Depuis le xiv" sièele. il y
avait dans l'orthographe fran-
çaise un complet désarroi dû à la lutte entre l'orthographe phonétique (celle de l'ancien français), et l'orthographe étymologique ou prétendue telle.
La question n'est pas résolue, puisque l'usage actuel est établi d'une façon puremenl arbitraire. (Voir E. Pasquier, Recherches, III. i : De Vorigine de nostre vulgaire François, que les Anciens appeloienl Roman, cl dont procède lu différence de C orthographe ci du parler. — Lettres, III. i\ : Sçavoir si rorthoqraphe française se doit accorder avec le parler.
\ . Bernardmo Tomitano, médecin et littérateur, né a l'alloue en 1506, mort à Venise, en 1576. Ses principales œuvres littéraire- sont : Quattro libri délia lingua toscan prova lu filosofia esser m surin ul perfetto oratore c p l'ou\ rage aont il est question
si c'estoyent des paroles propres pour invoquer les diables. Et sur cela Dieu sçait les belles raisons qui sont mises en campagne tant d'une part que d'autre : comme de la part de Gastelvetro assaillant, et de Annibal Caro * défendant. Lesquels je ne nomme point par mespris, ains estant marri que deux tels personnages ayent appliqué à cela leur esprit qui estoit capable de si grandes choses : et principalement celuy de Gastelvetro. Car je les ay congneus tous deux, et mesmes ay eu bonne part en leur amitié, de leurs grâces. Et ne préfère point l'un à l'autre, à cause du titre qu'il me donne en un sien livre (duquel titre je me sen trop chargé), mais pource que je puis monstrer la vérité estre telle. Toutesfois, sans entrer plus avant en ceste comparaison, n'est-ce pas grand pitié que deux si grands person-
ici : — Esposïzione littérale ciel nr à Modène en 1505, fut meratesto di Malteo evangelista; — bre de l'Académie des Intronati, Discorso intorno alïeloquenza, à Sienne. Sa querelle avec Caro ed alVartifizio, délie prediche e éclataèToccasion d'une eanzone dcl predicare di Cornelio Musso. composée par Caro à la louange I. Annibal Caro, né à Cilla- de la maison royale de France. Nova (marche d'Ancône), en Cette eanzone fut sévèrement L507, mort à Home eu 1566, fut critiquée par Castelvelro. Caro lecrétaire du duc de Parme et répondit avec colère. On dit de Plaisance, Paul-Louis Far- qu'il fut l'auteur des persécu- Qèse, tils du pape Paul 111. tions dirigées contre Castelve- Plus tard il entra dans l'ordre tro, qui s'enfuit, en 1557, pour de Saint-Jean de Jérusalem et éviter les prisons du Saintobtinl de riches commanderies. Office, et, après bien des avenues principaux ouvrages sont: tures. mourut en exil en 1571. an recueil de poésies, Le JRzrne, Les principaux ouvrages de sa belle traduction de l'Enéide, Castelvetro sont sa traduction en vers libres et non rimes, et son commentaire de la Poéune comédie, / Straccioni (les tique d'Aristote, sa très inté- Gueux), etc. Ses lettres sont ressante critique d'Annibal considérées comme un des mo- Caro : Ragioni di alcune cose dèles de la lionne prose ita- segnate nella eanzone di Annilienne. — Luigi Castelvelro. bal Caro, etc.
nages, au lieu d'employer le temps à des escrits qui les pouvoyent rendre admirables, Payent employé à des disputes touchant leur langage maternel, qui les rendent quasi ridicules? Or la-dessus Benedetto Varchi1 et autres se sont jettez à la traverse, et ont tellement brouillé les cartes que le vray et nayf langage Italien n'est plus qu'une idée Platonique. Je sçay bien que des le temps de Bembo2 l'incertitude y estoit grande, et luy tant mieux pensoit parler, tant plus estoit moqué : (tesmoin l'evesque qui luy demanda en une église de Padoue, si elle ne luy sembloit pas molto scannevole) 3 mais elle est tant augmentée depuis, qu'on trouvera vray ce que je vien de dire.
Ils ne peuvent pas objecter le mesme à nostre langage, car jamais il n'a falu que les plus grands personnages de nostre France ayent mis la main à la plume pour nous apprendre à parler François. Et quand ils l'eussent mise, prenans ceste pêne de gayeté de cueur, et pour leur plaisir (encore qu'elle n'eust pas esté du tout inutile à quelque partie du commun
1. 11 fut partisan de i.aro eontre Castelvetro,qui a publié <lcs critiques contre VErcolano.
