On jette le tout sur un filtre
E) — {Suite.
P) — 4 cent, cubes de vin ayant répondu à l'essai (D) (6) sont traités par Talun et le carbonate sodique comme il est dit en (E|. On ajoute ensuite au mélange 2 ou 3 gouttes de carbonate sodique très étendu et l'on filtre.
G) — 2 cent, cubes de vin sont traités par 1 cent, cube de sous-acétate de plomb marquant (5* Baume. On agite et jette sur un filtre.
H) — La laque d'alu mine obtenue par l'essai (K) {b) était :
b) — Laque bleue verdàtre^ ou vert jaunâtre sale suivant cépages ou très légèrement vineuse. — Liqueur filtrée rose franc qui se décolore peu à peu quand on la chauffe, et que l'eau de chaux ne se décolore pas à froid Cochenille.
c) — Laque vineuse violacée dont la couleur fonce à l'air.
— Liqueur filtrée vert-bouteille ou grise légèrement marron si le cam pèche y est en plus grande quantité. — Cette liqueur verdit un peu
quand on la chauffe Campêche.
d) — Laque lila>s ou marron-lila^. — Liqueur filtrée grisâtre avec une teinte marron. — Cette liqueur, lorsqu'on la fait bouillir, prend une belle couleur de vin
vieux Femambouc.
a) — La liqueur filtrée passe lilas ou vineux : Phytolacca, betterave fraîche, — On passe à [ii).
b) — La liqueur filtrée passe vert-bouteille ou vert-marron :
Vins purs, fuchsine, sureau, myrtille, betterave. — On passe à (S).
a) — La liqueur qui filtre passe rose; le rose persiste même en alcalioisant légèrement; il disparaît peu à peu à rébullition. L'eau de chaux fait disparaître la couleur
rosée Phytolacca.
b) — La liqueur qui filtre passe jaunâtre ou de teinte
rousse Betterave fratche.
a) Bleue foncée. — En traitant le vin collé par cruelques gouttes d'acétate d alu-
fraode« du vin d'après la coloration des laques formées e«t due k M. Neès d'Eisembeek. n obtient ainsi de bons e-iraetères pour le rernambouc et le campêche ; mai* il est presque im • po<8ible de rien conclure de la couleur des laques lorsque le vin n'eU, comme dans nos essais, mélangé que de 12 à 20 p. 100 des autres matières eoloranles (étrangères. Il n'en es t plus ainsi lorsque Ton examine non la couleur des laques, mais celle des liqueurs filtrée s en ayant soin toutefois de ne pas dépasser semiblement la précipitation de toute Calu mitie par le carbonate alcalin. En agissant avec les proportions indiquées ici, les laques du vin à la coeheDille et celle d-i mAme vin non fraudé sont k peu près identiques de couleur, tandis que la liqueur filtrée e«t rose dans le premier cas, incolore dans le second.
TABLEAU DE LA MARCHE MÉTHODIQUE A SUIVRE. 19i
n) — {Suite),
I) — Après avoir fait subir au vin l'essai (H) (a), on en prend 2 cent, cubes nouveaux et on les traite par 1,5 cent, cubes d'une solution de bi-carbonate de soude à 8 pour 100, chargée d'acide carbonique.
J) — Après l'essai (H) (6) on traite 5 cent, cubes nouveaux du vin collé par ouelques gouttes d'eau de baryte, en dépassant la saturation. On {>orte à l'ébullition, on aisse refroidir. On agite avec 10 cent, cubes d'éther acétique, qu'on sépare, filtre, évapore doucement dans une capsule.
*K) — Un nouvel échantillon de vin suspect est traité suivant (C) par le carbonate de soude.
mine, on a du violet franc ou du vineui violacé : Sureau, hièble. — On passe à (I).
b) — Vert bleuâtre^ verte ou légèrement rosée : Vins naturels, betterave, myrtille»
fuchsine. — On passe à (J).
a) — La liqueur reste un instant lilas et prend rapidement un ton gris-bleu verdâtre. Un échantillon nouveau, traité par le carbonate de soude suivant (C) et porté à l'ébullition, prend une teinte
gris sombre verdàtre Sureau.
b) — La liqueur garde une teinte lilas ou griie mélangée de marron ou de lilas sale. — Un nouvel échantillon de vin, traité par le carbonate de soude suivant (C) et porté à l'ébullition, tend à se décolorer
à chaud, le vert étant rem- ^
placé par du roux Hièble.
a) — La liqueur provenant de l'évaporation de l'éther acétique devient rose ou violacée et colore la soie Fuchsine et colorants dérivés de
b) — La liqueur d'évaporation de l'éther acétique ne rougit pas a l'air : Vins naturels, betterave fraîche,, myrtille. — On passe à (K).
a) — Le mélange gris jaunâtre, quelquefois légèrement violacé, fonce ou devient roux quand on le chauffe : Myrtille, betterave fraîche. — On passe h(L).
b) — Le mélange verdàtre ou vert bleuâtre^ pouvant
la houille (1).
avoir une pointe de vineux, tend à se décolorer quand on
le chauffe Vin naturel.
a) — Liqueur gris foncé, légèrement verdàtre, verte, quelquefois vert très faiblement lilas. Le vin collé, traité par son volume d'eau de baryte saturée à 15» filtrée après \ 15 minutes, passe jaune sale
(1) Nous ne faisons qu'indiquer ici en passant la présence possible des dérivés des gon* drons de houille. Nous verrons au paragraphe suivant comment un distingue les unes des autres ces mtlières colorantes. Si l'addidion de l'acide acétique i la liqueur élhérée Taisait apparaître une couleur jaune-brun ou verte, on rechercherait aussi les bases analogues à la Tosaniline par le procédé qui sera décrit plus loin, p. 210.
L) — On traite par le bicarbonate de soude suivant les règles données en (i), le vin ayant subi l'essai (C) (c) ou (K) (a).
L) - {Suite.)
ou légèrement Terdàtre. — Par son volume d'acétate d'alumine marquant 2° Bnumé, il donne un fiitratum iilas vineux. — Par quelques gouttes d'aluminate de potasse, il ne change pas de ton. — Par le carbonate de sodium employé suivant (C), la liqueur tend à se décolorer à chaud. — Par le bioxyde de baryum (employé comme il est dit plus naut) on obtient, au bout de 24 heures, une liqueur à peine rosée, avec ou sans trace de dépôt orange au contact du bioxyde Vin naturel.
