‹ La précellence du langue françois;Chapitre 99 sur 212 · Par est en ancien français trouve beaucoup de mots aux · texte numérisé non relu

Par est en ancien français trouve beaucoup de mots aux

une vraie particule augmen- quels s'est soudée la particule

tative, qui modifie soit des par : parabatre, paracomplir,

adjectifs, soit des verbes, soit paramer , parardoir , paras -

des adverbes. Généralement sommer, parboillir, parbriser,

par ne précède pas immédiate- par admirable, parcharge, etc.

ment le mot qu'il détermine. (Voir Godefroy.) Beaucoup des

et si ce mot est un adverbe, mots composes avec par se

par se place après (moult, tant, trouvent aussi avec per; mais

trop. etc.). Voir de nombreux c'est la première forme qui est

exemples dans Godefroy. On la vraie forme française.

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jusques à la fin. comme on voit en ce gentil proverbe, Mal attend qui ne perattend \ J'advertirav en passant que j'escri Perattend (plustost que Par attend) comme je l'ay trouvé escrit en un vieil livre, duquel j'ay tiré ce proverbe. Et semble qu'encore qu'on escrive (comme aussi on prononce) Parlire plustost que Perlire, toutesfois Perattendre soit meilleur que Parattendre, pour éviter la rencontre des deux a : laquelle les oreilles bien Françoises fuyent tant qu'elles peuvent, quand ils sont sj prochains. Et pour retourner (après ceste petite parenthèse) à ce que je disois que notre ancien langage avoit aussi trouvé le moyen de s'accommoder fort bien de ceste particule Latine, nous la trouvons en un mot qui sonne mieux en temps de guerre, qu'en temps de paix : car c'est en ce Verbe, Paroccir, pour signifier Achever d'occir.

Mais ces Rommans ont trouvé encores un autre expédient pour imiter la langue Latine, duquel on ne s'appercevroit pas si aisément. Or en avonsnous exemple en ce mot A raines, duquel use Huom deMeri 2, pour signifier une certaine espèce de trompette. Et me semble avoir bien choisi ce mot pour exemple de ce (pic j'ay dict, pource qu'en luy donnant ceste signification, il s'aide «lu

1. Voir Ciénin, Récréations techrist. Voir G. Paris, La lilté-

philologiques, II. 233. rature française au moyen âget

•i. Ilimii (li- Mérî a composé i'. if'i «-t 22s. Cf. E. Pasquier,

on 1235 le Tournoyement d'An- Recherches. Vil. m.

langage Latin, non pas en prenant son mot, mais en l'imitant : c'est à dire, en donnant le mesme usage à un François, lequel desja, quant à sa première signification, correspondoit au Latin. Car nous sçavons que ses, qui proprement signifie ara in (ou airain, comme aucuns prononcent), se prend aussi pour une trompe ou trompette, par les poètes (comme nous lisons en Virgile, /Ere ciere viras) 1 et que œneatores s'appeloyent ceux <jui en sonnoyent : pour une mesme raison, à scayoir qu'ils usoyent d'une trompe d'arain. Voyla comment ils ont imité la langue Latine, sinon qu'au lieu de dire Arain, respondant totalement à ils l'ont changé en ce mot Araine. Mais, comme bien avisez, encore que leur langage ilst son proufit de celuy des Latins, en plusieurs sortes, (d'où vient qu'il donnoyent à leur livres le nom de Rommans : et eux aussi qui les ont composez sont aujourdhuy appelez Rommans, comme j'ay dict ci dessus) 2 : ils ne laissoyent pas d'en faire une grande provision d'ailleurs aussi : nuire ce qu'ils n'estoyent cependant moins songneux de garder les principaux de ceux qui leur avoyent esté laissez par les Gaulois leurs ances-

1. Enéide, IV, !6o. roman de France ayant été ■l. Voir page 7:2. Le mot d'abord des poèmes narratifs, roman, appliqué à un livre, a le mot roman s'est spécialisé d'abord signifié ouvrage écrit dans ce sens, puis est resté 'ii roman, par opposition aux attaché aux récits même lorsouvrages écrits en latin. La qu'on a commencé à les écrire plupart des ouvrages écrits en en prose.

