‹ La précellence du langue françois;Chapitre 65 sur 212 · Troisième livre des Diver- Édition Marty-Laveaux, I · texte numérisé non relu

Troisième livre des Diver- Édition Marty-Laveaux, I

06 DE LA PRECELLENCE

Ayant proposé des exemples de la bonne grâce et gentilesse de nostre langage en gênerai, je veux maintenant particularizer : c'est à dire, parler aussi particulièrement de la bonne grâce qu'elle lia en petites mignardises : à fin que les Italiens congnoissent qu'en cest endroit aussi il mérite le titre de precellence.

Estant donc chose asseuree et notoire que les mots qu'on appelle diminutifs tiennent le premier lieu en mignardises, je les prie ne trouver mauvais si je di que nous en avons meilleure provision qu'eux, car je ne diray rien qui ne soi! aisé à prouver. Mais quand il en faudroit venir là, j'advertirois qu'ils ont quelque nombre de mots qu'ils ne pourroyent mettre en comte, encore qu'ils ayent la forme de diminutifs : comme Fratello, Avolo. Car ces vocables ne sont non plus diminutifs, quant à la signification, que sont Frère et AyetU*. En quoy ils font tort à leur langage, pource qu'ils abusent de ceste terminaison, qui devroit estre réservée pour les mots dont il s'agil maintenant. Et toutesfois ils abusent ainsi de quelques noms adjectifs pareillement, car comme

i. C'est ainsi qu'en français aucune idée de diminution.

des mots provenant de dimi- Ainsi lionceau est le diminutif

nutifs latins ont perdu toute de lion, tyranneau, de tyran,

signification diminutive :so/ei/, mû» tableau n'est plus dimi-

abeille. oreille, grenouille, etc. nutif de table, ni plateau de

Dans ces mots le suffixe n'est plat, ni manteau de niante, ni plus diminutif. Mais d'autres, tombeau de tombe, ni barreau même avec un suffixe dimi- de barre, ni cabinet de canut if. neeomporlent cependant bine, etc.

ils disent Avolo pour Avo, ainsi Mulolo souvent pour Muto : au lieu qu'on penseroit que ce Mutolo signifiast ce que les Latins disent Mutilus. Mais pour retourner aux diminutifs des noms qu'on appelle substantifs, ce que nous disons Oiseau, et nos ayeuls ou bisayeuls Oisel, eux le nomment L'ccello ou Augello : et puis, voulans monstrer une diminution, disons Oiselet, le faisans d' Oisel : mais eux, prenans une autre forme, disent Uccellino, ou Augellino. et toutesfois je croy qu'on me confessera nostre terminaison exprimer mieux la diminution. Il y-a un autre poinct, quant à plusieurs substantifs de genre féminin, qu'au lieu qu'en nostre langue ils sont terminez en E, ils le sont en A, en la leur : comme si je veux faire un diminutif qui responde à nostre Chansonnette, il faudra dire Canzonetta. Or nous sçavons que l'A est d'autant plus rude que n'est E, qu'il fait plus ouvrir la bouche, et ha le son plus fort, et principalement que nostre E féminin. Si faudra-il que ce qu'ils mueront sur Canzonnetta soit aussi terminé en A : ainsi que nous sur Chansonnette rymerions Doucette, Joliette, Mignonnette. Il est vray que malaisément ils trouveroyent des mots qui eussent ceste mesme signification, et se peussent rymer pareillement sur leur Canzonetta : mais tant y-a qu'en usant ou de ce mot, ou d'un autre, sur lequel ils pourroyent plus facilement rymer des diminutifs, tousjours faudroit-il qu'ils fussent terminez en A.

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11 y-a bien d'avantage : c'est que nostre langage est tellement ployable à toutes sortes de mignardises, que nous en faisons tout ce que nous voulons : adjoustans souvent diminution sur diminution : comme Arc, Archet, Archelet : Tendre, Tendret, Tendrelet: quand nous disons aussi, Homme, Homme t, Hommelet1. Et toutesfois, quant à ce mot, nous n'avons rien que n'eussent les Grecs et les Latins : car les Grecs disoyent Anthnopos, ArUhrtùpiscos, Anthrtùpion ou Anthruparion (en quoy toutesfois ce changement de genre est un peu incommode, et pourroit sembler la superdiminution n'avoir si bonne grâce que si elle estoit de mesme genre que la diminution) les Latins, Homo, Homulus, Homunculus et Homuncio. Mais la superdiminution n'est si évidente en ces deux derniers qu'elle seroit en Homululus : et pourroit-on douter si elle est en ces deux-la aussi bien qu'en cestuy-ci. Je sçay bien donc que (comme j'ay dict) on peu! alléguer que les Grecs el Latins avoyeni ceste sorte de double diminution en ces mots : mais j'adjouste qu<> nous l'avons en plusieurs où ne les uns ne les autres ne l'avoyent : et, quant à aucuns, si bien Les Grecs l'avoyent, non pas toutesfois les Latins. El ce qui fait «pie nous avons plusieurs diminutifs de ceste

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