‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 13 sur 107 · LES CIRCULAIRES DR S A VA R Y · texte numérisé non relu

LES CIRCULAIRES DR S A VA R Y

Les préfets mirent si peu d'empressement à répondre que deux mois après, le 24 septembre, Savary dut leur envoyer une nouvelle lettre, plus précise et plus pressante que la première :

« J'ai déjà appelé votre attention, monsieur, sur la direction donnée à l'enseignement dans les écoles de votre département ; les travaux de Tannée scolastique étant sur le point de recommencer, je la provoque de nouveau sur cet objet important. Vous savez, monsieur, que les premiers principes de l'éducation sont la base la plus sûre des mœurs et des vertus et que la vie entière dépend des impressions reçues dans l'enfance. C'est cette considération qui doit vous déterminer à réunir tous les renseignements que vous pourrez vous procurer sur les principes des maîtres, sur la direction qu'ils donnent à leurs élèves et à me les adresser. Vous ferez surtout en sorte de savoir quels sont les textes sur lesquels les élèves composent ; c'est de ce choix que l'on peut induire si le maître est attaché à nos institutions ou si, par des principes contraires, il cherche à inculquer aux élèves des principes opposés. Vous vous assurerez particulièrement si l'histoire glorieuse de la 4° dynastie est employée dans les devoirs des élèves.

Je sais, monsieur, que vous n'avez pas d'action directe sur les élèves de votre établissement et il serait contraire à mes intentions d'obtenir les résultats que je vous demande, d'une manière oflicielle. Mais comme votre surveillance doit embrasser toutes les parties de l'administration publique je laisse à votre sagacité le choix des moyens qui peuvent me procurer les informations que j'attends de vous 1 ».

Avant même que les réponses des préfets fussent arrivées, le ministre avait fait insérer au bulletin quelques renseignements sur l'esprit qui régnait dans l'Université et il avait déjà fait connaître le résultat de ses conférences avec quelques préfets; le 11 août 1810, Napoléon put lire

* Ibidem Celle circulaire fut adressée aux préfets et aux commissaires généraux de police.

la noie suivante, qui figurait au rapport quotidien du ministre :

« UNIVERSITÉ L'Université étant la mère et la fondatrice de l'instruction publique elle gouverne l'opinion ou du moins la dirige selon ses vues. Le plus grand nombre de ses chefs qui ont été prêtres, ou attachés plus ou moins à cet ordre ont tous un penchant à rétablir les idées religieuses dans toute leur force, à recréer un empire qu'ils ont perdu, et à dominer sur les esprits en donnant aux études et aux idées de la jeunesse une forme dirigée vers la superstition et le cagotisme. Us sont aidés puissamment par certains prêtres desservans dans les paroisses et par certains curés. Et l'on peut avancer déjà avec certitude que les pensions et institutions qui reçoivent habituellement la visite des prêtres, ne profitent point des principes amis du gouvernement actuel, qu'il règne dans le sein de ces maisons un ton mystérieux intolérant et que l'on s'y méfie de celles dont les maîtres et les élèves sont gouvernés et mùs par des principes de modération et d'attachement à la première personne de l'Etat et de respect pour ses ordres. Il y a à Parii, sans y comprendre l'École polytechnique et les lycées, 50 maisons, portant le titre d'institutions et 61 avec le titre dépensions. On ne parle pas non plus des écoles primaires et des pensions de demoiselles. Les préfets du Nord, des Ardennes, de la Somme et de la Seine-Inférieure avec lesquels le ministre a eu des conférences à ce sujet parlent dans ce sens 1 ».

RÉSULTAT DE LA PREMIÈRE ENQUETE : LA CONCURRENCE ECCLÉSIASTIQUE EST PUISSANTE, LE PERSONNEL ADMINIS- TRATIF EST DÉSARMÉ.

D'octobre à décembre, les réponses des préfets et des commissaires généraux de police arrivèrent : malgré les

1 AFiv, 1509. Bulletin du H août 1810. ,

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