Le Roux de Lincy, Le Livre rencontre le loup. » I
184 DE LA PRECELLENCE
faict aucune mention : et ayant monstre en quoy consiste l'une, il est temps que je contente le désir du lecteur, quant à l'autre.
Gomme donc j'ay comparé-là nos dialectes aux maisons qu'un homme fort riche ha aux champs, desquelles il fait comte, encore qu'elles ne soyent si hien basties ne meublées que celles dé la ville : ainsi maintenant je diray que le viril langage n'est pas du tout mesprisé par celuy que nous avons, mais luy est comme seroit à ce riche homme, outre tous les autres biens, un grand chasteau qui auroit esté de ses ancestres auquel trouvant quelques beaux membres, encore que le bastiment fust à la façon ancienne, il ne le voudroit laisser du tout deshabité. Car il me semble que je puis accomparer tant de Rommans anciens qu'ha nostre langage, à un tel chasteau : et les beaux vocables et beaux traits que nous y trouvons, aux beaux membres qu'on trouve en cest édifice, ci noie qu'il soit à la façon antique1. Et pourceque je seay bien mie les louanges que je donneray à ce vieil lang seront subjectes à preuve, à cause que plusieurs le mesprisent : je ne veux point parler sans exemple d'aucune sorte d'icelles. .le commanceray donc par ce iraiel pris du Romman (l'Alexandre, parlant des geans,
1. Cf. B. Pasquier, Lettres, II. \n. - Brunot, La Doctrine de Malherbe d'après son Commentaire sur Desportet. \>. :
DU LANGAGE FRANÇOIS. 18b
Si ne fust Jupiter à sa foudre bruyant, Qui tous les desrocha l.
A propos duquel passage, plein d'une gravité si grande, je prieray le lecteur se remettre en mémoire ce bel epithete dont j'ay faict mention ci-dessus, quand j'ay parlé des imitations desquelles le chemin nous avoit esté monstre par nos ancestres : que pour représenter ce beau mot d'Homère ChoUochitunes, ils avoyent dict (en despit de la couardise des Latins) Fervestus. Il est vray que despitans ainsi la couardise des poètes Latins, ils n'ont pas laissé d'en prendre (sans faire semblant de rien) le plus beau et le meilleur, autant mie leur temps le pouvoit porter, comme nous voyons ce beau traict de Virgile, Italiam mettre jacens2, avoir esté ainsi représenté.
Du long comme il estoit mesura la campagne.
Ainsi est-il de cest autre passage de Virgile terrant are momordit 3 : car un Romman, par le moyen du mot addenter, a bien sceu exprimer cela, avec aussi bonne grâce, pour le moins. quanti il parle d'un auquel on donna si grand coup sur son heaume qu'on Taddenta sur son