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très : ou pour le moins estoyent dérivez de ceuxlà. En quoy ils suivoyent le conseil du proverbe qui dit,

Non minor est virtus quam quœrere, parta tueri*.

Et desja, avant que j'entrasse en propos touchant leur sagesse quant à se servir en plusieurs sortes de la langue Latine, j'avois mis en avant quelques-uns de ces mots-la, parmi les autres : mais je veux bien passer plus outre, quant aux compositions : et adjouster, qu'eux considerans la pauvreté des Latins en cest endroit, et au contraire la richesse des Grecs, ont eu le cueur en si bon lieu qu'ils ont monstre en quelques mots qu'ils aspiroyent à une pareille richesse. Et pour un bel exemple de ceci je proposeray un beau mol. Entrceil*. car je di qu'il n'a point esté faict à l'imitation d'un appartenant aux Latins : (veu qu'ils n'ont aucun qui signifie ceci), mais que nos RomJ mans en un mesme mot ont voulu surpasser lei uns et égaler les autres : j'en le ml les Grecs. Il est vray qu'il semble que du temps d'Anacreon 3

1. Ovide, L'art d'aimer, II, 13. mesteter : De la formation deè

2. Le mot est trop ancien mots composés en français, dans la langue pour qu'on -' édition, revue par G. Paris. puisse l'attribuera une imita- p. 149.

Lion voulue du grec. Il est 3. Anacréon, édition Rosed

d'ailleurs tout à fait conforme p. 18 :

aux procédés de formation de , s,

notre langue : entr'acte, entre- ;Of|AEcr6?pyov Se w poi

c6le,cntremets,eW.\\nvA. Dar- Scocxotits «xt.ts ufcrrt.

on n'ait pas trouvé le large entrœil si beau que nos Rommans le trouvoyent.

Je ne doute point que les autres langages (et celuy principalement qui nous est compétiteur) estans meus de quelque envie ne facent difficulté d'avouer ce que j'ay dict, que le nostre, en forgeant ce mot Entrœil, ou autres tels, se soit proposé l'imitation des Grecs : mais si faut il qu'ils confessent que nous avons tiré plusieurs mots d'eux, en gardant les mesmes lettres, ou à peu près (outre ceux que nous avons eus par main tierce) et quand ils m'accorderont ce poinct, je leur diray que la curieuse diligence qu'on voit en un endroit peut faire croire l'autre. Car (pour exemple) y-a-il plus grande diligence ou habileté en cela, qu'en ce qu'ils sont allez chercher leur mol Estoch (duquel on use quand on dit Un coup (Vestoch) jusques au plus profond de la Grèce, trouvans là le mot Stochazesthai, duquel ils l'ont tiré '?

Et cependant je veux bien confesser que parmi les mots qu'ils prenoyent des langages Grec et Latin, ils mesloyent aussi beaucoup de celuy delà langue Gauloise, qui leur avoit esté laissé par leurs ancestres. Et peut estre qu'aucuns, l'etymologie desquels est référée à diverses langues, scion la diversité des jugemens, nous sont de-

1. Estoc vient de l'allemand Stock, bâton. On le trouve avec le sens de tige, tronc, même au figuré.

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meurez de ceste-la. Tant y-a que bien souvent nous conjoignons des mots dont l'un est manifestement pris du Latin ou du Grec, l'autre ne peut estre ne de l'un ne de l'autre. Et quelquesfois les conjoignons comme synonymes : comme quand nous disons Franchement et librement : quelquesfois aussi, encore qu'ils soyent contraires : comme quand nous disons Jour et nuict. Quant à Franchement, je ne doute point (comme j'ay desja dici parcidevant) qu'il n'ait son origine du Langage dont usoyent les Gaulois '. Car il est tout évident qu'il vient de Franc, lequel je pense avoir esté un de leurs mots : ayant la mesme opinion de plusieurs monosyllabes : et de Branc, entr'autivs : lequel est fréquent es Rommans, qui adjousteni aussi ordinairement ces mots d'acier, car ils disent Un branc d'acier. Quant à Brachmar toutcsfois (qui est un de nos anciens mots, qui commancent fort à perdre tout leur crédit) je demeure bien tousjours en ceste opinion qu'il soit dici au lieu de Bracmach, estant tiré de deux mots Grecs, Bracheia machaira, c'est à dire Courte espee

