‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 22 sur 107 · LE RAPPORT DU PRÉFET DU FINISTÈRE · texte numérisé non relu

LE RAPPORT DU PRÉFET DU FINISTÈRE

préfets ; lorsque MM. Lefèvre-Gineau et Rendu-, inspecteurs généraux de l'Université, me disent que l'Instruction publique sera, par la force des choses, entraînée dans la main des prêtres et qu'alors il n'y aura plus d'instruction publique ; quand je vois la progression rapidement croissante de l'influence ecclésiastique ; quand cette influence obtient des décisions ministérielles qui anéantissent les décrets de sa Majesté ; quand elle s exerce, principalement au tribunal de la pénitence, sur les femmes et les enfants des principaux magistrats et fonctionnaires, dans l'intention secrète de réagir contre 1 exécution des lois et la politique de Sa Majesté ; lorsqu'il n'est pas possible défaire supprimer une foule d'associations religieuses illégales et qu'on veut, au contraire, en augmenter le nombre ; lorsque je remarque la nouvelle alliance qui a rapproché les prêtres et les anciens nobles amnistiés ; lorsque je suis réduit à réclamer sans cesse l'intervention de la haute police de l'État pour faire exécuter les plus simples mesures d'administration qui intéressent le clergé ; enfin, lorsque mon zèle, défiguré par la partialité, est présenté comme l'effet d'un esprit tracassier et d'une récrimination particulière, je ne puis pas être sans sollicitude cl je dois éveiller la vôtre.

Ma situation cependant ne m'inquiète que jusqu'à un certain point. Le général Fabre, qui commande dans le Finistère, est, comme moi, tout à l'Empereur, et, de concert avec lui, je réponds de maintenir la tranquillité dans ce département, ou du moins de donner une leçon terrible à ceux qui oseraient la troubler un instant. Avant-hier encore, le général qui connaît l'état des choses, qui le voit, qui est indigné de ce qu'on ose s'attaquer à lui-même dans la personne de sa femme, me disait : qu'ils y prennent garde, car je tire à balle! L'idée seule qu'on en puisse venir à une semblable extrémité m'épouvante ; et, pour l'éviter, aucun soin, aucune concession ne pourra me coûter.

La masse de la population est bonne : elle est essentiellement soumise et calme, et ne demande point à être tirée de son inertie. Mais aussi elle est ignorante, superstitieuse et on ne peut pas plus exposée à être portée à toute l'exaltation du fanatisme et de l'enthousiasme. Quand le clergé voudra, il

excitera un grand mouvement dans le département, et il le voudra aussitôt qu'il pourra concevoir l'espérance de l'impunité. Pour peu que je m'y fusse prêté M. l'évêque de Quimper aurait déjà fait des miracles. Au commencement de mon administration et lorsque nous vivions en bonne intelligence, lui ayant appris les choses merveilleuses opérées, à cette époqae, à Trêves, par l'exposition de la robe de Jésus-Christ, il me proposa de faire venir à Quimper les reliques authentiques du bienheureux saint Corentin, dont M. l'archevêque de Tours lui a fait présent, et qu'il a provisoirement fait déposer dans une chapelle secrète de l'église de Quimperlé.

Dans les circonstances ordinaires, sous un gouvernement aussi jbrt que le nôtre, ces dispositions resteront comprimées et ne seront point actuellement à craindre ; mais s'il arrivait un grand événement dans l'État ou dans l'Église, elles auraient certainement des conséquences fâcheuses. Chaque jour, le clergé du Finistère essaie ses forces : il sonde l'opinion, il la corrompt sourdement ; il cherche à établir son autorité dans l'intérieur des familles en les divisant; on répand périodiquement les nouvelles les plus alarmantes sur la santé de l'Empereur, sur celle de l'Impératrice, du Roi de Rome ; on stimule l'intérêt et l'inquiétude du peuple sur le sort du Pape; enfin vous savez, depuis longtemps, monsieur le Comte, quelle est la tendance de ce clergé à augmenter ses richesses par sa puissance et sa puissance par ses richesses. »

La discussion dura près d'un an, sans d'ailleurs aboutir à aucun résultat : le ministre de la police ne savait plus à qui donner raison et les notes, mises en marge des rapports, trahissent l'incertitude de Savary et de Réal : « en suivant la marche du grand-maître, on croit voir qu'il tend à se servir du clergé pour régénérer l'instruction dans ce département ; dès lors, est-ce vues politiques connues de Sa Majesté, ou est-ce opinions personnelles du grandmaitre ? Dans les deux cas, que peut faire la police, je ne me permettrai point de le préjuger î » L'incertitude augmenta,

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