‹ La précellence du langue françois;Chapitre 23 sur 212 · S EPISTRE · texte numérisé non relu

S EPISTRE

dont l'un, asçavoir Jule, en composa mesmement des livres l. Le cinquième empereur aussi, nommé Claudius, pour aider à sa langue, inventa trois lettres 2. Toutesfois, pour ne venir aux exemples estrangers, mais demeurer en ceux de vos prédécesseurs, ne lisons-nous pas de Chilperic, qu'il fit le mesme en la sienne 3? Et pour approcher beaucoup plus près de nostre temps, Sire, n'avez-vous pas encores aujourd'huy plusieurs bons tesmoins de l'enrichissement qu'a receu nostre langage par le moyen de vostre ayeul, le grand roy François *? voire jusques à luy donner ce los, qu'il a esté le premier qui l'a mis comme hors de page. Ceux donc qui sçauront ces choses, ne s'esmerveilleront point que vostre Majesté prenne plaisir au présent Discours, au contraire s'esbahiront de l'esbahissement des autres.

Mais quant à ce que j'ay dict, Sire, estre par moy réputé pour un grand heur, que l'édition de ce livre se rencontroit sous vostre règne : je suis contrainct de vous confesser que la mesme chose qui me donne

cherchait avant tout la clarté paraît-il, Yantisigma C = bs ou

dans le style, qu'il n'aimait ni psf le v distinct graphiquement

l'archaïsme ni le néologisme, de Vu, d: enfin, un son inter-

qu'il était partisan de l'ortho- médiaire entre i el n H.

graphe phonétique. Auguste :i. E. Pasquier {Recherches

;i\,iit aussi composé plusieurs de la France. VIII, i.Nim parle

ouvrages. d'une tentative de Chilperic

1. Le traité de VAnnlof/ic, pour introduire dans l'alphabet en deux livres, étail dédié a les lettres doubles des G Cicéron. 11 est probable que '.. Cf. Dialogues, 1. p. 60.

voulait faire prévaloir Voir l'article de Ferdinand

partout en grammaire le prin- llrunol. Un projet <T « enrichir.

cipe de l'analogie, dans la magnifier et publier » la langue

construction comme dans les françaiseen 4 509, dans la Revue

formi cP Histoire littéraire de hi France

2. Suétone, VU <l<- Claude, 15 janvier 1894. et'. Pasquier, î::. Ces trois lettres étaient, Recherches, vil. v.

Al ROY. y

asseurance pour un regard, me met en quelque crainte pour un autre. Car d'autant plus vostre Majesté fait profession de parler purement et disertement, d'autant mets-je ce mien livre en plus grand danger, pour les fautes qu'elle y pourra remarquer. Toutesfois j'ay recours à la douceur et debonnaireté qu'il lui a pieu me monstrer, et qui m'a encouragé à l'entreprendre : tellement que soubs ceste espérance je la suppliray derechef le vouloir favoriser non moins de sa censure que de sa lecture : à fin que l'œuvre duquel le project aura receu tant de faveur et d'honneur, puisse avoir d'autant meilleur recueil par tout le royaume de sa Majesté : laquelle je prie le Créateur faire longuement prospérer en la prospérité d'iceluy. De Paris, ce xxm d'Apvril, m. d. lxxix.

Vostre tres-humble et tres-obeissant serviteur et subject,

Henri Estiene.

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