On trouve aussi outrechar- la même idée
188 DE LA PRECELLENCE
Faire ombre. De fable, Fabloyer : pour Dire des fables, comme, Des autres peut-on bien comter et fabloyer . Ils ont aussi plusieurs beaux verbes dérivez des Noms, en adjoustant la préposition en au commancement, comme Entacher une besongne, pour Entreprendre. Enflescher, de flesche, pour Percer de flesches. Enjoncher, de joncher, qui vient de joncs, en ce beau vers :
De morts et de navrez enjonche la campagne x .
Enherber aussi est un beau mot, pour Ensorceler par certaines herbes ou empoisonner 2. Ils usenl aussi de Envermer : qui est un verbe neutre (pour user d'un terme de l'art), en ce vers :
Conviendra vostre chair pourrir et envermer2.
Ce vieil langage ha aussi cela de bon entre autres choses, qu'il nous peut fournir un grand nombre de beaux mots pris du Latin : aucuns desquels sont encore aujourdhuy on quelques dialectes : et principalement M ouït > de multum. Quanl à Cerve, pour une bische, Dubellayen a usé (priant toutesfois ne trouver mauvais ce mot * : ne Ende-
l. C'est un texte rajeuni. Le 2. Le m«>i a en Bourbonnais
vrai texte se trouve dans Gode- le sens de panser avec des
i'roy. herbes, en rouchi le sens de
Des mon et .1rs navres toa li vans •'/<"'""' d'herbes.
»nça. :!. Vostre char convendrs porir
(Chanson eTAntioche, i . 541. ,.t envermer...
Remarquons qu'ici le verbe [V*M*duPaont cité par Godefiroy.)
esl neutre el a puni- sujet tôt '.. Édition Marty-Laveaux, I.
li vaus. 337.
mentiers aussi pour Cependant, pris semblablement •lu vieil langage) ils disent aussi Selve, de Sylva : et Selve ramee pour Sylva opaca. Quant à Ancelle, il n'est pas tant hors d'usage. Il me souvient aussi d'avoir leu en une Chronique Charle li baube, au lieu que nous disons Charle le bègue. Et est faict <c Baube de Balbus, tout ainsi que Aube, estant dict de l'aube du jour, vient de Alba : et Aube espine, de Alba spina. Ainsi un cheval blanc s'appeloit Aubain : comme nous voyons en ce vers,
Le destrier fut tout blanc : por ce ot nom Aubain l.
Mesmement entre les mots pris du Latin aucuns gardent en ce vieil langage l'escriture plus approchante de leur origine. Sur quoy il me souvient d'avoir veu cras au lieu de ce que nous disons gras, lequel cras retient le c qui est en crassus. Il a aussi bien sceu faire son proulît de plusieurs beaux Verbes Latins : comme quand de Advesperascere il a faict Avesprer. Et pour parler en gênerai de la façon dont il a usé pour se servir de la Langue Latine, tant es Verbes qu'es Noms, et autres parties d'oraison, on trouve qu'il en a tiré de beaux vocables, lesquels de prime-face ne sem-
l. Alixandres monta el destrier nombre de ces mots purs latins
[eastelain. dont usait notre vieille langue,
Il eston très tous blans, por eou COmme ardoir (ardere), clamer
B ^Ale.anJrt^s^iet^Â ^T^/ Kf^V 5°^''
J (solerej, famé (lama), proesme
Nous avons perdu un grand (proximum), etc.
blent pas avoir leur origine <le-la. Quelquesfois il a si bien mesnagé qu'il a trouvé le moyen d'appliquer une particule Latine à divers usages. comme quand du Latin Ultra il a premièrement faict Outre, et puis de son Outre il a faict Outrer (mot beaucoup plus significatif qu'il ne semble, comme quand on dit Outré ou outrée d'amours) et puis Outrance, auquel on est contraint d'avoir recours quand on parle de jouster à fer esmoulu. car on dit (au moins on souloit dire) Jouster à outrance : et de là est venue cette phrase, A toute outrance, qu'on applique à divers usages. Et non content de cela, il s'est tellement servi de ce mot Outre en ce qu'on appelle composition, qu'il en a faict sortir plusieurs beaux et fort significatifs vocables, entre lesquels mérite bien d'estre mis celuy duquel j'ay faict mention naguère, Outrer preux : adjoustant qu'en ce mot ils ont imité le Hyperàés Grecs, lequel Hyper vaut autant que Ultra et Outre, mais (qui est une chose fort notable) ils ont imité le Hyper des Grecs, c'est à dire, la façon des mots Grecs composez de Hyper, en se servant toutesfois du latin Ultra. Pour exemple, il est certain que ce qu'ils appellent Outrepreux se pourroif fort bien exprimer, en usant du mot d'Homère hj/perthymos.
Ce petit mot Latin Ultra, duquel je dis que nos Rommansont sceu faire si bravement leur proufît, nie fait souvenir d'un autre encore plus petit,
duquel ils n'ont guère moins tiré de commodité, c'est ce Per, duquel use la langue Latine en composition, quand elle dit Perlegere. car comme pour Légère ils disoyent Lire, ainsi ne firent point de difficulté de dire Perl ire ou Pari ire pour Perlegere \ quand ils voulurent signifier Lire jusques à la fin (comme aussi en Parfaire ils suivoyent le Latin Perficere) mais quand ils virent qu'ils avoyent besoin d'exprimer la mesme chose en quelques verbes, esquels les Latins ne l'exprimoyent pas, ils prirent la hardiesse de mettre des leurs et comme les enter sur ce petit mot Per. (comme aussi on peut dire que sur le Ultra des Latins, ils ont comme enté ce mot preux, quand ils ont dict 0 ut repreux : et pareillement autres sur cestuy-la mesme). Pour exemple : voyans que les Latins n'avoyent point de Verbe signifiant Attendre jusques à la fin, et quand bien ils eussent dict Perexpectare, eux ne se pouvoyent servir que de la particule mise devant, ils ne firent aucune difficulté de dire Perattendre : pour signifier Attendre