Avec les caractères généraux ci-dessus, si par l'eau de baryte, employée comme il vient d'être dit, le vin donne une liqueur filtrée de couleur madère passant au chamois lorsqu'on l'acidulé par l'acide acétique; s'il prend par le borax un ton vert foncé légèrement, bleuâtre; s'il donne par l'alun et le carbonate sodique, couimc il est dit en (E), un précipité vert-bouteille lonré, légèrement bleu, et s'il reste rose et ne devient pas violet bleuâtre par l'acétate d'alumine Vin teinturier.
b) — Par le traitement (L), liqueur jaune rougeâtre ou brun nias. — P;ir l'eau de baryte suivant (L) (a), fiitratum jaunâtre . — Par l'acétate d'alumine suivant (L) (a), fiitratum de couleur Iilas clair.
— Par quelques gouttes d'aluminate de potasse , couleur pelure d'oignon; si l'on augmente la quantité de réactif, cou leur verte salie de marron.
— Par le carbonate de sodium employé suivant (C\ liqueur tendant à passer à chaud au jaunâtre et au gris-jaune sali de roux, si la betterave est
Elus récente (1). — Par le ioxyde de baryum liqueur rouge lavure de chair avec
(1) L«j teintes Iilas vineux ou marron données par les réaclirs sont d'autant plus évidentes que la betterave ait plus récente ; mai^i alors elles disparaissent très rapidement et font place aux teintes jaunâtres et i celles que nous indiquons ci-dessus lorsque la décoction de belterave est plus ancienne.
L) {Suite.)
H) — Le mélange de TÎD et de carbonate alcalin (C) {b) est porté à l'ébuUition.
N) — On traite le ^in qui a répondu à la réaction (H) (6) par l'alun et le carbonate de soude, comme il est dit plus haut en (E), et l'on filtre.
0) — Du vin collé, répondant à l'essai (N) ^6), on prend 2 cent, cubes que l'on mélange à 3 ou 4 cent, cubes (suivant l'intensité de la coloration) d'une solution de borax (1) saturée à IS*.
un fort dépM orange au contact du bioxyde Betterave.
c) — Par le traitement (L), liqueur gris jaunâtre avec pointe de vert ou de roux. — Par l'eau de baryte, suivant (L) (a), filtratum vert-olive iaunàtre. — Par l'acétate d'alumine suivant (L) (a), filtratum violet bleuâtre ou litas violeicé. — Par l'aluminate de potasse suivant (L) (a), couleur rose franc; vert jaunâtre si l'on ajoute plus de réactif.
Par le carbonate de soude employé suivant (C), lorsqu'on chauffe, la liqueur devient gris foncé. — Par le bioxyde de baryum liqueur décolorée ou à peine rosée, avec une trace ae dépôt orange au contact du bioxyde Myrtille.
a) — Ce mélange se colore
en violet ou lilas-violet Campéche.
b) — Ce mélange tend à se décolorer ou passe au jaune vcrddtre, au vert sombre, au vert-marron : Vins naturels, myrtille, mauve, troène, hiè-
ble , sureau y pkytoloùca
fuchsine» — On passe à (N).
a) — La couleur du liquide
filtré est lilas Phytolaeca.
b) — La liqueur filtrée est vert-bouteille ou vert-marron : Vin* naturels, myrtille, mauve, troène, hièble, sureau^ fuchsine. — On passe à (0).
a) — La liqueur garde une teinte lilas vineux ou violacée :
Hièble , sureau , myrtille , troène. — On passe à (P).
b) — La liqueur prend un ton gris bleuâtre, gris fleur de lin, gris verdâtre ou vert bleuâtre ; quelquefois elle a ' une pointe très faible de violet:
Yins purs, myrtille, mauve, fuchsine. — On passe à (R).
(1) Ca réactif excellent a été indiqué par M. Moîtessier, profetteor i la Faculté de médecine de Montpellier, pour reconnaître on certain nombre de malière* colorantes ajouléef aux vint. Le borax cufore en Iila« vineux ou violacé les vins tnèlés de fernamboue, campéche, betterave. pb|tolacca, cochenille, «urean. fuchsine, hièble, trofine, etc. ; mai« j'ai renoncé i ^néraliser son emploi après m'élre aperçu que certains vins, et spécialement ceux des cépages d'Aramon et quelquefois les vins de Caria^nan de 1 à 4 mois et queli^oes vins de Bourj^ogne, de Bordeaux et d'Espagne nouveaux, parfaitement pnrs, se coloraient aussi par le borax en lilas vineux.
P) On traite par le bicarbonate do soude, comme il est dit en (1), une nouvelle portion du Tin répondant à l'essai (0)
Q) — Un écliantillon de vin ayant répondu à l'essai (P)( 6) est traité par l'alun et le carbonate de soude, comme il est dit en (E). On açite, et, après quelques instants, on jette sur un filtre.
R) — Un échantillon du vin ayant répondu à l'essai (0) {b) est traité par l'eau de baryte et l'éther acétique, comme il est dit en (jy.
a) — La teinte d'abord lilas passe ensuite au gcris un peu marron ou au marron. — Si l'on ajoute à un échantillon de vin, et suivant (C), du carbonate de soude, puis qu'on porte à l'ébuUition, l'essai tend à s'éclaircir en perdant son ton vert. — La laque alumincuse obtenue suivant (B) est vert bleuâtre foncé Hièhle.
h) — L'essai reste gris teinté de vert, vert-bouteiilc ou jaunâtre. Quelquefois {sureau) il prend après l'action du réactif un ton lilas qui disparait presque aussitôt en passant au gris bleuâtre :
Myrtille, sureau, troène. — On passe à (Q).
a) — La laque alumineuse restée sur le filtre est vertbleu foncé; la liqueur qui passe est vert-bouteille clair.
Un échantillon de vin, traité par le carbonate de soude suivant (C) et porté à l'ébullition, s'assombrit et devient
gris un peu verdâtre Sureau.
b) — La laque alumineuse restée sur le filtre est verdâtre ou bleuâtre clair; la liqueur filtrée est vert-bouteille clair. Un essai traité suivant (C) par le carbonate de soude et porté à l'ébuUition passe au jaunâtre sale. . . Troène.
c) — La la/iue alumineuse restée sur le filtre est d'un vert cendré, très légèrement rosé.
La liqueur filtrée est yertbouteille avec pointe de marron. Un essai, traité par le carbonate sodique suivant (C) et porté à l'ébuUition, devient
gris foncé Myrtille.
a) — L'éther étant décanté et évaporé, le liquide qui reste aevient rose à l'air et
teint la soie en rose Fuchsine et colo-
b) — L'éther décanté et éva- rants analogues, pore, le liquide qui reste ne
devient pas rose ; s'il y avait une trace de couleur, elle ne se fixe pas sur la soie après lavages à l'eau .* Vins naturels, mauve, myrtille. — On passe à (S) .
