle :
Alexandre les traînant après soi perdrait une partie de ses avantages. (Vaugelas, dans Hanse.)
Arrivé chez soi, il raconte son aventure à ses amis. (La Bruyère, II, io.)
67. L'ordre des pronoms régimes devant le verbe n'était pas rigoureux comme aujourd'hui. Il était à peu près indifférent de mettre d'abord le régime direct ou le régime indirect :
Ou le se représente comme desja faict. fi.
Encore au xvne siècle :
Je les vous donne avec plaisir.
(Balzac, dans Haase.] On le m'adit, mademoiselle. (Voiture, ib.)
68. Le pronom personnel régime d'un infinitif qui dépend d'un autre verbe se place d'ordinaire avant le premier verbe au lieu de se placer comme aujourd'hui devant l'infinitif :
Combien plus grand le doit avoir celuy [d'un roy. 5.
Ne se faut e?merveiller. S.
Tel que sa pieté et ses bienfaicts luy puissent donner i.
Ceux qui me viendront contrôler. 32.
Et ne me voudra imputer ceste hardiesse a présomption. 2.
Cette construction est encore la plus usitée au xvne siècle.
Vous m'aimeriei, madame, en me voulant [haïr. (Bacine, Andromaque, 544.) Contre tant d'ennemis qui vous pourra dépendre. (Iphtgénie, 1622.) C'est leur en dire assez, le reste il le faut [taire. (Ibid. 157.) Ce même Burrhus qui nous vient écouter. (Britannicus, 1208.)
Possessifs. 69. Le pronom possessif mien, etc., se trouve employé comme attribut dans des cas où nous employons plutôt la tournure analytique à moi, etc. :
Dont les unes seront miennes. 48.
Car ceste proposition est sienne. 151.
Cette construction tend assez vite à disparaître. On en trouve encore des exemples au xvne siècle :
Tout ce qui est bien dit, de quelque part
qu'il vienne, je fais estât qu'il est mien.
(Malherbe, 11.323.)
70. Le même pronom, joint à l'article indéfini ou au démonstratif, s'emploie pour déterminer un nom, en jouant auprès de ce nom le rôle d'épithète :
D'autant mets-je ce mien livre en plut grand danger. t>.
A cause du titre qu'il me donne en un sien livre. lî>.
Belleau a usé de cette translation en ce passage d'une sienne comédie. 128.
Cette tournure, très fréquente au xvi" siècle, est un peu archaïque au xvir. Dans la seconde moitié, elle n'est usuelle que chez La Fontaine :
Le capitaine avait fait dessein de la donner en garde à une sienne sœur. (Voiture, dans Haase.) Et d'abord, vous prenant pour ce mien [camarade.
Mes sens d'aise a\-euglés ont fait cette [escapade. (Corneille, Clitandre, 59't.)
71. H. Estienne ne juge pas nécessaire de répéter le possessif devant le second de deux substantifs coordonnés : le possessif peut ou bien s'accorder avec les deux, ou bien ne s'accorder qu'avec le premier. Le pluriel s'emploie quand le possessif s'applique à deux individus ou à deux objets bien nettement distincts l'un de l'autre :
OBSERVATIONS GRAMMATICALES
Ceux qui auront vcu les escrits de mes père et oncle. 2.
Doublement obligé à sa bonté et beneficence. 3.
Son embellissement et enrichissement. 17.
La répétition du possessif devient obligatoire au xviie siècle. Cependant on trouve encore des phrases comme celle-ci :
M. de Trévaly me répond tous les jours de votre capacité et fidélité.
(Sévignè, VIII. VI.;,
72. On trouve dans Estienne le pronom possessif déterminant un nom et coordonné avec un déterminant d'une autre nature :
Les ambassadeurs tant vostres que de vos prédécesseurs. 2.
