I. Cf. Conformité, p
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sinon que, pour se sauver, ils nous vueillent tarif honorer, que de mettre nostre langage pardessus le Grec et le Latin. Mais quand ils en viendroyent là, ils ne nous feroyent pas de plaisir. Car la naturelle modestie des François ne porte point d'admettre un honneur qui ne leur appartient : et principalement quand on en veut despouiller quelques-uns pour le leur donner.
Or en ceste dispute je ne m'adresseray point à ces Narcisses (j'enten à ceux qui par telle vanterie se sont monstrez aussi estrangement admirateurs et amateurs de la heauté de leur langage, que fut Narcisse de la heauté de sa face) mais à ceux qui estans du mesme pays, n'ont pas toutesfois un mesme esprit : ains l'ont ainsi posé qu'il est vray-semblable que tels juges l'ayent volage. Car j'espère que ceux-ci conformeront nostre proverbe François, Sage est le juge qui escoute et tard juge : comme ceux-là ont rendu tesmoignage <)•' la vérité de cestuy-ci, De fol juge brève sentence '. Kl <jui plus est, j'ay bonne espérance de trouver plus grand nombre de ceux que je demande, que
l. Cf. i>. 209. Voir De Méry, prie, bonne gens, qui allez si Histoire des proverbes, III, 107 : vite en besogne, ne sçaver- A temerario judice prtecep* vous pas bien le dire d'Ârissententia. Cf. Dialogues, éai- tote, qui advertit ad pauca falion Elistelhuber, II, 276, el la cUeiudicait— Saint-Anoe. Cela note; Apologie /mur Héro- veut dire en François, de fol dote, édition Ristelhuber, 1, .luire brève sentence. — Le
10 : De faux juge brève seu- Koux de I.iney. le Livre des Lence; — Naudé, Mascurat, proverbes français. I. 2~'A : 11. 3 : Mascurat. Mais je vous 132.
DU LANGAGE FRANÇOIS. 6 t
des autres, car je ne veux aucunement oster cest honneur à l'Italie, d'estre bien garnie d'hommes posez et rassis, et par conséquent estre ennemie des cerveaux légers : encore qu'elle ne se puisse du tout garantir de ce mal.
M'estant adressé à ceux-ci, et leur ayant incontinent faict condamner la vanterie de leurs compagnons (s'il les faut appeler leurs compagnons, pour estre d'un mesme pays) en ce qu'ils ont préféré leur langage non seulement au Latin, mais aussi au Grec : je tascheray de les amener peu à peu à une autre confession, laquelle je sçay qu'il sera beaucoup plus mal-aisé de tirer d'eux : c'est qu'au lieu qu'ils mettoyent nostre langage fort arrière, par une telle préférence, il doit précéder le leur.
Quand je seray venu à ceste proposition, et qu'il faudra ruer les grands coups de part et d'autre, je leur demanderay (afin de ne les prendre à despourveu) par où ils voudront commancer la comparaison de ces deux langages. Et m'asseure que bien-tost nous tomberons d'accord touchant les poincts qui doivent estre examinez en icelle : a sçavoir, Lequel des deux est le plus grave, Lequel est le plus gentil et de meilleure grâce, Lequel est le plus riche1.
1. (Test bien en effet le plan plus longuement développée suivi par 11. Estienne. Mais la que les deux autres, qui ofitroisièine partie est beaucoup fraient moins d'intérêt.