S) — Le vin ayant répondu à Tessai (R) (6) est traité par son volume d'une solution d*acétate d'alumine marquant t" au pèse- acide Baume.
T) — Le vin ayant répondu à l'essai (S) (6) est traité par l'alun et le carbonate de soude suivant les règles données déjà en (E). Au bout de quelques instants on jette sur un filtre.
a) — La teinte du mélange reste vineuse : Vins naturels, myrtille. On différencie comme il est dit en (L) (a) et (L) (c).
b) — La teinte du mélange devient violarée bleuâtre : Mauve, myrtille. — On passe k [T).
a) — Laque vert-clair légèrement bleuâtre et rosée; liqueur filtrée vert-bouteille clair avec pointe de marron.
Par le borax, comme il est dit en (0), et surtout si l'on concentre un peu l'essai, liqueur grise avec une pointe de violet. En ajoutant 3 cent. cub.
d'ammoniaque (solution de 10 gr. d'ammoniaque liquide dans 100 gr. d'eau) à 2 cent, cubes de vin collé, on observe, après avoir étendu l'essai de son volume d'eau, une teinte gris jaunâtre ou gris verdâtre clair. Les autres caractères comme en (L) (c) Myrtille.
b) — Laque aJumineuse vert légèrement bleuâtre exempte de rose; liqueur filtrée vertbouteille clair. — Par le borax, liqueur gris-bleu verdâtre. Par l'ammoniaque comme il est dit en (T) (a) coloration vert-bouteille assombri. — Par l'acétate d'alumine, employé comme on a dit en iS), coloration violet bleuâtre. . . . Mauve noire.
La marche systématique que nous venons d'indiquer, quand elle est suivie pas à pas, permet de retrouver non seulement une matière colorante unique, mais plusieurs matières colorantes introduites à la fois dans un même vin. Dans ce cas complexe spécial, qui tend à devenir la règle générale, la détermination de chaque substance colorante est, il est vrai, plus difficile; mais les indications des tableaux précédents, suivies et observées avec soin, seront encore suffisantes pour résoudre le problème. Il est toutefois
i96 COLORATION ARTIFICIELLE.
bon, ainsi que nous Tavons déjà dit, de constater au préalable, par les réactions spéciales aux dérivés colorants du goudron de bouille (voir plus loin p. ilO), Tabsence ou la présence de ces substances dans le vin suspect. Cette détermination faite, on n'aura plus qu*à suivre la marcbe que je viens d'indiquer.
Pour rendre plus claire dans les cas de mélanges la pratique delà métbode systématique de recherche que je viens d'exposer, je prendrai pour exemple l'étude que j'ai eu l'occasion de faire de deux vins destinés à la consommation parisienne. Le premier était coloré à la fois au sureau, à la fuchsine et au phytolacca; le second avait été additionné de sureau, fuchsine et cochenille. Voici comment je procédai pour faire ces constatations. Après m'être rendu compte de l'absence de l'indigo et de la présence de la fuchsine dans ces deux vins, et avoir constaté les réactions (G) (a), (D) (a) et (D) {b) du tableau précédent, je passai à la réaction (E) ainsi qu'à (M) et (N), car, dans ces cas, la présence de la fuchsine pouvait masquer celles de toutes les substances indiquées en (G) (è). La réaction alun et carbo note de soude ^ suivant (E) ou (N), me fournit une laque de couleur bleue-foncée légèrement verdâtre avec les caractères (Q) qui indiquaient le sureau. Mais tandis qu'un vin ne contenant que sureau et fuchsine aurait dû donner par l'alun et le carbonate de soude une liqueur filtrée verdâtre ou jaune verdâtre, elle passait dans ce cas colorée en rose. D'après la suite du tableau systématique précédent, les colorations (Ë) [b) et (G) (a) observées en suivant notre marche indiquaient dans ces vins la présence de la cochenille ou de la baie
de pbytolacea. L'emploi de l'eau de chaux versée dans le fiUratum rose de la laque alumineuse obtenue me prouva que Tun des vins contenait du pbytolacea, car le rose disparaissait aussitôt par ce réactif, tandis que Tautre contenait de la cochenille puisque la liqueur filtrée ne se décolorait pas par le môme moyen.
Pour la recherche d'une matière colorante unique ajoutée au vin, Tapplication de la marche méthodique ci-dessus, quand on a les réactifs titrés à sa disposition, demande 15 à 30 minutes à peine pour chaque détermination.
Après avoir appliqué dans chaque cas la Marche méthodique précédente, on peut arriver par toute une suite de réactions successives à démontrer ou à considérer comme très probable Texistence dans le vin suspect d'une ou plusieurs matières colorantes étrangères^ telles que : sureau, mauve, cochenille, fuchsine, etc.; mais, quoique renseigné par un ensemble de caractères concordants, l'expert ne se hâtera point de conclure. Il devra chercher à caractériser définitivement chacune des substances qu'il vient de déterminer grâce à la marche dichotomique qui précède. Pour cela, il devra ess^er d'abord sur la craie armée de réactifs les colorations (p. 178) du vin suspect; vérifier ensuite et répéter sur ce vin toutes les réactions du paragraphe YI relatives aux mélanges des vins avec chacune des substances frauduleuses dont la marche méthodique ci-dessus paraît avoir démontré l'existence dans la liqueur analysée. Il faudra de plus qu'il soumette enfin ce vin à quelques autres recherches plus particulièrement propres à caractériser définitivement
chacune des substances frauduleuses en' particulier. Ce sont ces réactions spéciales que nous allons indiquer maintenant.
IX. — Réactions particnliérement caractéristiques des colorants employés à frauder les vins.
Lorisque, en suivant Tune des marches systématiques exposées dans les précédents paragraphes, on est arrivé à considérer comme très probable l'existence dans un vin suspect de telle ou telle substance colorante étrangère, on doit encore tenter de déterminer définitivement sa nature en essayant d'obtenir les caractères spécifiques de cette substance, à peu près comme, dans l'analyse minérale, on ne considère comme démontrée la présence de telle base ou de tel acide, qu'après en avoir constaté toutes les réactions particulières.
Ces recherches nouvelles constituent, dans notre méthode fondée sur l'emploi des réactifs ordinaires, la seconde phase des essais à tenter pour déterminer la substance colorante suspecte.
En général, les réactions suivantes devront être tentées sur des vins collés puis filtrés comme je l'indique en parlant de la préparation de Fessai (p. 187).
Vins au bois de Fernambouc ou de Brésil,
Après un collage même très fort les vins ainsi fraudés ne se décolorent pas. Ils prennent une teinte jaune fauve qui devient peu à peu d'un beau rouge à l'air.
