‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 23 sur 107 · LE TÉMOIGNAGE DES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

LE TÉMOIGNAGE DES CONTEMPORAINS

à la fin de l'année 1812 : au retour de la campagne de Russie, Napoléon fut harangué parles grands dignitaires de TÉtat ; Fontanes lui exprima la joie qu'avait l'Université à le voir rentrer en France ; en un discours pompeux et habile, il l'assura que l'Université, « dépositaire des vieux principes, avait été et serait toujours en garde contre les nouveautés hardies et les systèmes désastreux qui l'avaient entraînée dans la ruine universelle avec toutes les institutions monarchiques » ; « le bon sens » était la base

de l'étude », « le bon sens qui abandonne à la Religion le mystère du pouvoir et de l'obéissance 1 ».

Après ce discours, le conseiller d'État qui, quelques jours auparavant, aurait voulu « couler à fond » l'affaire du Finistère, écrivait : « Il est impossible aux bureaux, depuis le dernier discours du grand-maître, d'oser sonder l'intention et de marcher sans direction positive ». Déjà on devinait que l'Empereur ne pouvait plus contrôler l'application de la loi 2 .

DANS LES LIVRES PARUS APRÈS J 814, ON TROUVE LA CONFIRMA- TION DES RÉVÉLATIONS QUE FOURNISSENT LES DOCUMENTS CONTEMPORAINS : RENDU, DE RI ANC E Y, ETC.

Dans le chapitre qu'il a consacré à l'enseignement secondaire dans le Rhône sous le premier Empire,

• Moniteur du 26 décembre 1812.

* F 7 , 8185. Guizot. ouv. cité, fait sans doute allusion aux événements du Finistère, quand il écrit : « 11 est tel ecclésiastique de la Basse-Bretagne qui, dans le petit collège qu'il dirige aujourd'hui, ne sait pas que sa justification a quelquefois plus sérieusement occupé le grand-maltre que les soins d une administration étendue et trop embarrassée dans les détails. »

M. Gharléty constate que, de 1804 à 1814, la population du lycée de Lyon augmenta faiblement alors que les mesures gouvernementales auraient dû au contraire la tripier et que les institutions et pensions prospérèrent, autant dans la corporation universitaire, que hors d'elle ; il s'étonne de la résistance opposée aux circulaires ministérielles et à la surveillance du recteur ; il trouve cette résistance « singulière et à certains égards, étant données les habitudes autoritaires du gouvernement, inexplicable » ; et il ajoute : « on peut penser que le gouvernement de l'Empire se résigna, dans ce cas particulier à une tolérance que l'absence de renseignements ne permet pas d'expliquer d'une manière satisfaisante ». Les quelques faits que je viens de citer, pris dans plusieurs départements, montrent, bien suffisamment je crois, que le cas du département du Rhône ou de la ville de Lyon n'était pas particulier ; ils permettent aussi d'affirmer que ce n'est pas le gouvernement qui « se résigna à la tolérance » mais que ce furent les autorités universitaires qui, dans la plupart des cas, empêchèrent l'application de la loi ou l'entravèrent, en fermant les yeux sur des abus que la loi devait précisément faire cesser l .

De cette « tolérance » des autorités universitaires les documents administratifs donnent mainte preuve ; cependant, sans fouiller les Archives, on peut, dans les travaux parus après 18 14, trouver l'aveu, et en môme temps l'explication, de cette inexécution des décrets impériaux. Dans son important ouvrage sur l'instruction publique, . paru en 1819, Rendu, ancien inspecteur général de l'Université napoléonienne, défendait cette Université d'avoir été

' Chabot et Charléty, Y Enseignement secondaire dans le likône, p. 87. M. Charléty ne semble pas avoir assez mis en relief l'importance du décret du 15 novembre 1811.

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