LE RAPPORT DE FOURCROY
fois de plus le directeur de l'instruction publique demandait qu'on prît des mesures pour sauver les lycées qui étaient son œuvre et pour fortifier l'esprit laïque menacé.
Le succès des petits séminaires « offensait » Napoléon 1 ; l'inefficacité des décrets de dissolution l'irritait; apprenant qu'il y avait encore des Pères de la Foi, il envoyait à Foucné l'ordre de faire chasser des collèges ces « Jésuites déguisés » ; « je ne veux pas de Pères de la Foi ; encore moins qu'ils se mêlent de l'instruction publique pour empoisonner la jeunesse par leurs ridicules principes ultramcntains »*; mais tout se borna à des lettres violentes, aucun décret ne fut pris, et la concurrence faite aux lycées de l'Empire continua victorieuse 8 .
* De Rianccy. Histoire critique et législative de l'instruction publique... Paris, 1844, t. II, p. 151.
* Debidour, ouv. cité, p. 231, note 2. Voici le début de la lettre du 17 décembre 1807 à Fouché : « Vous vous concerterez avec le sieur Portalis sur les moyens de dissoudre la Congrégation des Pères de la Foi, en cherchant les plus doux mais en môme temps les plus efficaces: étendez ceMe mesure à tout l'Empire. Vous aurez soin que ces individus n'aient aucun point de réunion et je vous rends responsable de l'existence de toute société de ces religieux. Serions-nous donc dans les temps de faiblesse et d'inertie où les volontés de l'administration ne pourraient être exécutées i Le premier diocèse par lequel vous devez commencer est celui de l'archevêque de Lyon, mais avec ce prélat comme avec tous les autres il ne faut parler que les pièces à la main et ne s'engager dans aucune discussion de théologie. » Puis vient le passage cité par M. Debidour. Lecestre, Lettres inédites de Napoléon /«, t. I, p. 129.
3 M. de Gérando, le 6 février 1808, envoie au ministre de l'Intérieur une note sur l'instruction publique ; il attribue l'insuccès des lycées a leur personnel : « Prêtres mariés, ex-moines, hommes de plaisir, esprits forts, indifférents, religieux, dévots » s'y rencontrent; le succès des Pères de la Foi et l'extension des petits séminaires s expliquent par la concurrence que les familles soutiennent sous prétexte que dans ces établissements l'éducation est meilleure. (AFiv, 1050.)
LE DÉCRET DU 17 MARS 1 808 ORGANISANT l/UNI VERSITÉ ; l/lN- FLUENCE DE FESCH. — LE DÉCRET DU 17 SEPTEMBRE COMPLÈTE CELUI DE MARS.
Depuis deux ans, la création de l'Université était décidée en principe *; mais la « corporation » rêvée par Napoléon ne devait être organisée qu'en 1810 : le médiocre succès des lycées, la prospérité des établissements libres ou ecclésiastiques, firent hâter les choses et dès le 17 mars 1808 le premier décret constitutif de l'Université impériale était signé. Deux partis étaient alors en présence et se disputaient l'influence : le « parti philosophique auquel restaient attachés tous les amis éclairés de la Révolution » ; c'était celui de Fourcroy qui essayait depuis plusieurs années de créer un enseignement indépendant de l'influence ecclésiastique; «le parti antiphilosophique ou religieux, composé d'hommes qui, malgré leur préférence pour la monarchie ancienne, ne demandaient pas mieux que de prendre rang dans la monarchie nouvelle en favorisant le retour aux formes du passé et de l'extension indéfinie du pouvoir ; le héraut du parti religieux était M. de Chateaubriand ; son métaphysicien M. de Bonald; son metteur en œuvre le courtisan, poètç, orateur adroit M. de Fontanes* », c'était aussi celui du cardinal Fesch et de quelques-uns des futurs conseillers de l'Université comme Emery.
Napoléon et le Conseil d'Etat auraient voulu une Univer-
• Le décret du 10 mai 1806 relatif a la formation d'une Université impériale, publié au Huile tin des Lois (n° Ul, p. 527), ne figure pas dans la série des décrets de AFiv.
1 Bignon, Histoire de France, t. VIII, p. 102 et suiv.
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