Les réactions du carbonate de soude, de Vammoniaquef du borax y et la coloration de la laque alumineuse obtenues suivant le paragraphe YII, p. 139, sont très senr sibles.
D'après mes expériences, si dans du vin fraudé au bois de Brésil, on laisse aprè s collage tremper une floche de soie décreusée préalablement mordancée à Tacide tartrique étendu, et qu*après Tavoir laissé séjourner vingt à vingt-quatre heures dans cette liqueur, on l'en retire, la lave et la sèche à 60° ou 70*, la soie se recouvrira d*une couleur lilas nettement marron ou roux, tandis qu'elle restera vineuse ou lilas dans un vin analogue non fraudé. Si Ton trempe alors la soie au fernambouc dans de l'ammoniaque étendue et qu'on la porte un instant à 100®, elle prendra une teinte roux-lilas, tandis que la soie au vin pur passera au gris franc relevé à peine d'une trace de la couleur primitive. Si Von remplace l'ammoniaque par l'eau de chaux, la floche au fernambouc passera au gris cendré, et celle au vin pur, au roux jaunâtre sale et terne. Si Ton trempe enfin la floche teinte au vin suspect dans une solution étendue d'acétate d'alumine, puis qu'on la porte à l'étuve à 100°, elle conservera sa couleur lilas vineux roux, réaction qui différencie ce vin de celui au campèche, comme nous allons le voir.
Vins au campèche.
Quand la couleur due au campèche est en excès dans le vin, celui-ci prend par l'ammoniaque une nuance violette. Si le campèche est en faible proportion, la réaction du carbonate de soude à chaud, la couleur
du précipité obtenu par Tacétate de plomb, et la coloralion due à l'acétate d^alumine sont des caractères très sensibles.
Le vin fraudé au campèche, traité par une floche de soie comme il est dit ci-dessus pour le bois de Brésil, se recouvre d'une couleur lilas-roux ou lilas-marron que Tammoniaque étendue change en une teinte lilasviolette rabattue de gris, et qui par Tacétate d'alumine prend une belle couleur violet bleuâtre.
On peut employer aussi, pour rechercher le campêche, un morceau de laine ou de flanelle mordancée à l'acétate d'alumine. On la laisse séjourner une heure dans le vin à 100% puis on lave à grande eau. La laine reste à peine colorée en rose avec le vin pur ; avec le vin au campèche, elle se teint d'une belle couleur violette ou marron violet.
Si l'on place dans un tube quelques centimètres cubes de vin au campèche, et qu'on agite avec son volume d'éther, celui-ci prend une légère couleur jaune, qui après évaporation de l'éther passera au rouge foncé si le vin contient du campôche.
Vins à la cochenille.
Les couleurs lilas ou rosées dues au carbonate sodique à chaud et à froid, la couleur bleue ou violacée de la laque alumineuse, et la teinte rose ou lilas de la liqueur qu'on en sépare par filtration suivant le § YIl, p. 161, sont très sensibles. La couleur rose ou lilas des eaux- mères de la laque d'alumine est surtout caractéristique et ne permettrait de confondre la cochenille qu'avec le phytolacca qui, contrairement à celle-ci,
perd entièrement sa couleur vineuse ou rosée lorsqu'on porte à rébullition après avoir mêlé le vin suspect de carbonate de soude suivant les indications du paragraphe YII, p. i61 et 163. La coloration obtenue avec le borax dans les vins cochenilles est moins sensible et bien loin d*ètre caractéristique. Quant au sousacétate de plomb, il ne donne le précipité lilas-violet ou pourpre qu'indiquent les auteurs que si la coloration due à la cochenille représente au moins 30 à 40 p. 100 de rintensité colorante totale du vin.
Si Ton mordance à l'acétate d'alumine une floche de soie décreusée, et qu*on la laisse séjourner 20 heures dans le vin collé, suspect de contenir de la cochenille, qu'on lave la floche à l'eau et qu'on la sèche à 100°, on obtient une couleur d'un violacé vineux très analogue à celle que donnerait le môme vin -à l'état pur. Cette couleur ne change pas de ton, môme à lOO"", par l'acétate de cuivre (caractère qui permet d'exclure la fuchsine), mais, trempée dans une solution étendue de chlorure de zinc, porté à 100"*, puis lavée au carbonate de soude, à l'eau et enfin séchée, la floche de soie du vin cochenille prend une belle couleur pourpre, alors que la floche au vin pur reste lilas-gris terne (1).
La laine et la soie teintes à la cochenille résistent
(1) Cette réaction qui m*apparticnt est plus commode que celle indiquée par MM. Wurtz, Balard et Pasteur, qui consiste à traiter le vin suspect par son volume d'eau de baryte, à filtrer, neutraliser la liqueur par de Tacide acétique qui colore en rose le vin fraadé à la cochenille, ou celui qui contient de la fuchsine, puis à ajouter quelques gouttes d'hydrosulfite de soude; sous l'influence de ce dernier réactif la teinte rose due à la cochenille ne disparaît que lentement, tandis que celle qui est due à la fuchsine se dissipe aussitôt.
assez longtemps à raction de Thyposulfite de soude. Ces mêmes tissus, s'ils doivent leur teinte à la fuchsine, se décolorent aussitôt sous Tinfluence de ce réactif.
Le spectroscope ne donne, avec la cochenille, des bandes caractéristiques que si la nuance qu'apporte cette couleur est de plus de 30 p. 100 de la coloration totale.
La cochenille ajoutée aux vins disparait rapidement en se précipitant dans les lies.
Fins colorés au phytolacca.
La coloration des vins avec la baie de phytolcLcca decandra ou avec le sureau est surtout pratiquée dans le Wurtemberg, en Suisse, en Espagne, en Portugal. Elle s'était répandue il y a quelques années dans le Midi de la France, mais elle est devenue moins fréquente depuis quelque temps, les vins fraudés au phytolacca étant réputés vénéneux ou tout au moins drastiques, et de sévères condamnations judiciaires ayant frappé les fraudeurs. .
Les colorations rosées ou lilas que ces vins donnent lorsqu'on les traite, suivant les précautions du paragraphe Yll, par le carbonate de soude, le borax, mais surtout par le bicarbonate de sodium, sont très sensibles. La coloration lilas delà liqueur qui filtre quand on verse successivement dans ce vin de l'alun et du carbonate de soude, ne pourrait laisser confondre le phytolacca qu'avec la cochenille, mais contrairement à ce qui se passe dans le cas de cette dernière substance, quand on ajoute à la liqueur filtrée rose un petit excès de carbonate de soude et. qu'on
chauffé, elle se décolore, tandis que le rose persiste si le vin a été cochenille .
