‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 11 sur 107 · PAR LES RAPPORTS DE POLICE NAPOLÉON EST MIS AU COURANT · texte numérisé non relu

PAR LES RAPPORTS DE POLICE NAPOLÉON EST MIS AU COURANT

DU TRAVAIL SOUTERRAIN QUI SE FAIT DANS L'UNIVERSITÉ l

De cette complicité bienveillante des inspecteurs généraux, de la mauvaise grâce avec laquelle Fontanes servait ses vues, des dispositions du Conseil de l'Université à l'égard de l'Église, de l'esprit qui régnait dans les séminaires, Napoléon avait, de temps en temps, par la police ou par les préfets, des témoignages précis : « il s'élève une génération ecclésiastique, écrivait le commissaire général de police de Lyon, qui n'ayant pas l'expérience du passé pourrait être moins éloignée des excès et malheureusement elle reçoit une éducation bien peu conforme aux vues du Gouvernement. Tous ceux qui sont élevés au séminaire de Lyon rapportent dans le sein de leurs. familles • des principes ultramontains et fanatiques] qui peuvent devenir très dangereux par la suite. Tous les gens de bonne foi et non ennemis du Gouvernement, conviennentque l'éducation du séminaire appelle fortement la surveillance de l'autorité publique » *. Un jour, l'Empereur

' Bulletin de Lyon, 31 octobre 1809, F 7 . 8485. Au Bulletin de Police du 2t septembre 1808 figurait cette indication : « Lyon, clergé: — extrait d'une lettre adressée au sénateur ministre, sans date, et sous cette signature collective : le clergé du département de la Loire. « Des divisions scandaleuses régnent dans le clergé de Lyon. S. të. le car- .dinal Fesch a appelé de l'Italie beaucoup de Jésuites sous le nom de Pères de la Foi. Ils ont été placés à la tète de tous les séminaires, collèges et principales fonctions du diocèse. Ils ont établi une correspondance dans tous les cantons avec les anciens seigneurs et les bourgeois. Elle a pour but de persécuter les prêtres assermentés, de faire porter des plaintes contre eux à Son bminence qui les interdit et destitue sans vérification. Tel a été le sort de trente-deux curés de la

apprenait que le grand-maître exigeait des membres de l'Université un certificat de moralité délivré par les curés; « il n'était pas admissible, écrivait-il à Montalivet, que pour être instruit il employât des agents étrangers à son administration » *. Un autre jour, il lisait au Bulletin de Police que l'abbé Gottier, à Puget-Théniers, avait entrepris de dissoudre le collège en formant une école particulière indépendante de l'Université, et que les principaux fonctionnaires et employés secondaient cet établissement en retirant leurs enfants du collège et en les confiant à l'abbé... 2 .

Quelques mois après, une note au Bulletin de Police, plus grave encore, révéla à Napoléon le travail souterrain qui se faisait dans l'Université même. Les incidents qui en provoquèrent la rédaction étaient significatifs et valent d'être rapportés. Dès la fin de l'année 1807, Miollis, préfet du Finistère, avertissait le ministre de la Police des intentions des autorités ecclésiastiques : « l'envahissement de l'instruction publique, écrivait-il, paraît au fanatisme un

Loire sur de simples lettres adressées à Son Éminence à Paris. Mômes interdictions ou changements dans l'Ain. La discorde règne actuellement dans les paroisses qui ont perdu leurs curés. Les Pères de la Foi trompent Son Imminence. A son dernier voyage a Lyon, ils lui ont fait ordonner trente sept prêtres dont les trois quarts savent à peine lire. » — Puis venait cette note : « les auteurs de cette lettre observent au sénateur ministre que c'est la copie de celle qui est adressée directement à Sa Majesté et que cent vingt signatures y auraient été apposées si on n'avait craint d'encourir la disgrâce de M*' le cardinal. En décembre 1807, le sénateur ministre ordonna la dissolution absolue des Pères de la Foi tenant le collège de Roanne; le préfet de la Loire n'a rendu le compte définitif de l'exécution de cet ordre qu'au mois d'août dernier. Il y a expliqué qu'il y avait eu quelque retard parce que le conseil archiépiscopal de Lyon avait promis de remplacer ces instituteurs par d'autres qui ne seraient pas de la même société. Cette promesse n'a pas été réalisée, mais le dernier ordre de départ donné le 4 août a reçu son entière exécution ; depuis cette époque il n'y a plus de Pères de la Foi au collège de Roanne. » (AFiv 1503). D'Erfurt, <>ù il avait reçu ce bulletin, Napoléon écrivit le l" octobre 1808, à Fouché, la lettre publiée par de Brotonne. ouv. cité, 146.

• Corresp. de Napoléon, t. XX, p. 43, lettre du 23 novembre 1809.

