CVst bien sans doute lu tré), est le substantif verbal de
loy qu'il. Estienne a voulu aloyer, mettre eu conformité
dire, mais nous dirions au joui1- avec la loi. Il va eu longtemps
d'hui Valoi. Ce substantif." très confusion entre l'aloie\ la lui.
ancien en français (on le ren- et l'on a même cru autrefois
contre au xine siècle; voir Lit- que Valoi était une forme cor-
quoy il faut Fondre (j'enten fondre ces metaux-la ensemble.) Puis ce qui a esté fondu il le faut Jetter en rayaux (et sont Ray aux des pièces longues et estroites qui se font ou dedans des moules, ou sur des tuiles de fer qui sont rayonnees en une certaine longueur). Lesquels rayaux on taille en quarreaux : car les rayaux estans portez à l'ouvrier, il les couppe en pièces approchantes assez près du poids duquel doit estre la monnoye qu'il veut forger : et pource qu'elles sont ordinairement quarrees, on les appelle Quarreaux. Lesquels il faut battre, flattir, elizer, rechausser et bouer. duquel dernier mot on use, quand on les refrappe sur les coins pour les arrondir. Et ces carreaux arrondis sont appelez Flaons : lesquels estans blanchis, sont baillez pour estre croisez, quand on y met la figure de la croix : ou (pour parler plus généralement) sont marquez, quand on y met telle figure qu'il plaist au prince. Ce qu'on appelle Monoyer les flaons : les monnoyeurs estans aussi appelez Croiseurs et Marqueurs : qui sont noms plus particuliers. Apres tout ceci, le flaon, qui n'estoit qu'une pièce de métal applatie et arrondie, prend le nom de monnoye et de denier , suivant ce qu'on dit Denier escu, Denier teston.
Quant aux instrumens, outre ceux qui ont des noms qui sont aussi ailleurs, et dont on se peut
rompue (V. l'historique de Lit- coup plus probable que le tré, au mot aloi). 11 est beau- contraire a eu lieu.
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aviser (entre lesquels est Creuset) il-y-a Eschope (d'où vient Esckopelure, signifiant la pièce qu'on levé d'un métal par cest instrument.) Plus Cippeau (qui peut sembler estre tiré du Latin Cippus). Item Coupelle (d'où vient qu'on dit Argent de coupelle). Plus Materas, qui est une fiole ayant le col ou bec fort long : dedans lequel on met de l'eau forte, pour espurer l'or aux essais. Et ceste fiole est ainsi appelée pour ce qu'elle resemble à une sorte de flesche dicte Materas. Ils ont aussi Deneral, qui est le poids contre lequel l'ouvrier adjouste ses quarreaux, après qu'il les a taillez.
Quant au troisième poinct, il-y-a premièrement Traite, qui se dit de ce que prend le roy tant pour son droit que pour le payement des ouvriers et monnoyeurs : mais ce qui luy reste, eux estons payez, s'appelle Seigneurlage. comme aussi Monnoyage est le salaire du monnoyeur : qui es! compris sous un gênerai mot Brassa g e. Car Brassage c'est le salaire qu'on baille au maistre qui fa il la monnoye, lequel distribue ce salaire en trois : à sçavoir une partie à l'ouvrier qui taille, forge el arrondit les pièces pour faire monnoye : une autre partie au monnoyeur, qui est celuy <|ui marque ces pièces: la troisième partie luy demeurant pour sa peine des fontes et alliages.
Encore \ -a-il des termes que je n\i\ point compris sous aucun de ces trois poincts. car on appelle Moufle une pièce de terre ou de fer qui esl
en voûte, [tour couvrir le creuset, afin que le charbon du fourneau ne tombe point dedans. On appelle Brève la quantité de l'ouvrage qu'on ha accoustumé de bailler à l'ouvrier ou monnoyeur pour forger, et ce nom vient de ce qu'elle est escrite en bref en un billet. Ils usent aussi de ce mol Différent pour signifier une petite marque qu'un maistre de monnoye met en quelque coin de la pièce pour discerner son ouvrage d'avec celuy d'un autre. Aussi est appelée de ce nom la lettre qu'on met pour faire congnoistre la ville où la monnoye a esté forgée : comme A est pour Paris, B pour Rouan, M pour Toulouze1. La légende, c'est Pescriture qui est à l'cntour de la monnoye. Je n'oublieray aussi ce terme, Pièce poictrense : (par syncope, au lieu de Poictrineuse, comme si on disoit pectorosd) quand elle est relevée par le milieu, et menue par les bords. Ce qui est un vice es pièces, car estans telles, ne se peuvent pas si bien presser l'une sur l'autre.
Le précèdent discours sera comme un eschan- I il Ion, par lequel pourra le lecteur juger combien imslre langage est riche : quand bien il n'auroit autre richesse que les termes qu'il a appropriez à chacun mestier. Quant à moy, je ne doute point que s'il avoit amassé ensemble ceux de tous ses mestiers, et celuy des Italiens en avoit faict autant