Avec les vins fraudés au phytolacca, la laque obtenue par Talun et le carbonate sodique ne prend un ton violacé un peu caractéristique que si l'intensité colorante due au phytolacca est supérieure aux 30 centièmes de rintensité colorante totale du vin qu'on examine.
D'après M. Duclaux, si Ton fait agir l'hydrogène naissant sur un vin fraudé au phytolacca, celui-ci se décolore assez rapidement, la facile réduction de la matière étrangère entraînant la décoloration du vin. Cet hydrogène s'obtient en acidulant le vin d'acide chlorhydrique et ajoutant un peu de zinc. Je dois dire que le vin pur et même le vin additionné de fuchsine ou de cochenille se décolore lui-même par cet essai qu'on ne saurait considérer comme caractérisant le phytolacca.
Vins à Valthxa nigra ou mauve notre.
Dans le vin collé, fraudé d'althœa nigra ou de rose trémière, la coloration bleue- violette que donne l'acétate d'alumine est très sensible.
D'après MM. Pasteur, Balard et Wurtz, si l'on verse dans 1 centimètre cube de vin suspect, mêlé d'eau jusqu'à la teinte rose, 4 à 5 gouttes d'aluminate de soude très étendu, on obtient une coloration violette que ce même réactif communique, d'après ces auteurs, aux vins fraudés avec le sureau, Thièble et le myrtille. Nous avons vu au paragraphe précédent comment ces divers colorants se différencient.
La couleur gris-bleu légèrement verdâtre que donnent sur la craie albuminée les vins colorés à la mauve
noire est caractéristique de cette substance et très sensible.
Vins à la betterave.
On n'emploie presque jamais pour les vins la couleur de la betterave rouge. La fermentation la décolore. Ajoutée dans les vins, elle passe rapidement au rancio.
Aussi la betterave n'est-elle, en général, employée que pour masquer certains mélanges. La teinte lilas qui leur est communiquée par le bicarbonate de soude si la betterave est fraîche et les couleurs jaune clair ou brun jaunâtre que produisent dans ces vins Tammoniaque ou l'eau de baryte, et que prend la liqueur barytique filtrée lorsqu'on la sature d'acide acétique suivant le paragraphe YII, p. 165, sont assez sensibles, même avec la décoction de betterave ancienne.
Vins au sureau et à Vhieble,
Les baies de sureau et d'hièble sont employées dans le nord de la France, en Suisse et Allemagne, à colorer les petits vins blancs, ou à faire des vins de toute pièce. Toutefois l'bièble leur communique une odeur légèrement térébenthinique désagréable. Dans ' le Midi, en Espagne, les baies de ces deux végétaux servent à donner plus de couleur aux vins rouges ; en Espagne, et surtout en Portugal, elles sont employées à communiquer à certains vins très alcooliques et sucrés une teinte et un goût spécial.
La teinte ou teinte de Fûmes qui se fabrique et s'emploie encore à Fismes, à Paris, à Poitiers, etc., s'obtient en mélangeant :
Baies de sureau 250 à 500»'
Alun 30 à 60
Eau 800 à 500
faisant digérer et soumettant au pressoir. M. Maumené, qui a eu Toccasion d'analyser des vins ainsi fraudés, y trouva 4 à 7 grammes d*alun par litre (i). On comprend le danger d'une pareille boisson. On remplace, il est vrai, quelquefois Talun par de Tacide tartrique, mais Thonnêleté relative des fraudeurs va rarement jusque-là, et il faut toujours rechercher l'alun dans un vin où Ton aura démontré la présence des matières colorantes du sureau ou de Thièble.
Les vins au sureau et à Thièble donnent une laque violette bleue foncée par Talun et le carbonate de soude. Nous l'avons indiquée au paragraphe VII, p. 166 et 167 et au paragraphe YIII, p. 191 dans la Marche à suivre. Cette réaction est très nette, surtout ([uand ou la produit comparativement avec le vin naturel. Les colorations vertes que d'après beaucoup d'auteurs donne l'ammoniaque, sont trompeuses. L'aluminate de soude indiqué par d'autres, ne saurait être davantage recommandé. J'en dirai encore autant de l'acétate de soude conseillé par M. Velain.
Si l'on mordance un morceau de flanelle ou une floche de soie à l'acétate d'alumine^ puis qu'on chauffe avec du vin suspect jusqu'à ce qu'une vingtaine de grammes de celui-ci soient évaporés, et si après avoir lavé à l'eau on introduit alors la flanelle ou la soie dans un petit tube contenant de l'eau additionnée de quelques gouttes d'ammoniaque,
(I) Traité du travail des vins, 2« édit., p. 417
Gautier. 12 .
réchantilloQ se colorera en vert si le vin est naturel, il prendra au contraire une teinte brune foncée s'il a été mélangé de sureau {P. Prax). La même réaction s'applique certainement au vin à Thièble.
De Vememble de ces réactions il sera toujours possible de conclure avec certitude que le vin contient ou non ces matières colorantes délicates.
Vms au troène.
Cette substance est fort peu employée, du moins en France. La liguline, qui colore les vins blancs ou les liqueurs alcooliques en rouge violacé, baisse peu à peu de ton, surtout si la baie a fermenté, et ne communique plus alors au vin qu'une couleur rouge bien moins vive. Gomme la matière colorante du vin, elle passe au bleu ou au vert par les alcalis et leurs carbonates, au vert ou au gris par les bicarbonates ; mais elle en diffère en ce que le borax n'altère pas sensiblement sa teinte pourpre ou rougeâtre. Les couleurs violacées, ou bleu-violacées que l'acétate d'alumine donne à ces vins s'observent aussi avec le sureau, la mauve, l'hièble et le myrtille ; mais le sureau etl'bièble donnent une laque d'alumine bleue-violacée, tandis qu'elle est verdâtre ou à peine vert-bleuâtre avec le troène.
Vins au myrtille.
Le myrtille ne se rencontre guère que dans nos vins français de l'Est et du Centre ; on l'a signalé à Paris et en Suisse dans quelques imitations de vins rouges faits
de toutes pièces ou avec de petits vins blancs. Les baies de myrtille un peu anciennes sont d*une couleur rouge vineux peu intense ; après avoir fermenté, la li« queur est d'un beau rouge bleuâtre. Nous avons donné les principales caractéristiques de cette matière colorante au paragraphe VII, p. 169, 193 et 195 en (L) (c) et(T) (a), avec des détails suffisants pour qu'il soit inutile d'y revenir ici. On devra toujours rechercher l'acide citrique dans les vins où l'on soupçonnera Texistence du suc de myrtille. La présence de cet acide est un des meilleurs caractères de cette fraude.
