VI DE LA PRECELLENCE
quand du tout il ne se fust point assubjetti. Mais il vaut beaucoup mieux (ce me semble) pour nous et nostre postérité, que tant luy que les autres excellens poètes de ce temps se soyent voulus rendre dignes du laurier par l'autre sorte de composition de vers, qu'on appelle ryme (au lieu de dire rhythme : pource que l'origine est le mot Grec Rhi/thmos)1 et que si quelcun d'entr'eux s'esl voulu amuser à ceste autre, elle ait esté comme son parergon, mais ceste-la, ergon.
Quand j'auray prouvé que nostre langage n'ignore point les accens, non plus que celuy des Italiens, je protesteray ne vouloir nier pourtant que les accens sont observez plus songneusement en la pronontiation du leur, et tellement qu'on les peut plus facilement appercevoir : comme nous voyons qu'ils font beaucoup mieux sonner l'antepenultime de Republica, que nous la penultime de République : et que l'accent sur ceste syllabe antepenultime leur est plus fréquent qu'à
l. Rime peut venir soif »le mais non rhytkmé. Jusqu'au
rhythmus, soit plutôt de l'an- wi" siècle le mol rime paraît
cien haut-allemand, rtm, au- s'être opposé à prose e1 avoir
jounl'hui reim= série, nombre^ eu le sens général <i<'
puis rime. Rhythmus au moyen poésie. Brunetto Latini écrit :
âge ne s'applique qu'à la •• l.a grans partisons de touz
mesure; versus rhytkmtcus dé- parleors esl eu u manières,
-i^ne d'abord le vers mesuré, une qui es! en prose, et une
puis le vers rimé, la rime, qui autre qui est eu rime >■ (Edi-
n'était d'abord que l'accessoire, lion de 1863, page 481.) Mettre
étant devenue le principal, en rime signifie mettre en vers.
D'après Scheler, rime s'est Voir Littré. Begnier dit encore
appliqué d'abord au vers nom- (Salive IX) ■. C'est proser delà
bré e! rimé (au sens actuel), rime et rimer «le la pr<
nous : prononçans Dicono, Pdrlano, Chiâmano, Pidngono, Camînano, Seminano (sinon que nous accordions quant k Seminano, ce qu'aucuns disent, que l'accent est sur la première, comme en Sémina il estoit sur celle-là : au lieu qu'en Camina, Chiama, Piange il est sur la seconde) mais quand je leur auray confessé ces choses, je leur nieray qu'elles soyent suffisantes pour attribuer à leur langage une gravité en laquelle il puisse surpasser le nostre. Car il est certain que tout ce qui se prononce lentement, ou posément, ou pesamment, (je leur donneray le chois de ces trois) ne se prononce pas gravement : et qu'il est requis en quelques endroits, pour la gravité, que les parolles semblent aller de roideur : à quoy ceste promu 1 lia f ion-la est contraire. Et d'autre part on peut dire (selon mon jugement) que comme il est plus seigneurial d'user de peu de parolles, ainsi les plus courtes et qui sont le plus tost prononcées sentent mieux leur gravité en quelques endroits : (comme j'ay desja usé de ceste restriction.) A quoy j'estime que nous pouvons appliquer le proverbe Grec, qui dit que tout serviteur est monosyllabe à son maistre1.
Pour les presser encore d'avantage, je leur