I. La liste <le ces marques est donnée dans les Bigarrures de Tabourot des Accords.
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des siens, il ne se trouvast aussi povre que le nostre se trouveroit riche. Mais je prieray le lecteur de considérer en ce discours encores une autre chose : à sçavoir comment nostre langage sçait aussi de ses vieux mots en faire qui semblent nouveaux, par le moyen de ce que les Grecs appeloyent paragôge. car nous avons des exemples de ceci en ces mots precedens, Monnoyage, Brassage (qui vient de bras : comme signifiant Le salaire qui est deu pour le labeur des bras) Seigneur iage. Aussi est remarquable la paragôge qui est en Grenaille. Par le moyen d'elle (toutesfois avec quelque différence) est dict ce mot Poictreuse : veu qu'il est faict de Poictrine, et pourtant est dict pour Poictrineuse, par syncope, comme j'av adverti ci dessus. Il void pareillement comme de Eschope nostre langage déduit Eschopelure : qui est une déduction qui n'ha rien d'extraordinaire. Il peut voir aussi comment il se sçaii aider de métaphore, quand il est besoin : ayant en Matras un bel exemple de ceci. Au reste, comment la Langue Latine ne luy refuse rien : mais en ce qu'il prend d'elle, il use de quelque petit desguisement : de sorte que de prime-face il ne peut pas esire recogneu. Dequoy nous avons exemple en Elizer. rar il ne faut point douter qu'il ne vienne de Klul et pourtant <\uElezer (comme aucuns prononcent) ne doive estre rejecté1. Exemple aussi en appeau,
i. Cette étymologie «'-a peu vraisemblable, et la pronOH-
tiré de Cippus. Quanta Coupelle, puisqu'il vient de ( lupella, l'origine est plus aisée à recongnoistre que des deux autres. Mais pour conclusion de ce propos, le lecteur peut juger par la considération des diverses sortes des termes precedens, appartenans au mestier de faire de la monnoye, qu'il n'est rien impossible à nostre langage, non plus en ce qui concerne les mestiers, qu'en toute autre chose.
Toutesfois je veux encore, comme d'abondant, monstre r comment nostre langage a sceu tirer de ce mestier des façons de parler proverbiales, qui sont de bonne grâce : et principalement quand elles sont bien entendues. De la monnoye donc vient ce qu'on dit, Cela est de mise, ou Cela ri est pas de mise, qui ha plusieurs usages, par métaphore : mais le plus gentil est, quand on dit d'un propos qui n'ha aucune apparence, ains est du tout extravaguant, Ce propos ri est pas de mise.
C'est un fin à dorer se dit aussi ordinairement : mais ceux qui n'entendent l'origine de ceste façon de parler la corrompent, disans, C*e$t un fin adoré. Car Fin à dorer se dit proprement de l'or qui est si fin qu'on s'en peut servir pour dorer : à quoy toutesfois il est requis d'employer du plus fin :
dation blâmée par H. Estienne leissier, elaissier, et le sens du
esl la prononciation primitive, verbe, sous ces diverses formes,
On trouve en effet dans les est celui à? élargir, étendre (y.
anciens textes eslaisier, eslesier, les exemples dans le diction-
eslessier, elaisier, eslaissier. es- naire de Godeiïoy).
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tellement que, quand on dit d'un homme qu'il est fin à dorer, il faut entendre qu'il est su perlati veulent fin *.
Nous avons aussi un Comme pris de ce mesme lieu, comme chacun peut voir, pour ce que ce Comme est appliqué à une comparaison où il est faict mention de la monnoye. car on dit Cela est descrié comme la vieille monnoye, de ce qu'on pourroit dire autrement (mais sans user de phrase proverbiale) Cela n'est plus en estime, ou, Gela a perdu tout son crédit, ou, Cela n'ha plus la vogue. ou, Cela n'est plus de requeste. ou, Cela a perdu sa saison. Que le Latin diroit, Hoc obsolevit. Maisj'adjousteray, qu'on se pourroit esbahir pourquoy en ce proverbe on fait mention du descriement de La vieille monnoye : veu qu'ordinairement la plus vieille est la meilleure : (comme aussi du temps des Grecs et des Rommains on la deterioroil peu à peu plus tost qu'on ne la melioroit) et, qu'ainsi soit, on l'aime beaucoup mieux pour la foute que la nouvelle. J'ay donc opinion que ce proverbe soil demeuré depuis quelque roy qui tout en mi coup, fit descrier tout <> la monnoye de ses prédécesseurs.
i. Rabelais (II, xti) dit de Pa- Bion. « Fin à <l<>rrr signiQe
Qurge : « Et pour lors estoit de trompeur, vaurien. Rabelais
l'eage de trente et cinq ans ou veut dire sans doute que Pa-
environ, lin à dorer comme nurge était ;i la fois lin ci
une dague de plomb... » A pro- mauvais : une dague doit être
pos de cette phrase, l'édition Bne pour qu'on la dore; mais,
uurgaud desliaretsel Ratherj si elle est de plomb, elle n'en
Interprète autremen! l'exprès- vaut pas la peine. .
Quant à ce proverbe, // est des bons, il est marqué à /'A ', il sent plus son menu peuple, que les autres : il esl toutesfois fondé sur quelque raison, ou pour le moins apparence de raison. Car (comme j'ay dict ci-dessus, parlant de ce mot Différent) la monnoye faicte à Paris est marquée d'un A (comme celle de certaines autres villes ha d'autres lettres pour sa marque), et on ha opinion qu'elle soit la meilleure : laquelle opinion vient de ce qu'on pense qu'il y-ait plus d'esclaireurs. J'acheveray ce discours par une façon de parler qui est allégorique (afin que le lecteur voye comment nous en avons de toutes sortes) car quand on veut donner a entendre en termes couverts que quelcun a faict de la fausse monnoye, on dit, // a baillé un soufflet au roy.
Or quand hien nos compétiteurs nous pourroyenl monstrer qu'ils sont aussi hien fournis de tous mestiers que nous, pour toutes sortes de manifacture, et que ces mestiers n'ont moindre provision que les nostres de beaux tonnes : aucuns desquels leur langue transfère à quelqu'autre bel usage, <>u à quelque façon de parler proverbiale : nous leur dirions (et à bon droit) qu'encore n'auroyent-ils rien faict, s'ils ne faisoyent plus fort.
Car nous avons, outre ces mestiers tant ditte-