‹ La sophistication des vins: méthodes analytiques et procédés pourChapitre 8 sur 125 · CO · texte numérisé non relu

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DOSAGE DE L*ALGOOL. 41

Ce tableau montre clairement qu*à mesure qu*un liquide s'enrichit en alcool, les corrections à faire subir au degré alcoométrique pour une même variation de température au-dessus ou au-dessous de 15 degrés augmentent rapidement ; si bien que pour 24 degrés alcoométriques elles sont plus que le double de celles qui correspondent à des liqueurs alcooliques ne marquant que 12 degrés (i). Il est donc très important, surtout pour les liqueurs riches en alcool^ d'attendre que le thermomètre et Talcoomètre aient bien pris la température du liquide. En général quand le titre alcoolique dépassera 24 à 26 degrés, il vaudra mieux dédoubler le volume avec de l'eau distillée; le titre de la nouvelle liqueur sera moitié moins fort et devra être multiplié par 2; il comportera de ce chef une incertitude, mais Terreur due à Tappréciation de la température sera plus de deux fois moindre.

Il ne faut pas substituer à remploi des tables cidessus la formule proposée et souvent employée :

où X représente le litre alcoolique réel que Ton cherche ; a, le degré lu sur Talcoomètre; ^ la température. Cette formule n'est à peu près applicable qu'aux mé-

(1) Cest pour cette raison principalement que nous ne recommandons pas de prendre le titre alcoolique dans le mélange ramené au demi-volume seulement du vin primitif, sauf à diviser ensuite par 2 les indications de l'alcoomètre. Une erreur d'appréciation de 1 degré de température fait une différence de 1 dixième de degré alcoolique environ pour des alcools à 11® centésimaux, de 00,3 pour des alcools à 22», et de 0°,5 pour des alcools à 30o centésimaux. Il vaut donc mieux agir sur des liqueurs étendues.

langes alcooliques qui conliennent 30 pour 100 d*alcool et plus. Prenons des exemples : supposons que Falcoomètre marque 12 degrés centésimaux, et que la température du liquide soit de 11 degrés centigrades, Tapplication de la formule précédente donnera pour cette liqueur 13^,6 d*alcool, soit 1 degré en plus que les tables. Supposons au contraire que la température soit de 19** centigrades, la formule précédente appliquée donnera 10^,4 alcooliques, au lieu de ll'*,4 qu'indiquent les tables, soit 1 degré centésimal en moins. On voit Terreur considérable commise dans les deux cas. L^application d*une telle formule donnerait donc des indications trop fortes pour les températures au-dessous de 15<>, et trop faibles pour celles au-dessus.

La formule suivante que je propose :

s'applique bien au contraire pour les mélanges alcooliques de 6 à 16 degrés centésimaux. Dans ces limites, qui sont celles de la pratique habituelle. Terreur commise varie de degré à 2 dixièmes de degré seulement.

11 est très important et toujours délicat de s'assurer de l'exactitude des indications d'un alcoomètre. Ceux du commerce peuvent varier de 1 degré et plus. Il faut rejeter ceux dont la tige n'est pas cylindrique et exactement calibrée.

Pour vérifier un alcoomètre, on peut se servir de la jnéthode indiquée dans le travail de MM. Berthelot, Coulier et d'Alméida : Vérification de Caréomètre de Baume.

DOSAGE DB L*ALCOÛL. 43

Cette méthode consiste à s*assurer d'abord que dans de Teau distillée à 15**, ralcoomèlre marque bienO de« gré (i). On détermine, d*autre part, dans Tair par les méthodes ordinaires, la densité de différents mélanges alcooliques ; des tables données par les auteurs précédents indiquent quel degré alcoométrique doit marquer alors Tinstrument plongea i5^ dans chacun de ces divers liquides de densité connue.

Des tables analogues ont été aussi calculées par Tralles en Allemagne, pour la température de 16* environ. Des tables de densités, dues à Gay-Lussac, destinées à graduer et corriger les alcoomètres, sont reproduites en divers lieux, en particulier dans Y Agenda du chimiste (2).

En général, Texpert doit posséder un jeu d*alcoomètres vérifiés. Le premier de ces instruments ira de 0- à 15 degrés centésimaux environ; le second de 10 à 20^, et s*il est nécessaire, on aura des alcoomètres de 20 à 50 degrés et au-dessus. On devra rechercher les instruments chez lesquels le volume de la partie plongeante est assez grand pour que les degrés soient bien espacés et faciles à lire.

(1) Le degré d*un alcoomètre varie d'année en année comme celui d'un thermomètre, ainsi que l'a fait très bien remarquer M. Magnier. Il faut donc vérifier de temps à autre son zéro, précaution d'autant plus importante que le volume de l'instrument est très notable et que les moindres contractions du verre se traduisent dès lors par des variations fort sensibles dans les indications de l'échelle graduée.

(2) MM. A. Pinson et J. Petit ont publié en 1874 un excellent travail fondé sur une méthode nouvelle, ingénieuse mais un peu plus compliquée que les précédentes, pour la graduation et la vérification des alcoomètres.