Vins à Vorseille.
Les substances colorantes de Torseille dépendent en partie du mode de préparation de cette matière . Aussi les vins colorés à l'orseille pourront-ils donner des réactions un peu variables. Nous les avons déjà indiquées § VII, p. 170.
Si l'on traite par l'ammoniaque à une douce température un vin à l'orseille, puis qu'on l'agite avec de l'éther en petit excès et qu'on décante, ce véhicule se teindra d'une faible couleur rouge qui deviendra plus ^évidente par Tévaporation et pourrait être confondue avec celle que donne la fuchsine dans les mêmes conditions. Mais tandis qu'après l'évaporalion de l'éther, la liqueur colorée en rose se décolore lentement par l'ammoniaque lorsqu'il s'agit de la fuchsine, avec l'orseille elle prend au contraire un ton violacé.
Si l'on chaulTe quelques minutes un peu de fulmicoton dans du vin coloré à l'orseille, puis qu'on le lave à
grande eau, il restera coloré en rose ou en rouge. Cette couleur analogue à celle que donnerait la fuchsine dans les mêmes conditions vire au violet par Tammoniaque et redevient rose par les acides lorsque le vin a été coloré par Torseille ; ces deux réactifs décolorent au contraire la fuchsine.
Les taches roses de Toreille sur les toucheaux de craie sont très sensibles.
Vins à r indigo.
L'indigo se précipite si complètement par le collage du vin tel que nous l'avons indiqué au paragraphe VIÎI, p. 187, et il est si facile, après avoir lavé à l'eau le précipité ainsi obtenu, de redissoudre l'indigo dans l'alcool ou dans le carbonate de soude très étendu qui donnent l'un et l'autre une belle solution bleue, que cette réaction très sensible suffit dans tous les cas pour caractériser cette substance.
J'ai remarqué, en effet, que dans le vin collé avec les précautions que j'indique^ la quantité d'indigo qui reste, s'il y en a dans la liqueur, est si minime qu'on ne saurait y trouver aucune différence avec le vin normal. L'albumine entraîne entièrement des traces de cette substance et les condense dans un précipité de volume très petit. Il n'y a donc pour ainsi dire pas de limite à la sensibilité du procédé que j'ai donné» Non seulement j'ai pu déceler ainsi moins d'un millionième d'indigo ajouté au vin, mais on pourrait en retrouver moins encore en concentrant la liqueur et agissant sur des volumes un peu grands. En général, 50 centimètres cubes de vin sont suffisants.
Une floche de soie ou un morceau de laine mordances à Tacétate d*alumine, chauffés avec 20 à 40 centimètres cubes de vin presque à siccité, lavés à Teau, puis trempés dans une solution très faible d*ammoniaque, se colorent en vert sale si le vin était naturel, en bleu s*il contenait une trace de sulfate d'indigo {Chancela Pasteur^ Wurtz et Balard), Cette réaction est assez sensible. Il vaut mieux ne point s'en tenir à la coloration pure et simple de l'étoffe, car une trace de couleur vineuse que les lavages n'auraient pas bien enlevée pourrait masquer la teinte bleue due à Tindigo, teinte qui dans bien des cas suffit pour conclure directement avant Faction de Tammoniaque affaiblie.
La formation du chloranile comme moyen de déceler rindigo dans les vins suspects est une pure utopie.
On ne doit pas oublier que Tindigo n'est souvent ajouté au vin que pour masquer l'addition d'autres substances colorantes de ton trop vif, telles que la fuchsine ou la cochenille. On devra donc toujours, après avoir enlevé l'indigo par le collage, rechercher dans la liqueur filtrée les autres matières tinctoriales.
L'indigo est une des substances qui disparaissent le plus rapidement dans les vins artificiellement colorés. Un vin pourra n'en point contenir actuellement, et cependant fournir des lies qui, lavées à Tcau et bouillies avec de l'alcool, donneront la coloration bleue caractéristique de cette substance qui avait été déjà entraînée dans les dépôts.
Vins colorés par les dérivés des goudrons de houille.
Les diverses couleurs dérivées des goudrons de houille que nous avons signalées p. 15 sont aujourd'hui tellement employées à frauder les vins que, môme lorsqu'on y aura rencontré d'autres matières colorantes telles que la cochenille^ le phytolacca, le sureau, etc., on n'en devra pas moins rechercher aussi celles qui proviennent de la houille. On fabrique à Paris, Rouen, Lyon, mais surtout en Allemagne, des substances colorantes dans le but exclusif de frauder les vins. Elles sont affublées des noms les plus divers : colorine^ caramels, scarlatine, purpurine, teinte pour bordeaux, teinte de bourgogne, ponceau, fond rouge, etc. Toutes sont, d'après les prospectus, inoffensives et int7*ouvables par la chimie. Il s'en fait en France et à l'étranger une consommation considérable.
Je ne donnerai pas, comme je l'ai fait dans les précédentes éditions de cet ouvrage, la suite historique des divers procédés successivement proposés pour retrouver et reconnaître ces substances. Je me borne, pour abréger, à extraire des Documents du laboratoire municipal sur les falsifications des matières alimentaires les renseignements pratiques suivants en grande partie dus aux recherches de son savant directeur M. Ch*^ Girard (1). Ils suffisent pour retouver dans tous les cas les dérivés des goudrons de houille.
Marche a suivre. — Ainsi que je l'ai indiqué au paragraphe précédent, la recherche des matières colorantes dérivées de la houille doit toujours être faite
(1) Documents pour 1882, p. 114.
séparément et spécialement. Il vaut mieux, comme nous Tavons dit, ne procéder à la recherche des matières colorantes naturelles qu'après les essais relatifs aux dérivés de la houille qui, s'ils existaient dans les vins, pourraient masquer quelques-unes des réactions exposées dans le précédent paragraphe.
On procède de la façon suivante : On prend 250 cent, cubes du vin suspect et on les sature par un léger excès d'eau de baryte. On s'arrête quand le précipité verdit ; on ajoute 30 cent, cubes d'alcool amylique rectifié, on agite vivement et on laisse reposer. On décante alors l'alcool amylique surnageant et on le filtre.
La liqueur passera co/oree en rose, rouge, jaune, etc. , avec la rosaniline et ses dérivés, la safranine, les dérivés azoïques, les phtaléines. Elle sera colorée aussi avec la cochenille, l'orseille.
La liqueur restera incolore avec quelques-uns des dérivés sulfoconjugués des matières azoïques, et avec les dérivés sulfoconjugués de la rosaniline et autres bases analogues.
Que la liqueur amylique soit colorée ou non colorée, on la divise en deux parties (A) et (B).