1. Voir page 73 et la note Si la chose vient d'Allemagne, -2. Bracmach ne se trouve ni le mot pourrait être aussi doridans l'historique de Littré, ni gine germanique. dans Godefmv . Du Cange, au Cependant l'étymologie donmot bragamardus, donne dans née par H. Kstienne n'est pas les exemples bergamas, bra- absolument invraisemblable . ga?nas, bagamars. A braque- car les archéologues rangent inardus, il donne cette exprès- le braquemart, a cause de m sion : -. l'n grant COUStel d'Aile- ferme, parmi les armes venues maigne nommé liracquemart. » d'Orient.

que signifie aussi nostre mot. Et ne doute non plus qu'il ne soit tiré de là, que de Hoqueton, qu'il ne soit pris de Ho chiUon. ayant esté dict Hoqueton pour Hoche ton, outre le changement de la lettre i en e '. Ausquels mots on peut adjouster Escarmouche, estant dict pour Escamouche ou (pour approcher encore plus près de l'origine) Sxiamache car je tien pour certain qu'il vient du Grec Sxîamachia -.

Mais pour retourner à ces monosyllabes, nous voyons aussi que Bec, que Suétone tesmoigne estre de nos Gaulois, est monosyllabe 3. Je n'enten [•as toutesfois qu'au langag-e des Rommans n'ayons autres mots des Gaulois qu'aucuns de ceux d'une syllabe : mais je di qu'entre ceux ci principalement je pense aucuns estre des leur.

Or combienque j'aye dict que nos ancestres prenoyent plusieurs mots du Latin, et quelquesuns aussi du Grec, si est-ce que je confesse qu'ils appeloyent mauffaits * ceux que nous appelons diables, su i van s le langage Grec

i. Hoqueton est le mot coton, 2. Escarmouche vient de précédé de l'article arabe, al. l'italien scaramuccia, d'origine De plusieurs exemples, il ré- incertaine. Littré et Scheler insulte que le mot désignait une cliquent l'ancien haut-allemand étoffe avant de désigner le skerman, combattre, et rapprovêtement fait de cette étoffe, client de l'ancien français es- ( Voir le Dictionnaire de Littré, earmie, combat, escremir. etc. et celui de Hatzfeld, Darmes- :>. Suétone, dernière phrase teter et Thomas.) L'ancienne de la Vie de Vitellius. forme êlail auqueton,hau/(etun. i. La vraie orthographe est ar/ueton, aketon. (Voir Gode- malfé [maufé, mauff'é. etc. Go- Woy) defroy). L'orthographe d'Es-

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Et comme ils donnoyent ce vilain nom aux diables (et à bon droit) ainsi en donnoyent-ils de beaux à certaines choses, et plus beaux qu'elles n'ont aujourdhuy. Tel estoit celuy qu'ils donnoyent à la bourse quand ils l'appeloyent Une aumosniere : lequel nom quelques femmes donnent encore aujourdhuy à leur boursette, pour la distinguer d'avec l'autre. Quant à ce mot Bourse, il est tout évident qu'il vient de Byrsa, qui est un mot Grec, ayant la terminaison Latine, et signifie Corium, d'où vient cvir.

Pour signifier tromperie ils usoyent de plusieurs mots qui ne sont point aujourdhuy en usage : entre lesquels estoit Guille. et quelquesfois mettoyent aussi barat avec : disans, 77 ?iy a ne barat ne guille. comme nous disons, // rCy a ne fraude ne barat.