4i MÉTHODES D'ANALYSE DES VINS.

b. — Dosage de F alcool par rébullioscope.

Tabarié en 1829, et Tabbé Vidal en 1845, furent les premiers qui essayèrent de déterminer le titre alcoolique d'une liqueur d'après la température à laquelle celle-ci commence à bouillir. M. Matigand a perfectionné notablement Tappareil de Yidal, et Tébullioscope est aujourd'hui, depuis le rapport favorable de MM. Dumas, Desains et Thénard (1), entre les mains de trop d'intéressés pour que nous puissions le passer ici sous silence.

Une bouillotte apte à recevoir le vin est chauffée à Taide d'un thermosiphon qui seul reçoit directement l'action de la flamme. Au bout de quelques minutes le liquide entre en ébullition ; mais ses vapeurs sont sans cesse condensées, et retournent à la bouillotte, grâce à un réfrigérant formé de deux tubes concentriques vissés sur le couvercle et qui laissent entre eux un espace annulaire rempli d'eau froide. Un thermomètre très sensible (le degré occupe de 10 à 11""*) passe par un trou central percé dans le couvercle de la bouillotte ; la tige de ce thermomètre coudée à angle droit est munie d'un curseur. La dilatation du mercure de cet instrument n'indique pas les températures, mais bien les degrés alcoométriques. Ces degrés, fort différents de longueur entre eux, sont inscrits sur une réglette parallèle à la tige du thermomètre et appliquée à glissement contre la règle principale qui sert de support à cette partie de l'appareil.

(1) Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. LXXX, p. 1114.

Pour faire fonctionner Tinstrument, on verse de l'eau ordinaire dans la bouillotte jusqu*au niveau d*un trait marqué intérieurement. On visse le couvercle et avec lui le réfrigérant préalablement rempli d*eau froide; on allume la lampe. Au bout de 10 minutes, Teau étant en pleine ébullition, on fait glisser la réglette de façon à faire correspondre son zéro au point où s'est arrêté le mercure dans le tube thermométrique. Ce point est variable avec la pression atmosphérique. Gela fait, après avoir fixé solidement la réglette par récrou destiné à cet usage, on démonte aussitôt l'appareil, on en jette Teau, on le lave avec un peu du vin à titrer, et sans toucher à la réglette, on le remplit de ce vin jusqu'au trait. Quand Tébullition est bien déterminée, on ramène le curseur au point où le mercure s'est arrêté dansie thermomètre, et on lit le chiffre que ce même curseur indique sur la réglette mobile. C'est le titre alcoolique du vin.

Dans un bon Maligand, les oscillations du thermomètre n'atteignent pas i/10 de degré alcoométrique. Un dosage d'alcool dure une demi-heure avec cet instrument, détermination du zéro vrai comprise.

D'après les auteurs du Rapport précité, et vu les nombreuses expériences de vérification qu'ils ont été amenés à faire, on peut conclure :

Que les matières extractives dissoutes dans les vins retardent généralement un peu l'ébullition de ces liquides, et abaissent légèrement leur titre alcoolique;

Qu'en s'en tenant aux vins de table courants, les indications de l'ébullioscope Maligand correspondent sensiblement àcelles de l'eau alcoolisée au mêmedegré;

Que pour les vins de liqueur et ceux dont la fer-

mentation est inachevée, le degré d*ébullilion est avancé, mais qu'en recoupant ces vins avec de Teau, on fait disparaître ces anomalies ;

Que dans les plus mauvaises conditions on ne commet pas une erreur de plus de i/6 de degré, et dans la majorité des cas, qu'on est sûr du demi-dixième ;

Que l'opération est facile et suffisamment rapide;

Enfin que les instruments sont comparables.

De très nombreuses expériences dues à M. Salleron^ il parait toutefois résulter que les sels et autres substances dissoutes dans les vins abaissent notablement leur point d'ébullition et affaiblissent leur titre quelquefois de près de 1®, tandis que Tacide acétique l'élève.

Sous différentes altitudes, dans plusieurs villes françaises où Ton perçoit l'impôt sur le vin, l'ébullioscope accuse des résultats dont l'erreur peut s'élever à 0S6(1).

M. le D' Perrier a construit aussi un alcoomètre fondé sur la tension des liquides alcooliques au comment cernent de leur ébullition. Cet instrument parait avoir donné à M. Gh. Girard des indications suffisamment précises pour les vins ordinaires (2).

Il existe beaucoup d'autres méthodes alcoométriques ; notre but n*est pas de les décrire ici, mais d'indiquer simplement celles qui présentent le plus de garanties à l'expert. A ce point de vue, nous recommandons tout spécialement la méthode de Talcoomètre de Gay-Lussac ; c'est la seule qui soit précise dans

. (I) Salleron, Etude sur la température d ébullition des spiritueux et Vébullioscope^ Paris, 1875.

(2) Voir sa description dans les Documents sur les travaux du laboratoire municipal pour 18â2, p. 77.

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