‹ La précellence du langue françois;Chapitre 54 sur 212 · Thurot {Prononciation on étranger · texte numérisé non relu

Thurot {Prononciation on étranger

française, I, 37) distingue en IIa-^ao-6', w Sréravoc àvav-JTOc

effet deux e masculins. Ye fermé [xwriXXoio-ai]

et Ye ouvert, et deux e fëmi- TpvY<$vsç. 'ExxvoetoeOvTt -Ix-t-A-

nins. « Ye féminin fort, comme ' [aoottrai fiwavra. (V. 87-88.)

lans la dernière syllabe de Pr\xi.no\

garde-le. Ye féminin faibl omme dans la pénultième de

IIeXoitovva<rt<rrl XccXeOjxeç* ûtupsaôev Z'ïiiz-'., 8oxû, rotç

farde-le. » - Cf. Ihjpomneses, [Awpifccwiv. (V. 92-93).

K11 *t.sul™tes'.i B Le scholiaste, sur le vers 88 :

J;J°lV Theocnte' SVracu- 0\ Tàp AWp«î< «teturoiMlkn

70 DE LA PREGELLENCE

Entrant plus avant en comparaison de ces deux langages, quant à ce qui concerne la gentilesse et bonne grâce, j'allegueray que le nostre n'ha rien qui rende sa prononciation desplaisante aux oreilles : dequoy le leur ne s'oseroit vanter. Car ils disent que le vray et nayf parler ne doit estre cherché ailleurs qu'en Toscane : adjoustans que Florence, qui est le principal lieu de Toscane, est aussi comme le principal siège de ce bon langage Toscan. Or il faut qu'ils me confessent ce qu'ils ne peuvent nier : c'est que les Florentins (principalement s'ils n'ont point despaysé) sur tous ont une prononciation la plus esloignee de douceur qu'on sçauroit dire, en ce mesmement qu'ils parlent fort du gosier : comme si toutes leurs lettres estoyent gutturales : au lieu que les Hebrieux n'en ont que quatre. Et nous voyons d'ailleurs, l'orthographe de quelques Florentins estre telle qu'il est impossible que la prononciation réglée sur icelle ne soit rude. Voyla d'où vient qu'ils sont réduits à ceste nécessité de mettre leurs mots en la bouche d'un Sienois : s'ils veulent qu'ils soyent bi<in el deuement prononcez. Je ne di rien qui ne soit conformé par le proverbe assez vulgaire, Parlar FiorenHno in bocca Senese : confessant neantmoins que je ne puis comprendre ce mystère. Car je ne voy point comment il est possible que deux personnes, donl l'une haies mots fort bons, l'autre la prononcia-

tion d'iceux fort douce, se puissent tellement accorder que les mots sortent de tous deux ensemble, comme d'un seul et mesme individu1. Et toutefois jusques à tant qu'on ait trouvé moyen de rendre possible un tel impossible, ce bon langage Italien ne peut estre conjoinct avec une bonne et douce prononciation. Or je leur demande si cependant qu'il est ainsi séparé de sa prononciation, il n'est pas comme un corps sans ame. Et à propos de prononciation, j'adjousteray qu'au contraire en France es lieux où est le meilleur et plus nayf langage, c'est là volontiers où on prononce le mieux2. Apres ceci, je monstreray comme nostre langage, pour rendre sa prononciation plus douce, a trouvé moyen d'éviter la rencontre des vovelles en vocables continus (comme aussi les anciens Latins l'evitoyent : et la lettre qu'ils inseroyent est demeurée en quelques verbes composez) à quoy l'Italien n'a pas si bien pourveu.

J'advertiray aussi que la liberté ou plustost licence que les Italiens ont prise et prennent tous les jours de plus en plus en un grand nombre de

1. Il n'est cependant pas très l'idéal qu'exprime très heureu-

difficile de se représenter soit sèment le proverbe italien. —

un Siennois enrichissant sa Cf. J)e Méry, Histoire générale

Langue des mots et des tours des proverbes, tome I, page 355 :

florentins, soit un Florentin Lingua Toscana in bocca Ro-

corrigeant sa prononciation en mana.

imitant celle des Siennois. C'est 2. Voir la note de la page 33.

12 DE LA PREGELLENCE

leurs vocables, de ne suivre point la trace des mots Latins, oste beaucoup de la bonne grâce de leur langage1. Mais comment (dira quelcun) ne la suivent-ils pas, non-obstant cela, encore de plus près que vous, si on veut considérer la généralité? Je respon que le nostre a pris un autre train, et a suivi une autre façon de s'aider des mots Latins, que celuy des Italiens : et que selon ceci, il s'acquitte mieux de son devoir, en ce qu'il suit plus exactement ceste trace, d'aussi près qu'il la doit suyvre. Car il faut avoir esgard à ce que les Italiens sont, quant à leur langue, subjects naturels des anciens Rommains. ce qu'on ne peut dire de nous qui nous sommes comme donnez à eux, quant à ce qui concerne la subjection de parler leur langage : ce que nos ancestres appelèrent parler Romman : voulans monstrer (comme je croy) qu'ils laissoyent leur langage Gaulois pour user de celuy des Rommains, ou pour le moins de plusieurs paroles d'iceluy : non pas toutesfois sans se permettre quelques changemens en iceux : non-obstant lesquels ils estimoyenl leur langage François estre d'autant meilleur que plus ils rommanisoyent en iceluy : (c'est à «lire.

Page 1