Il me souvient de deux autres mots des Rommans, qui sont fort notables : l'un est Marine tte, l'autre est Latinier. Quant à ce mot Mari nette, il signifie la pierre qui attire le fer : que les Latins ont appelée Magnes, suivans les Grecs. Hugues de Bersi use de ce mot, en la satyre qu'il composa contre les vices regnans de son temps \ Voyci lé passage :

tienne vient d'une fausse éty- Guiot <!•' Provins. Ce dernier,

Biologie, né vers le milieu du stn*sièclej

1. Le texle cité par Estienne alla en pèlerinage a Jérusalem,

n'est paS il'' HugUCS «If Iicivi. et, à SOll retour. Si- lit Im'IIÔ-

ou plutôt (le Berzé, mais de dictin. Il a compost- sou> le

Mais celle estoile ne se muet.

Un art font qui mentir ne puet, Par vertu de la marine tle l, Une pierre laide et noire tte, Où li fers volontiers se joint.

L'autre mot, qui est Latinier, seroit encore plus malaisé à entendre, si on ne voyoit le passage duquel je le pren, au Romman d'Alexandre,

Porus rend Alexandre son branc fourbi d'acier, Et dit en son langage que il l'avoit moult chier. Alexandre l'entend, sans autre latinier, Car de plusieurs langages s'estoit faict affaitier.

Il est maintenant aisé à voir qu'il se prend pourceque nous appelons trucheman : et croy ceste signification avoir esté donnée à ce mot pourceque le langage Latin, du temps de nos Rommans, estoit celuy duquel les truchemans s'aidoyent quelquesfois pour interpréter : fust bon Latin ou mauvais.

litre de Bible une satire dans Bible, comme celui de Guiot.

laquelle il attaque les hommes Ce poème, en 838 vers de huit

de toutes les conditions, sans syllabes, offre un tableau des

ménager l'Église. Sa satire, désordres du temps. (V. G. Pa-

composée de 2700 vers, est vive ris, ouvr. cité, p. 233 et l~',t.

et intéressante. (V. G. Paris, Cf. E. Pasquier, Recherches,

ouvrage cité, p. 153.) 11 a VII. m.)

été longtemps confondu avec 1. Au lieu de marinette, les

Hugues de Berzé. seigneur de manuscrits donnent les uns

Berzé leChastel, en Bourgogne, manete, pierre d'aimant, ce

a qui on attribuait sa Bible, qui est à peu de chose près le

Hugues de Berzé assistait à la mot latin, les autres manière,

prise de Constantinople, en même sens. Le vers suivant.

12Ui. A son retour en France, dans ces derniers, au lieu de

il composa un poème intitulé noiretle, a bruniere.

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Je laisse maintenant au jugement des lecteurs, de quelle sorte de mots principalement nous pouvons faire nostre proufît, entre ceux que nous trouvons es Rommans. Quant à moy, je m'avanceray bien de dire que marinette, en poésie principalement, seroit celuy duquel je craindrois moins user. Mais il y-a des vocables desquels on auroit bien raison de disputer, si on en doit user, j'enten ceux qui ont aujourdhuy une signification ou du tout ou un peu différente de celle qu'ils avoyent alors. Du tout différente, comme celuy entre les seigneurs que nous honorons aujourdhuy du titre de comte, estoit honoré lors du titre de queux (comme, Là fut li queux l de Tanquarmlle) duquel mot nous n'usons que pour signifier un cuisinier. Aussi pouvons nous dire que Adjoimier ha une signification du tout différente de celle qu'il avoit, quand il s'opposoit à Avesprer*. VA à propos de nostre adjourner, la signification qu'ils donnoyent à sergent, quand ils appeloyenl (pour exemple) Mon se sergent de Dieu, est non du toul mais un peu différente de celle que nous luy donnons. Je di seulement un peu différente, pource

i. II. Estienne a mal lu. Le « Pour ce faire, le faudrait voir

texte est évidemmeni quen», tous ces vieux Romans et Poètes

cas-sujel <l<> comte. (Plus son- Francoys, ou tu trouverras un

vnii cueru el cont.) ajourner pour faire jour (qu«

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