‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 6 sur 107 · LE RAPPORT DE FOURCROY · texte numérisé non relu

LE RAPPORT DE FOURCROY

Le préfet de l'Ain informé de cette transaction, en référa au ministre de l'Intérieur, lequel jugea qu'on ne pouvait pas changer ainsi la destination ordonnée par le décret impérial.

L'école secondaire fut donc établie, mais il n'est pas de moyens qu'on n'ait employés pour décourager le directeur, l'intimider même, pour le forcer à renoncer au plan d'études prescrit par les décrets de Sa Majesté et y substituer une instructien purement ecclésiastique. On aurait voulu qu'il fît de ses professeurs des chantres, et de ses élèves des enfants de chœur.

Ce qui n'a été que tenté à Nantua, s'est effectué à Chambéry ; non que l'école secondaire communale ait été convertie en un petit séminaire, mais on a érigé près d'elle un établissement de ce genre qui lui porte, ainsi qu'à l'instruction en général, le plus grand préjudice.

Pareils établissements ont été formés à Rouen, àTroyes, à Mende, à Quimper, à Dinan, on parle d'en former un également à Vienne, à la place de l'école secondaire communale ; j'ai fait connaître à Votre Excellence ce qui s'est passé à Bourg. J'attends à cet égard une décision.

Ce que j'ai eu l'honneur de lui exposer au commencement de ce rapport au sujet du petit séminaire de Bastogne et des autres pensionnats du môme genre qu'on veut ériger dans le département des Forêts, ne prouve que trop l'intention de dénaturer l'Instruction publique, et de la soustraire à la surveillance de l'autorité civile. «

MM. les évéques, en effet, qui sont autorisés à faire des visites dans les Lycées et les écoles secondaires, ne permettent pas aux magistrats, préfets, sous-préfets et maires, de visiter leurs petits séminaires. C'est ce qui est arrivé dernièrement à Rouen où le maire qui avait été chargé, par suite d'une mesure générale ordonnée par le ministre votre prédécesseur, de rendre compte de l'état des divers établissements d'instruction publique qui existent dans cette ville, se vit refuser l'entrée du petit séminaire.

Si, comme il est à qraindre, ces établissements se multiplient, que deviendra l'instruction ? Ce ne sont point des petits séminaires où l'on se borne à apprendre un peu de latin, d'où l'étude des mathématiques et des sciences en

général, est entièrement bannie, qui fourniront des sujets aux différents services, tant civils que militaires, à la magistrature, au barreau, qui fourniront des littérateurs, des savants, des professeurs.

Autrefois, on n'entrait au séminaire qu'après avoir achevé ses études d'humanités, de belles-lettres et de philosophie dans les collèges et les universités, et c'est ce qui procurait alors au clergé des hommes célèbres dans les sciences, les lettres et la carrière de l'éloquence. Que peut-on espérer aujourd'hui, même pour le clergé, de ces écoles obscures où la jeunesse est destinée à ne recevoir qu'une instruction extrêmement bornée ? N'est-il pas à craindre qu'en couvrant la France de pareilles institutions, on ne nous ramène au temps où le comble de la science était de savoir lire, écrire, un peu de latin et le plain chant ? La modicité de la pension en effet, qu'on paye dans ces petits séminaires, et qu'il est facile d'obtenir dans des maisons où l'on n'a presque point de maîtres à payer, cette modicité, dis-je, ne peut manquer d'attirer la foule et de faire déserter les lycées et les écoles secondaires.

La loi a établi des séminaires pour chaque diocèse : ils sont à la théologie, ce que sont les écoles spéciales de droit et de médecine, pour ceux qui veulent se livrer à l'étude de ces sciences. On n'admet à suivre les cours de droit ou de médecine, que des jeunes gens qui ont fait les études préliminaires de langues anciennes, de littérature et de mathématiques : il n'en est pas qui aient moins de seize ans. Je pense qu'il en doit être de même pour les jeunes gens qui veulent entrer au séminaire »,

et il concluait son rapport en demandant la suppression des petits séminaires; à l'avenir, aucun élève ne serait admis dans les séminaires diocésains avant l'âge de seize ans et sans avoir fait un cours entier d'humanités et de belles-lettres dans un lycée ou une école secondaire 1 . Une

1 Ce rapport au ministre de l'Intérieur est en copie dans AFiv', 179 (3 novembre 1807), annexé aux pièces relatives aux faits dénoncés à la commission qui, en mars 1808, s'occupa des associations religieuses.

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