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Je ne doute point aussi qu'ils ne vueillent garder cest ordre : et pourtant, que les premières armes desquelles ils se voudront servir pour me repousser, ne soyent les louanges de la gravité du langage Italien. Me tenant donc prest contre ceste sorte d'armes, je ne leur laisseray prendre cest avantage, Que leur langue use d'accens, et les observe songneusement en sa prononciation, la nostre point du tout. Je ne leur laisseray (di-je) prendre cest avantage. Car si je leur passois cela, ce seroit autant comme si je permettois à celuy que j'aurois deffîé, d'user d'une espee plus longue que la mienne. Je leur nieray donc tout à plat ce poinct : et au cas qu'ils se fissent avouer par quelques-uns mesmement de nos François, je desavoueray hardiment tels avoueurs, au nom de la plus grand voix, et de ceux qui ne veulent parler que par raison. Mais tels François me pourrontils amener, que je les feray juges contre euxmesmes. Car quand ils auront prononcé reste sentence, je feray comme celuy qui demanda d'estre receu appelant du Roy mal informé, à luymesme quand il seroit bien informé ' : pource que j'appelle ray de leurs oreilles escoutantes mal, à elles mesmes, quand elles escouteront bien : les priant, pour l'affection qu'ils portent à l'honneur
\. Plutarchi Scripta moralia\ t;<]it. Didot, l. 213 : Regum et imperatorum apophthegmata\ Philippi, patrie Alexandrie •-' l.
de leur patrie, prendre bien garde s'ils ne font pas ceste voyelle a longue, quand ils prononcent ce mot Grâce : au contraire, en prononceant Race ou Trace, ils ne la font pas brève1 : et si, quand on ryme l'un de ces deux sur ce premier qui est long en la penultime, leurs oreilles sont aussi contentes que quand on les ryme l'un sur l'autre, ou sur quelcun qui ait semblablement la première syllabe brève2. Je leur proposeray autres exemples de plusieurs sortes, quant aux mots dissyllabes : et finalement viendray à ceux desquels la diverse signification n'est discernée que par l'accent : comme on voit en Matin opposé au Soir, et Matin dict d'un cbien : en Maie pour Masculus,ct Maie pour Pera : en Pâte, quand on parle de farine pestrie, et Pâte, quand on parle du pied d'un chien, ou de certaines autres bestes3. Pareillement en Pécher, Péché, et Pécheur, pour Peccare, Peccatum, Peccator : et Pécher, Pécheur, pour Piscari, itor*. Car encore qu'en escrivant on mette la lettre S es uns, et non es autres, si est-ce qu'on ne la prononce point : et n'y a moyen de distinguer les diverses significations que par l'accent divers qu'on leur donne, ainsi que j'ay dict.
1. Thurot, Prononciation traduction de M. Petit de Jullefrançaise, 11. 676-77. — Hypo- ville.)
mneses, .-10. :). Thurot, Prononciation
2. Cela, comme ce qui suit, française, II, 317 et suivantes, ne prouve rien quant à Tac- 651-52.
Cent. H. Èstienne confond l'ac- 4. Thurot. Prononciation cent et la quantité. (Voir Vin- française, 1, SU-90, 101.
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Apres que, par plusieurs autres exemples (entre lesquels seront aucuns vocables qui estans terminez en E féminin, ont la première longue : en E masculin, brève : comme Fosse, Fossé1 : et Pâte, Pâté) je leur auray faict accorder que nous observons les accens en des mots dissyllabes, et que je leur auray propose aussi des monosyllabes que nous prononceons diversement, selon que nous les voulons faire longs ou brefs : je parleray de ceux aussi qui ayans trois syllabes, ou plus, ont l'accent, les uns en la penultime, les autres en l'antepenultime : qui est le poinct auquel il-y-a plus de contradicteurs. Or n'estimeray-je avoir peu faict pour l'honneur de nostre langage, quand j'auray rabatu ces coups. Car (pour dire la venté) si ainsi estoit qu'il ne se reglast aucunement par accens, non seulement il ne seroit si grave (qui est le poinct duquel il s'agit maintenant) mais une telle confusion sentiroit un peu sa barbarie.
Voyci donc encores un argument contre tous ceux qui nous objecteront cela (lequel je g arderay pour la fin) c'est, qu'estant impossible de faire de ces vers qu'on appelle nu sans