‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 104 sur 107 · PÉTITION · texte numérisé non relu

PÉTITION

ADRESSÉE A LOUIS XVIII PAR LES NOTABLES DE LYON, POUR DEMANDER LE RAPPEL DES JÉSUITES

Au Roi, Sire,

Les pères de famille de votre royaume présentent de toutes parts leurs enfants à Votre Majesté, et sollicitent pour eux le bienfait d'une éducation publique dans laquelle ils puissent recevoir avec l'instruction littéraire, l'enseignement des vérités de la religion et de la morale, et des leçons de dévouement à votre auguste Maison.

L'opinion en France repousse et condamne tout ce qui a été tenté, tout ce qu'on s'est efforcé depuis vingt ans de substituer à l'ancien sistème. Vainement a-t-on voulu dans ces derniers tems couvrir du manteau de notre antique université, et décorer de son nom respectable l'établissement qui a pris sa place. Les pères de famille n'ont pu s'y méprendre, ils ont éloigné leurs enfants de ces lycées, qui n'ont produit ni bons français, ni athéniens ; ils ont fait plus ; ils ont eu le courage de les séparer d eux, et c'est au sein des campagnes, dans les petites villes, qu'ils ont été leur chercher des instituteurs et des maîtres, affranchis par leur isolement de l'influence des principes et des règles modernes.

Mais quoique ce soit surtout depuis la Révolution qu'on s'est égaré dans la manie des innovations, Votre Majesté, Sire, n'ignore pas que le mal vient de plus loin. La destruction des Jésuites dans le Royaume, prononcée par l'édit de novembre 1764, éteignit l'émulation dans l'enseignement, affaiblit les idées religieuses, élargit les voies à l'athéisme

et à l'impiété, et a ainsi préparé les maux qui, en perdant la génération contemporaine, ne cessent point de menacer notre postérité.

Dans un grand État, l'éducation publique est indispensable, elle est une des premières dettes du prince.

Lé ministère de l'éducation est un véritable sacerdoce. Des intérêts purement temporels ne suffisent pas pour commander à 1 homme le dévouement qu'exige un tel ministère. L'expérience prouve que ce dévouement ne se rencontre jamais plus souvent que dans les congrégations religieuses.

L'opinion sur ce point a si peu varié en France, qu'en dépit des efforts faits pour en changer la direction, nous avons vu, il y a peu d'années, les Pères de la Foi rassembler autour d'eux de nombreux élèves, au moment même où ils se montrèrent sur notre territoire. Déjà la désertion menaçait les écoles du Gouvernement; pour en arrêter le cours, il fallut employer la force, la violence ; il fallut expulser les nouveaux instituteurs.

Parmi les congrégations dont le retour est si nécessaire à la jeunesse de votre royaume, Sire, nous osons déposer au pied du trône de Votre Majesté notre vœu pour le rétablissement de la Compagnie de Jésus. La voix du vénérable Chef de la religion vient de se faire entendre dans toute la chrétienté ; elle prête à la nôtre sa vérité persuasive.

Dans le silence des passions, le temps a fait justice des calomnies et de la haine semées contre les Jésuites.

Nous sommes, Sire, des fidèles sujets de Votre Majesté, habitants de sa bonne ville de Lyon ; nous sommes dévoués à notre Roi, nous lui demandons que nos fils soient élevés dans nos principes et dans nos sentiments, qu*on leur enseigne la Religion catholique, apostolique et romaine ; qu'on leur appi*enne leurs devoirs envers Dieu, leur prince, leur pays et leurs parents ; qu'on les forme de bonne heure, par l'instruction et par l'exemple, à la pratique des vertus morales et chrétiennes, et qu'enfin on associe pour eux dans les écoles à l'étude des sciences et des belleslettres, les leçons plus importantes qui donnent aux États les gens % de bien et les bons citoyens.

A tous ces titres, Sire, nous supplions Votre Majesté d'ac-

corder à la ville de Lyon une école publique et un collège hors de V Université, desservi par les prêtres de la compagnie de Jésus, auxquels la municipalité sera autorisée à fournir, dans l'intérieur de la ville, le local nécessaire pour l'établissement de leur classes et de leur pensionnat, à l'instar de ceux qu'ils avaient autrefois, soit en y affectant les bâtiments non vendus qu'ils possédaient par le passé, . soit tous autres bâtiments convenables à la destination proposée.

Nous sommes avec un profond respect, de Votre Majesté, Sire, les très humbles et très obéissants serviteurs et très fidèles sujets.

Lyon, le septembre 1814.

Signé : Le Vicomte d'Albon, Maire de la Ville de Lyon 1 .

Suit un grand nombre de signatures ; j'y relève comme particulièrement significatives, celle de l'ancien « procureur du roy en la sénéchaussée de Lyon, de l'Horme, » celle de « l'ancien avocat du roy en la même sénéchaussée, Cornbon de Montréal », celle de Robin d'Orliène 2 , « ancien conseiller de la cour des monnaies de Lyon et membre du collège électoral », d'anciens officiers, des chevaliers de Saint- Louis.

1 Souligné au cabinet du roi.

* Chabot et Charléty. ouv. cité, p. 90. indiquent cette pétition mais n'en donnent que quelques lignes: il s'en trouve un duplicata dans 0*/»14 (Pièces adressées au Cabinet du Roi).

fi

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