La première partie (A) est évaporée rapidement en présence d'un mouchet de soie décreusée composée de quelques fibres seulement. La soie pourra se colorer en rose, rose jaunâtre, rouge, violet, vineux.
Lorsqu'on a obtenu sur la soie l'une de ces colorations, il suffit, pour savoir si cette teinte est due à la rosaniline ou à la safranine^ de verser sur le tissu quelques gouttes d'acide chlorhydrique concentré.
La rosaniline se décolore et donne une nuance feuille morte. L'eau en excès ramène la couleur primitive.
212 COLORATlOiN ARTIFICIELLE.
La coloration de la safranine persiste.
La mauvaniline fournit par Tacide chlorhydrique déposé sur la soie colorée une nuance d*abord bleue indigo, puis feuille morte. L'eau en excès fait virer la solution au violet rouge- La chrysotoluidine (1) ne se décolore que fort peu par Tacide chlorhydrique ; pour la caractériser, il suffit de faire bouillir le tissu teint avec un peu de zinc en poudre. Les bases donnent alors des leuco-dérivés incolores, mais celui qui provient delà chrysotoluidine se recolore au contact de Tair.
Le brun d'aniline (brun de phénylène-diaminé) se fixe sur la soie avec une couleur jaune rouge foncé. Une goutte diacide sulfurique ajouté à sa solution aqueuse la colore en mauve.
Si la teinte rose de la soie est due à la cochenille, elle se distinguera de la rosaniline en ce que quelques gouttes d'hydrosulfite de sodium (2) décolorent entièrement cette dernière, tandis que la teinte de la cochenille n'est détruite que très lentement.
La seconde partie (B) ci-dessus, p. 211, provenant de révaporation de Talcool amylique, sera complètement et rapidement évaporée dans une petite capsule de porcelaine. On traitera le résidu par 2 ou 3 gouttes diacide sulfurique très concentré. On obtiendra toujours une coloration si le vin primitif contenait des dérivés azoïques ou des phtaleines.
Ces colorations sont les suivantes :
Avec la rocelline (dérivant de Tacide diazonaphtylsul-
(1) Il est douteux qu'elle ait jamais été i*encoDtrée daus un vin.
(2) Solution concentrée de bisulfite de sodium où Ton a mis à digérer, à froid, des copeaux de zinc.
RÉACTIONS CARACTÉRISTIQUES. 2i3
fureux sur le p naphtol). — Coloration violet Parme.
Avec le Fond rouge (action de la résorcine sur le diazodinitro-phénol). — Coloration marron.
Avec les Bordeaux B e/^(aciion de la diazonaphthaline sur les sels sulfoconjugués du p naphtol). — Coloration bleue.
Avec le ponceau B (action du diazoxylène sur les sels sulfoconjugués du p naphtol). — Coloration cramoisie.
Avec les ponceaux B et BBB (dérivés des homologues s(upérieurs de la xylîdine). — Coloration cramoisie.
Avec le ponceau A. — Coloration rouge.
Avec les rouges de Biebrich (action du p naphtol sur les dérivés azoïques sulfoconjugués de Tamidoazobenzol et inversement). (Ces corps constituent les p naphtol-tetrazobenzols sulfoconjugués). — Par Tévaporation de Talcool amylique on obtiendra avec ces rouges une cristallisation de fines aiguilles caractéristiques. Ces aiguilles, traitées par Tacide sulfurique, donneront :
Une coloration bleue, avec le rouge allemand (dérivé sulfoconjugué dans les deux groupes) ;
Une coloration violette avec le rouge de Lyon (dérivé sulfoconjugué dans le groupe naphtol) ;
Une coloration vert foncé, avec les dérivés sulfoconjugués dans le noyau benzique.
Avec la tropéoline 000 n'" i et 2 {i et 2 acide diazophénylsulfureux et naphtol a et p. — Oranges 1 et 2 de Poirier). — Coloration rouge fuchsine.
Avec la tropéoline et la chrysoîne (acide diazophénylsulfureux et résorcine). — Coloration jaune orangée, virant au ponceau par une petite quantité d'eau, et revenant au jaune orange par un excès.
214 COLORATION AUTIFICIELLE.
Avec la impéoline Y (action de Tacide diazophénylsulfureux sur le phéaate de sodium). — Coloration jaune orange virant à Torangé par Teau.
Avec la tropéoline 00 (Orangé 4 de Poirier. Action de racidediazophényisulfureux sur la diphénylamine).
— Coloration violet rouge passant au violet Parme par un petit excès d*acide sulfurique.
Avec TAé/tanf Ame(Orangé 3 de Poirier. Action de l'acide diazophénylsulfureux sur la dimethy laniline) . — Coloration ftrunyaune virant au ponceau par Teau en excès. . Pour les phtaléines, on aura les colorations suivantes par Tacide sulfurique :
Avec Véosine B (dérivé tétrabromé de la fluorescéine).
— Coloration Jaune,
Avec Véosine JJ, — Coloration jaune.
AyecVéthyléosine, — Coloration jaune.
Avec la safrosine (nitrobromo-fluorescéine). — Coloration jaune.
On a dit plus haut, p. 211, qu'après avoir alcalinisé le vin par la baryte , on le traitait par Talcool amylique, et c'est sur le produit de l'évaporation de cet alcool qu'on fait les essais qui viennent d'être décrits. Le vin suspect pourra cependant contenir encore des dérivés du goudron de houille sans donner aucune des précédentes réactions. Ceci peut avoir lieu spécialement dans le cas où le vin aurait été additionné de composés sulfoconjugués de la rosaniline et analogues et même de quelques sulfoconjugués azoïques qui ne se dissolvent pas ou mal dans l'alcool amylique. // faudra donc toujours rechei*cker ^êcialement ces substanceSf très employées aujourd'hui, en opérant sur un échantillon séparé. On s'y prend de la façon suivante :
On précipite 100 cent, cubes de vin par Tacétate basique de plomb en petit excès. On filtre. Si le liquide passe coloré, et si cette coloration persiste quand on aura ajouté un petit excès d'acide chlorhydrique, on pourra admettre la présence d'un acide sulfoconjugué de la rosaniline (i). Pour s'en assurer on reprendra 10 cent, cubes du vin suspect qu'on additionnera de 2 cent, cubes de lessive de potasse à 10 p. 100 de façon à avoir une teinte verdàtre indiquant un très léger excès d'alcali ; on ajoutera alors 2 cent, cubes d'une solution d'acétate mercurique à 2 p. 100 (2). Il se fera un précipité ; on filtrera. Si le vin est pur, la liqueur filtrée sera complètement décolorée et ne virera plus au rouge par les acides ; si le vin contient au contraire un dérivé sulfoconjugué, le liquide filtré restera coloré et l'addition d'une petite quantité d'acide sulfurique étendu en développera la teinte. Un mouchet de soie se teindra rapidement dans le liquide bouillant s'il s'agit de dérivés azoïques,plus lentement avec le dérivé sulfoconjugué de la fuchsine. Il est nécessaire pour ce dernier de laisser refroidir la soie dans le bain de teinture. Si le dérivé sulfoconjugué de la rosaniline avait été mélangé de cochenille, celleci se trouverait tout entière dans la laque obtenue par l'acétate basique de plomb ; le sulfoconjugué resterait seul dans la liqueur.
