‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 10 sur 107 · LE DÉCRET DU 9 AVRIL · texte numérisé non relu

LE DÉCRET DU 9 AVRIL

rente l'intention où Ton est réellement de faire ce qui convient pour assurer au culte un nombre suffisant de ministres des autels \ »

Ainsi fut fait : le décret du 9 avril 1809, relatif surtout aux séminaires diocésains, par son article 4 invitait aussi le grand-maître et son conseil à « accorder un intérêt spécial aux écoles secondaires que les départements, les villes, les évêques ou les particuliers voudraient établir pour être consacrées plus spécialement aux élèves qui se destinaient à l'état écclésiastique ». On ne pouvait, en termes plus modérés, dire qu'à l'avenir les écoles secondaires ecclésiastiques seraient soumises à l'inspection et au contrôle de l'Université. La décision effraya cependant, mais les tempéraments qui furent apportés à son exécution, calmèrent toutes les appréhensions. Bien vite « la déférence et les procédés » des inspecteurs rassurèrent les prêtres et une fois de plus les lois restrictives furent tournées, des « licences » individuelles accordées et le « blocus universitaire » affaibli.

Ce qui se passa à Saint-Malo est, à cet égard, intéressant : les abbés Vielle et Jean-Marie de La Mennais, dirigeaient dans cette ville une florissante école secondaire ecclésiastique à côté de laquelle végétait misérablement un établissement fondé par un laïque; ils avaient pensé que les petits séminaires échapperaient toujours à la main mise de l'Université. De Paris, M. Emery les avait rassurés en leur disant que tant qu'ils n'auraient que des élèves ecclésiastiques ils ne seraient pas inquiétés. L'abbé Jean de La Mennais qui prenait des élèves laïques « pour déférer au désir de la municipalité et des familles de Saint-Malo » vou-

' Correspondance de Napoléon, t. XVIII, p. 387, « note pour Regnaud de Saint-Jean-d'Angely, président de la section de l'intérieur au Conseil d'htat.

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lut, pour parer à toute éventualité, se mettre en règle et demanda à tous les parents de déclarer que leurs enfants étaient au collège pour se préparer au sacerdoce. Quand le décret d'avril fut connu, on fut inquiet : M. Vielle « allait être affilié malgré lui à la grande corporation créée par Napoléon pour l'usage du despotisme»; il allait recevoir la visite des inspecteurs généraux et être obligé de payer à l'État la contribution du vingtième ; il est vrai qu'en revanche, si lévêque obtenait pour lui le brevet de l'Université, il pourrait conserver les élèves laïques. Les premiers inspecteurs généraux envoyés à Saint-Malo, MM. Ampère et Guéneau de Mussy, conseillèrent au directeur d'acceptér la transformation de son petit séminaire en collège communal, restant sous la surveillance de l'évéque, .acceptant le contrôle des autorités locales et gardant les élèves laïques aussi bien que les élèves ecclésiastiques. Grâce à cette combinaison le petit séminaire, ayant simplement changé de nom, absorba dès la rentrée suivante les cinquante élèves de l'établissement laïque : ainsi cessa une rivahté que les inspecteurs généraux trouvaient « mesquine 1 ». Loin de souffrir d'une mesure législative qui le faisait entrer dans l'Université, le petit séminaire en bénéficia : de collège, en quelque sorte clandestin, il devint collège officiel, malgré les termes précis du décret qui visait « les écoles consacrées plus spécialement aux élèves qui se destinaient à l'état ecclésiastique. »

1 R. P. Laveille, ouv. cité, p. 114 et suiv. L'abbé Vielle déclarait qu'il ne paierait la contribution du vingtième que pour la moitié dos élèves; les autres étaient entretenus gratuitement au séminaire. A. Rendu, dans une brochure relative à la rétribution universitaire (Paris, 1816), déclare (p. 10, note 1), que les petits séminaires étaient depuis longtemps dispensés de la rétribution dès qu'un évêque le demandait.

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