Démonstratifs. 73. Le mot cil ne se rencontre que dans un proverbe cite par Estienne : Cil est bien gardé qui de Dieu est gardé. 210. Le mot cil était déjà à peu près hors d'usage dans la première moitié du xvic siècle. Malherbe le condamne définitivement : « Le mot cil ne vaut du tout rien, il est hors d'usage : on doit dire celui. » (Brunot. Thèse, p. 393.)
74. Le pronom iceluy sous ses diverses formes est extrêmement fréquent dans la Précellence :
Ku attendant que l'œuvre qui sera faict sur iceluv les en rende entièrement résolus. 7.
Or me seo-je infiniment heureux, Sire, qne l'édition de ce livre ait ceste bonne rencontre, de se trouver soubs le règne de rostre Majesté : pouree que l'éloquence d'icelle luy sera un très honorable ttsmoide la louange qu'il donne à uo.-tre langue.... 3.
Quand j'auray produict ces passage- dM [Mietes latins avec les traductions d'iceux. '.H.
J'espère qu'eslans bien considérées, je pangneray ma cause devant tous ceux, l'obstination desquels ne coinbatera point contre Scelles. 32.
Ces mots si commodes disparaissent au xviT siècle, après avoir été employés continuellement par tous
les écrivains de l'époque j
•lente. On ne les trouve plus qu'exceptionnellement chez Malherbe :
Il y avoit pour drap de pied un lapis velu. <t ih -sus an escabeau, et >ur icehii un bassin vermeil. (Ed. Lalanue, III, 334.)
Vaugelas les condamne définiti-
vement, en déclarant que ce sont les plus mauvais mots et les plus barbares de la langue. (Edition Chassang, II, 418).
75. Estienne emploie le pronom cestiuj accompagné des particules ci et là.
Cestuy-ci, nommé Brunetto Latino. a laissé un livre' composé en langage françois. tf.
Je ne trouvay autre expédient que de persuader à toute l'assemblée que cestuv-Ia s'abnsoit grandement en ce qu'il me prenoit puur un François. SI.
Les contemporains d'Eslienne, comme ses prédécesseurs, employaient couramment cestuy. Mais Malherbe (Brunot, Thèse, 394) souligne le mot dans cette expression de Desportes : cestuy qui se plaint.
Lui-même n'emploie que cettui-ci.
avec la particule. Et, en 1647, Vauçrelas écrit : « Cettui-cy commence à n'estre plus guère en usa^e. »
76. Le mot ce est plus librement qu'aujourd'hui employé comme pronom :
Et luy ayant promis de ce faire. 11.
Encore au xvn« siècle.
l'a jour qu'il faisoit la dépense de quelques jeux et qu'à ce l'aire il estoit secouru par la contribution de ses amis. (Malherbe. II, 36.)
77. On trouve dans Estienne le mot celle employé comme adjectif, dans une citation, il est vrai, mais lui-même le répète en expliquant la phrase citée :
Nous trouvons ce mot en quelques romans, et nommément en celuy de 1' n si, Ils t'en partirent de celle brigade c'est-à-dire de celle compagnie. 268.
Dans la seconde moitié du xvie siècle, l'emploi de celuy. celle.
comme adjectifs, n'est plus aussi fréquent que dans la première.
Cependant, à en croire Nioot (1606), mploi du mot aurait toujours élé habituel : « Celuy. C'est un pronom démonstratif. Voilà celuy firère dont je OOUi avoys parlé. »
Mais le mot n'est pins ainsi employé, à cette époque, qu'exceptionnellement.
78. ('este, accompagné des particules ci et /<>, est employé comme pronom :
OBSERVATIONS C.KAMMATICALES.
Ceux qui l'esbehiront que vostre Majesté preune aussi plaisir à ouir debatre ceste-ci. i
Si ceste-là est belle, ceste-ci encore davanlage. 137.
Cet emploi, très fréquent an xyic siècle, se rencontre encore au commencement du xvn0 :
En ceste-ci je ne trouve pas qu'il y ait moyen de le défendre. Malherbe, Il