RÉACTIONS DB LA COULEUR DES VINS PURS
La teinte brunit peu à peu par Taction prolongée de l'ammoniaque, et la liqueur se colore finalement en jaune brun. Gomme avec le borax, les vins tournés passent, par ce réactif, aune teinte brune presque dorée.
Si le vin est très foncé^ violacé ou bleuâtre, tels que ceux de Roussillon, et si la maturité du raisin a été absolument atteinte, en ajoutant de Talcali un peu plus concentré, la première goutte détermine d'abord du bleu, quelquefois un trouble bleu, puis la teinte passe comme ci-dessus au verdâtre et au brun.
Si le vin était très vert ou piqué, il faudrait augmenter la dose d alcali jusqu'à la disparition de la teinte vineuse.
Sulfliydraie d'ammoniaque ammontacaL — On prépare ce réactif, autrefois indiqué par M. Filhol, avec. 10 cent. cub. d'ammoniaque, et 8 ceitté cub. de suifhydrate d'ammoniaque au dixième par litre d'eau. Le vin est mélangé à volume égal et filtré. Le fUtratum passe verdâtre avec le vin naturel; violacé, lilas ou bleuâtre avec les vins fraudés. J'ai retiré peu de profit de cette réaction.
Alun et carbonate de soude, — On prend quatre centimètres cubes de vin auxquels on ajoute un cent, cube d'une solution d'a/wn d!' ammoniaque au 10°. On verse alors dans ce mélange exactement 1 cent, cube d'une solution de carbonate de soude contenant 100 grammes de sèl par litre. Il se fait un précipité que Ton jette sur le filtre. Aprè§ égouttement, le ton de la laque alumineuse formée est de couleur vert bleuâtre ou vert d'eau avec les vins naturels. La liqueur qui filtre est vert bouteille clair; presque incolore avec quelques rares cépages [aramon). Si elle
était légèrement lilas, on devrait s^assurer qu'une goutte de la solution précédente de carbonate de soude fait disparaître cette teinte. Lorsqu'elle ne disparaîtra pas^ c'est qu'il y aura addition d'une couleur étrangère.
Acétate (Talumtne. — Solution d'acétate d'alumine commercial étendue d'eau jusqu'à marquer 2^ Beaumé. On ajoute 1 cent. cub. de cette liqueur à 1 cent. cub. de vin. On filtre. — La liqueur est lilas vineux avec les divers vins ; elle est presque décolorée avec l'aramon.
Aluminate de potasse. — On ajoute de la potasse goutte à goutte à une solution d'alun à 10 p. 100 jusqu'à ce que le précipité d'alumine soit redissous; on verse ensuite dans ce réactif la même solution d'alun jusqu'à apparition d'un léger trouble et l'on filtre. Ce réactif donne avec les divers vins une liqueur lilas ou faiblement rosée, qui tend à se décolorer.
Eau de baryte. — Volumes égaux d'eau de baryte saturée à froid et de vin collé étendu d'eau, donnent après filtration une liqueur en général vert olive, jaune verdâtre sale, madère {teinturier), vieille eaude-vie [aramon de 18 mois). La liqueur filtrée passe au rose lorsqu'on la sature par l'acide acétique, sauf pour le teinturier qui reste chamois après acidulation, et l'aramon, qui devient vert jaunâtre clair. Cette même liqueur filtrée passerait rouge-brun ou jaune brun avec le femambouc ou le campèche.
Sous-acétate de plomb. — 2 cent, cubes de vin mélangés à 1 cent, cube de sous-acétate de plomb marquant i5° Beaumé donnent un précipité bleu cendré, bleu verdâtre^ vert clair. Cette couleur prend la teinte du carbonate de protoxyde de fer récemment précipité
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avec un aramon de Tannée, et passe au gris bleuâtre avec le teinturier. La liqueur qui filtre est entièrement décolorée avec le vin pur ou mélangé de la plupart des couleurs végétales; elle passe au contraire rose ou lilas avec le fernambouc, rosée avec la fuchsine. Quoi qu'en disent les auteurs, la couleur du précipité resté sur le filtre ne donne aucune indication certaine à moins que la matière frauduleuse n'ait été ajoutée dans une proportion supérieure au quart et même au tiers de la coloration totale du vin que Ton examine.
Acide sulfurevx, — Je ne parle ici de ce réactif que pour relever une erreur répétée par divers auteurs (1). D'après eux, on doit réputer falsifié tout vin dont la matière colorante ne sera pas détruite par Tacide sulfureux. Bien au contraire, tandis que beaucoup de matières végétales se décolorent par cet acide, la couleur du vin s'avive d'abord et se conserve au contact d'un excès d'acide sulfureux, même après vingtquatre heures. Avec les vins jeunes elle s'atténue légèrement, mais sans qu'il y ait décoloration, au moins après quelques heures.
Hydrogène naissant. — Le vin étendu d'eau, mis avec du zinc métallique, seul ou en présence d'une trace d'acide chlorhj'drique, se décolore lentement. Certaines matières colorantes, telles que celles de la baie de phytolacca, disparaissent plus rapidement sous cette influence, et entraînent en même temps la décoloration du vin (Duclaux), J'ai constaté que le vin de plusieurs cépages se décolore lui-même en présence du zinc^ et que cette réaction ne pouvait
(I) Brun, Fraudes et maladies des vinSy V édit., p. 132. — Robinet^ Analyse chimique des vins, 2* édit., p. 252.
*o2 COLORATION ARTIFICIELLE.
caractériser le phytolacca d'une manière certaine.
Essais de teinture par le vin. — Si dans un petit ballon contenant 40 à 50 centimètres cubes de vin on jette une floche de soie décreusée) préalablement trempée dans une solution étendue d'acétate d'alumine et lavée, ou simplement un morceau de flanelle également mordancée, qu'on fasse bouillir quelques miiMites, puis qu'on lave à grande eau, le tissu restera coloré d'une teinte rose ou jaunâtre peu sensible avec le vin pur. Cette teinte ne changera presque pas si l'on trempe ensuite cette floche de soie dans une solution étendue d'acétate de cuivre, et qu'après l'avoir séchée on la porte à 100®. Elle ne changera pas aussi, ou deviendra simplement terne, si on trempe la soie ou la laine ainsi teintes dans une solution étendue de chlorure de zinc qu'on porte ensuite à 100®, qu'on lave au carbonate de soude, à l'eau et qu'enfin l'on sèche. Par l'acétate de cuivre, si le vin était fuchsine, la couleur de la floche de soie, généralement teinte en rose plus vif que dans le cas du vin pur, résisterait aux lavages à l'eau, et prendrait un beau ton violet. Par le chorure de zinc la floche teinte dans un vin cochenille se colorerait en pourpre.
Malheureusement, j'ai constaté que les essais des vins par teinture des tissus de soie ou de laine ne donnent aucun résultat satisfaisant lorsque la matière colorante artificielle est de nature végétale. Je donnerai au paragraphe IX, page 198, celles de mes observations qui peuvent servir à retrouver et à reconnaître, par cette méthode, certaines matières frauduleuses. Mais, quelque fond qu'il semble qu'on puisse faire, a priori^ sur un procédé qui permet d'isoler du