4 Bulletin du 13 janvier 1810. AFiv 1508.

coup de parli » ; pour dépeupler les écoles secondaires on usait des procédés d'intimidation ordinaires, les refus de confession et d'absolution. Deux ans après, à Saint-Pol de Léon, la municipalité demandait la conversion de l'école secondaire en petit séminaire; le préfet n'y voulait pas consentir; « déjà les écoles secondaires, écrivait-il, sont des petits séminaires déguisés; ce n'est pas au moment où il faut tant d'officiers, d'avocats, de médecins, de négociants, qu'il faut faire tous les sacrifices à l'avantage du clergé; déjà les écoles secondaires sont dirigées par des prêtres et peuplées d'ecclésiastiques»; les missions organisées dans le département y développaient le « fanatisme » ; mais, tandis que Fouché, faisant un inslant l'intérim du ministère de l'Intérieur, déclarait qu'il ne fallait pas tolérer la création d'un petit séminaire, Fontanes, le grand-maître de l'Université, assurait que le projet de séminaire répondait à un vœu général, que la grande majorité des élèves du collège se destinaient à l'état ecclésiastique, qu'il y avait intérêt à transformer le collège en séminaire pour empêcher la création et éviter la concurrence d'un établissement ecclésiastique; en outre, il se portait garant du bon esprit des professeurs : ses inspecteurs l'avaient renseigné ! Au début de 1810, Miollis quitta le Finistère; son successeur, Bouvier du Molard, — un jeune auditeur au Conseil d'État, — arrivait de Paris ignorant encore l'écart qu'il y a entre la loi solennellement proclamée au centre et son application atténuée ou même sa non-application dans les départements; il s'étonna delà situation faite à l'enseignement et dans un rapport au ministre de la Police fit entendre ses doléances : « J'ai assisté aux séances du Conseil d'Etat où les statuts de l'Université ont été discutés. Il m'a paru que l'intention de Sa Majesté était que le corps des instructeurs fût essentiellement laïque

et l'instruction hors de l'influence des ecclésiastiques. Les choses sont ici dans un sens absolument inverse; en 1807, par deux lettres des 7 septembre et 2 octobre, l'évêque de Quimper avait offert à M. Miollis, préfet, des professeurs pour toutes les classes et tous les collèges, mais à la condition que l'organisation serait entièrement ecclésiastique. Même système en 1810. L'évêque, en relation immédiate avec le grand-maître de l'Université, vient de faire nommer l'abbé de Galonné principal du collège de Quimper. C'est le prêtre le plus fanatique du diocèse. Il remplace un prêtre éclairé, tolérant, aimé, professeur depuis trente ans dans le même collège, mais prêtre assermenté et persécuté par l'évêque pour ce seul fait, quoiqu'il n'ait jamais manqué aux devoirs de son état. » En même temps qu'il recommandait d'insérer au Bulletin l'essentiel de la lettre du préfet, le ministre de la Police annotait ainsi le rapport de Bouvier du Molard : « écrire au préfet de reprendre la direction, de m'informer de tout ce qui serait contraire à notre philosophie et à notre politique et de ne pas craindre d'entrer en opposition avec cet évêque » l .

Dans un billet à Montalivet, Napoléon s'indigna de ce qu'il venait d'apprendre : « on m'assure que le grand-maître de l'Université nomme labbé de Galonné, connu pour être un prêtre fanatique, principal du collège de Quimper

« Cette lettre, qui se trouve dans F 7 , 8185, est citée en partie au Bulletin de Police du 27 28 juin 4810 (AFiv, 1508); les bureaux ajoutèrent cette note : « Ce ne peut l'abbé de Calonne fabricateur d'assignats et libelles, frère du ministre. Il est resté à Londres d'où il a fait récemment des voyages aux États-Unis : il cherche à y envoyer le plus de prêtres français qu'il peut. » — L'observation si nette du ministre, mise en marge du rapport du préfet, fut transmise à ce dernier dans ce slyle administratif, vague et incolore, dont la tradition se conserve pieusement : « Vous informerez le ministre de tout ce qui pourra, dans les projets du clergé, contrarier la raison et les lumières du siècle. »

dans le Finistère ; faites-moi un rapport et proposezmoi un projet pour annuler cette nomination. Dites au grand-maître que c'est avec les préfets qu'il doit correspondre et non avec les évôques et ne pas faire de l'instruction publique une affaire de coterie et de religion. Pourquoi a-t-on ôté de cette place un professeur instruit pour y mettre un fanatique? m 1 . Renseigné par ces incidents et reconnaissant qu'il fallait « opposer une digue puissante à l'ascendant progressif du clergé » le ministre décida de ne rien changer à Saint-Pol : malgré tout le chagrin qu'en eut l'évêque, l'école secondaire garda son étiquette laïque.

Les certificats demandés aux curés, la fondation et le développement de l'école ecclésiastique de Puget-Théniers la lutte dans le Finistère entre le préfet et l'évêque, la mollesse avec laquelle le grand-maître et les inspecteurs soutenaient l'enseignement d'État, tout démontrait qu'il était déjà nécessaire, après deux années à peine, de réformer l'Université et d'augmenter le pouvoir de l'Etat, si l'on voulait que l'instruction fût surtout, sinon uniquement, entre ses mains.

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