LE DÉCRET DU 17 MARS
sité maîtresse absolue de renseignement ; le projet, préparé par ordre de l'Empereur et n'admettant aucune exception en faveur des écoles ecclésiastiques, était ainsi conçu : « Nul ne peut ouvrir d'école ni enseigner publiquement sans être membre de l'Université impériale et gradué par l'une de ses facultés ». Si cet article était adopté, les professeurs des séminaires allaient avoir à se soumettre aux examens et à prendre les grades universitaires. Fesch veillait; il « proposa au ministre des Cultes, après l'avoir communiqué à M. Fourcroy qui ne fit pas d'objections », d'ajouter ce simple correctif : « néanmoins, l'instruction dans les séminaires dépend des archevêques et évêques, chacun dans son diocèse. Ils en nomment et révoquent les directeurs et professeurs; ils sont seulement tenus de se conformer aux règlements pour les séminaires par nous approuvés » ; son influence fut victorieuse et l'addition fut insérée au décret. Cette même influence agit encore sur d'autres points : le Conseil d'État ayant proposé que le personnel de l'enseignement supérieur fût nommé par le grandmaître pour la première fois, le cardinal obtint que, pour les Facultés de théologie, les archevêques et évêques présenteraient des docteurs en théologie entre lesquels le grand-maître choisirait. Le Conseil d'État aurait aussi voulu que, pour être admis à subir l'examen de bachelier en théologie, les candidats fussent licenciés dans les Facultés des lettres ; Fesch et Bigot de Préameneu trouvèrent le baccalauréat suffisant et leur correction fut adoptée. Enfin, c'est à l'influence de Fesch et non à une boutade de Napoléon, qu'est due la modification la plus connue du décret du 47 mars : le Conseil d'Etat demandait que toutes les écoles de l'Empire prissent pour base de leur enseignement, « les préceptes de la religion chrétienne, les maximes et libertés de l'Eglise gallicane, les maximes sur lesquelles
reposaient les lois organiques des cultes. » Le cardinal demanda que catholique fut substitué à chrétienne, et que les articles suivants fussent supprimés et remplacés par un passage ainsi conçu : « tous les professeurs de théologie seront tenus de se conformer aux dispositions de Tédit de 1682 concernant les propositions contenues dans la déclaration du clergé de France de ladite année ». Tout cela fut, en effet, adopté et décrété. Ainsi, en 1808, s'exerçait toute puissante l'influence de l'Église 1 .
La désignation du grand-maître, la nomination des conseillers de l'Université, déçurent le parti « philosophique », calmèrent les inquiétudes de ceux qui craignaient une Université affranchie de l'Église et fortifièrent « les espérances que le clergé avait conçues à l'apparition » du corps nouveau. Comme le déclare un auteur catholique contemporain, « la composition du haut personnel de l'Université n'avait rien d'effrayant pour le clergé ; le grand-maître était M. de Fontanes dont les sentiments religieux ne faisaient mystère pour personne et le Conseil (supérieur) comptait deux ecclésiastiques éminents, Mgr de Bausset et M. Émery - ». C'en était fini des intentions et des idées de Fourcroy : l'Université, créée
pour être un pouvoir a côté du pouvoir de l'Eglise, allait
4 Le projet du Conseil d'Ktat, le décret définitif, les corrections demandées par Feseh sont dans AFiv, 300. pl. 2I4N. Taine attribuant à Napoléon la correction chrétienne en catholique n'a pas vu les documents : il reproduit une assertion de l'elet de la Lozère. M. Méric, dans son Histoire de M. Emery, attribue à Kmery les modifications au décret du 17 mars; cela est inexact. M. A. Chevalier, dans son Histoire des Frères des écoles chrétiennes (Paris, 1887), fait allusion à l'intervention de Fesch; mais il ne précise pas; cependant il a vu la plaquette aFiv, 2148.
* R.-l\ Laveille, Jean-Marie de La Mennais; le décret n'est pas du 7, mais du 17 mars ; d'autre part c'est Rendu, dans son Estai sur l'ins-r truetion publique qui parle des espérances du clergé; or Rendu était inspecteur général de l'Université napoléonienne.
gle