■2. Pietro Bembo (i » 7 < » - 1 :\\~ . d'une grande famille vénitienne, l'ut secrétaire de Léon X.
Paul lll le nomma cardinal en 1539. Il l'ut célèbre par son •spiit et imita le plus souvenl Pétrarque. Il ('tait puriste en italien et en latin, évitant de lin- son bréviaire de peur de gâter son beau stj le cicéronien.
Le li\ iv intitulé Le Prose, ne/le <m<ili si rxgiena délia oolgar lingua, divise in trelibri, parul a Venise en 1525. C'est a cet
ouvrage, écrit en dialogues.
que Bembo doit sa renommée comme grammairien. 11 a écrit en outre diverses poésies, dedialogues sur l'amour, GliAsolani, ainsi intitulés parce qu'ils lurent composes au château d'ÀSOla, et une Histoire de Venise. Ses dialogues, Gli Asolani, traduit- en français par J. Martin en 1545, eurent une grande Célébrité. Ses lettres latines
eurent aussi beaucoup de réputation.
:;. Contenant beaucoup de hunes. Bembo abusait de cette
terminaison vole. Voir p.
peuple) il ne leur fust pas advenu, comme à tant d'Italiens qui ont escrit de leur langue, de se contrarier tellement que les lecteurs s*en fussent retournez plus incertains que paravant. Si est-ce diront-ils que vous ne pouvez nier qu'en vostre langue pareillement n'y ait beaucoup de mal, et qu'elle n'ait perdu beaucoup de sa pureté. Je sçay bien qu'ils ne peuvent ignorer ce mal, veu qu'ils en sont cause en partie : j'enten, quant à leurs mots qui se meslent parmi les nostres. Mais je respon que le mal (Dieu merci) n'est pas si grand qu'ils pensent : veu qu'il n'approche point du cueur de nostre France. Car j'estime qu'en cas de langage je puis appeler le cueur de la France les lieux où sa nayfveté et pureté est le mieux conservée 1 : de sorte que tous y sont d'accord que ces vocables estrangers nous doivent servir de passetemps plustost que d'ornement ou enrichissement : et que le langage de ceux qui en usent autrement, doit estre déclaré non pas François, mais gastefrançois.
Toutesfois, quand bien ce mal que j'ay dict ne seroit non plus en leur langage qu'au nostre, on voit par mon Discours qu'il ne se peut aucunement égaler à luy '. Lequel Discours ne sera trouvé que trop long par ccluy d'entr'eux qui voudra y respondre : mais trop court par plusieurs François, qui seauront combien d'autres raisons et exemples je pouvois alléguer. Et peut estre qu'aucuns, voyans que j'ay estendu plus au long le poinct de la richesse que les deux autres
I . Voir la préface des Hypom- mencement du XVPsiècle. Intro-
neses. Cf. E. Pasquier, Lettres, duction, p. lxxxvii et suivantes.
II, xn ; Thurot, De la pronon- 2. Que leur langage ne se peut
dation française depuis le corn- égalerai! nôtre.
qui précèdent, diront que puisque ainsi estoit, je devois passer plus avant, et parler encore plus amplement de celle qui consiste tant en l'ancien langage qu'es proverbes ' : mais j'ay espérance de faire un traitté à part touchant ces deux choses. Et à fin de ne rien dissimuler, je confesse que ce qui m'a faict discourir plus succintement touchant les deux autres poincts (usant d'une façon mieux convenable au titre) c'a esté que je n'avois destiné que l'espace de quinze jours à ce traitté, à fin de pouvoir m'aquitter de la promesse que j'en avois faicte au Roy, et cependant ne faillir pas à une autre, faicte à quelques amis touchant un voyage.
Mais je croy bien qu'à l'endroit des Italiens je n'auray besoin d'aucune excuse touchant cela : et qu'au contraire ils diront que par tout je n'ay esté que trop prolixe pour eux. Si veux-je bien qu'ils sçachent que je les ay espargnez, et n'ay pas faict du pis que j'ay pu (car je leur pouvois osier l'honneur de ce mot aussi Sonnetto, et dire que nous avions Sonnet avant qu'eux eussent Sonnetto : voire objecter que Pétrarque a pris quelques inventions de nos poètes Provençaux) 2 mais quand je leur eusse faict du pis qu'il m'eust esté possible, cela ne m'eust-il pas esté pardonnable, puisqu'il estoit question de gangner ma cause? Je m'en rapporte aux advocats mesmement de leur pays, car je ne doute point que