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LE RAPPORT DE FOCRCROY

Fourcroy donna l'alarme. Dans un rapport de novembre 1807, il signala le danger que courait l'instruction publique si les petits séminaires continuaient à se développer librement; la pièce est curieuse; il faut la citer tout entière :

« M. le préfet du département des Forêts vient de m'informer d'un fait sur lequel je crois devoir appeler l'attention de Votre Excellence, parce qu'il me paraît se lier avec un plan général dont l'exécution fait chaque année de nouveaux progrès.

Il m'annonce qu'à son insu et à l'insu du sous-préfet de Neufchàteau, M. l'évêque de Metz a établi dans la commune de Bastogne un petit séminaire dont l'ouverture est fixée au quatre novembre, et que l'intention de ce prélat est de former de semblables écoles dans sept ou huit communes du département des Forêts. Persuadé que rien n'autorise de pareilles institutions, mais ne voulant d'ailleurs agir que d'après des données fixes, M. le préfet demande que l'autorité supérieure veuille bien lui tracer la marche qu'il doit tenir dans cette circonstance.

Ce qui se passe à cet égard dans le département des Forêts, a déjà été essayé dans quelques autres départements. Les premiers établissements de ce genre sont ceux d'une association connue sous le nom de Pères de la Foi. Ils avaient déjà établi des collèges à Belley, Amiens, Roanne, et ils étaient sur le point d'en établir un à Beauvais, lorsque leur congrégation, devenue suspecte au Gouvernement, fut dissoute par le décret impérial du 3 messidor an XII. Les chefs de la Société ayant alors manifesté leur intention de se soumettre aux lois, et de ne reconnaître d'autre supérieur ecclésiastique que l'évêque diocésain, ils furent autorisés à conserver leurs maisons d'éducation. Ils sollicitèrent et obtinrent l'érection de leurs pensionnats en écoles secondaires.

Depuis cette époque, il n'a été porté aucune plainte contre l'école de Belley. Mais il n'en est pas de même de celle d'Amiens. Plusieurs circonstances donnent lieu de penser

que les prêtres qui la dirigent, sans prendre le nom de Pères de la Foi, en ont tous les principes. Dans les discours prononcés à la dernière distribution des prix, il n'a pas été dit un seul mot de l'Empereur ni du gouvernement. On assure qu'à l'office célébré dans la chapelle intérieure de cette école, le 15 août dernier, il na été question que de l'assomption delà Vierge, sans aucune mention de Saint Napoléon. On inspire aux élèves des sentiments de haine et de mépris pour les institutions du gouvernement. Les pensionnaires de cette école secondaire appellent les élèves du lycée, la canaille du lycée. Cependant les chefs de l'école secondaire exercent la plus grande influence sur les esprits. Ils dirigent l'opinion publique ; ils sont les oracles du clergé ; le maire de la ville les protège ouvertement : il est le seul des membres du bureau d'administration qui n'ait point assisté à la distribution des prix du lycée. Il était le surlendemain à celle de l'école secondaire. Avec de pareilles dispositions, il est difficile que le lycée parvienne au degré de prospérité dont il est susceptible. On en pourrait dire autant de beaucoup d'autres lycées que l'influence du clergé, soutenue par quelques administrateurs, empêche de prospérer.

On ne peut pas néanmoins affirmer que l'école secondaire d'Amiens soit un petit séminaire ; elle n'en a pas du moins le titre, et peut-être qu'il y aurait moins à craindre, si elle l'avait, des principes qu'on y donne. On connaîtrait alors le but vers lequel se dirige l'éducation qu'y reçoit la jeu" nesse.

Il est évident, en effet, que l'objet de l'institution des pefits séminaires est de s'emparer de bonne heure des enfants pour les préparer exclusivement à embrasser l'état ecclésiastique.

C'est ce qu'on s'est efforcé d'obtenir à Nantua, département de l'Ain. Le décret du 28 fructidor an XI avait accordé à cette ville les bâtiments de son ancien collège pour y établir une école secondaire communale. Le conseil municipal, au lieu de procéder à l'exécution pure et simple du décret, transigea avec MM. les vicaires généraux du diocèse de Lyon, et il fut convenu qu'à la place de l'école. secondaire on établirait au collège un petit séminaire. ,

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