De même l'orseille et la cochenille sont entièrement
(1) Beaucoup de vins naturels ainsi traités donnent une légère teinte rose quand on ajoute l'acide chlor hydrique.
(2) Si le vin était très acide et qu'il eût fallu employer pour le saturer 2,5 cent, cubes de potasse, on ajouterait même volume de la solution mercurique ci-dessus.
entraînées dans le précipité obtenu par Tacétate mercurique au sein de la liqueur alcalinisée de potasse.
X. — Les vins colorés par les dérivés de la houille peuvent-ils être bus sans inconvénient ?
Le vin, par son alcool, sa glycérine, ses matières astringentes toniques, ses phosphates^ ses sels de potasse, son fer, etc., est un véritable aliment, et toute fraude ayant pour effet de modifier sa nature, de lui faire supposer des qualités qu'il n'a pas en rétendant d'eau ou l'additionnant de substances qui lui sont entièrement étrangères, est incomplet ou nuisible et doit être prohibé. Nous pouvons donc répondre apriori par la négative, comme nous l'avons déjà fait ailleurs, à la question placée en tête de ce paragraphe.
Toutefois, les hygiénistes, les médecins et les toxicologistes se sont demandé si l'usage continu des vins ainsi colorés pouvait être une cause de troubles graves pour la santé.
Et d'abord les vins fuchsines exempts d'arsenic sont-ils dangereux à boire ?
La fuchsine exempte d'arsenic est-elle vénéneuse ? MM. G. Clouet et Bergeron ont fait à cet égard une série d'expériences qui semblent bien démontrer que la fuchsine n'est pas un poison par elle-même (i). Des chiens reçurent jusqu'à 20 grammes de fuchsine pure par jour sans en paraître incommodés ; 65 grammes furent avalés par eux en six jours sans produire de désordres. Un homme put ingérer en une semaine
(I) Annales d'hygiène et de médecine légale^ 1876, p. 183.
3^',20 de fuchsine sans en être sérieusement malade. D'après ces expériences, les deux auteurs plus haut nommés arrivent aux conclusions suivantes :
n i^ La fuchsine débarrassée de toute matière étrangère, bien purifiée, sans trace d*arsenic, est une subs' tance inoffensive, même à forte dose. 20 grammes ont pu être mêlés à la pâtée d'un chien sans causer d'accident, et 65 grammes ont pu être ingérés en six jours sans amener de désordres ;
« 2** Cette fuchsine, toujours à la condition qu'elle soit bien purifiée, est tout aussi inoffensive pour colorer des produits de consommation, que pourraient l'être de la cochenille, de l'orseille, de l'indigo ;
« 3® Au point de vue de l'hygiène publique, ce qu'il faudrait proscrire, c'est non pas l'emploi pour colorer les vins d'une matière bien préparée avec des produits purifiés, mais toute fabrication clandestine dans laquelle on se servirait de fuchsine impure et pouvant contenir de Pacide arsénique. Là est le danger, et sans aller aussi loin que Husemann et croire que plusieurs personnes pourraient être ainsi empoisonnées, nous pensons qu'il peut en résulter des accidents sérieux (1). »
Ces opinions ont été combattues^ avec quelque raison ce nous semble, par MM. Ritter et Feltz, de Nancy. Ces auteurs se sont d'abord assurés que la fuchsine s'élimine par les reins en grande partie (2), mais aussi parla peau et par les muqueuses. Sous son influence,
(1) C'est aussi Topinion du D' Sounenkalb dans Anilin und AniHji Parben, in Toxical und medicin, PolizeL Beziehung, 1864, et An' nales d'hyg., 1865, 2« série, tome XXIV.
(2) Bcrgmann, Eulembourg, Wohl, ainsi que Bergeron et Glouet ^Annales d'hyg., tome XLVI, p. 181, et (tome XLVII, p. 452)euxmèmes, l'avaient aussi observé.
Gautier. 13
les urines deviennent roses, les oreilles se colorent fortement en rouge, la bouche est prurigineuse, les gencives se tuméfient, il y a tendance au crachotement, la salive contient de la fuchsine même lorsque celle-ci a élé injectée parle derme.
On introduit par jour dans Testomac de deux chiens une solution aqueuse contenant 0^,60 de fuchsine non arsenicale, à Tun durant quinze jours, à Tautre pendant huit. Ces animaux maigrissent rapidement. Leurs urines se colorent en rouge, elles renferment de temps en temps de Talbumine, et Ton y décèle au microscope des cylindres granulo-graisseux dénotant une altération profonde de la substance corticale du rein, altération qu*a démontrée Tautopsie. La diarrhée s^établit vers la fin, et Talbumine devient plus abondante dans les urines. Les deux animaux présentent en outre une vive irritation de la gueule et du museau.
Sur un homme robuste buvant tous les matins un litre de vin fuchsine, les mêmes accidents se produisirent ; le onzième jour survint de la diarrhée, etc.
Les conclusions de ces auteurs nous paraissent devoir être adoptées :
« La fuchsine pure, non arsenicale, est éliminée par les reins et par la salive ; ces organes de sécrétion sont irrités par ce passage, ce qui détermine , d'une part, Capparition d'albumine dans les urines (1), et, d^ autre part^
(1) Il faut ajouter toutefois que sous les moindres influenees cette substance apparaît dans Turine des chiens, et que l'albuminurie chez rhomme qui fait usage du vin fuchsine n'est pas encore suffisamment établie, et n'a pas été observée par MM. Bergeron et Clouet. (Voy. à ce sujet les nouvelles expériences de Feltz et Hitter dans la ^evue médicale de l'Est, t. VI, p. 330, décembre 1876.)
le prurit de la bouche. L'irritation des parois intestinales .entraîne à sa suite des diarrhées. »
Et pour citer encore ici une opinion d*un grand poids dans les questions d*hygiène, M. le professeur A. Bouchardat s'exprime ainsi :
« Si Ton n'est pas immédiatement empoisonné par « un vin fuchsine, au moins doit-on redouter à priori «la continuité de Tusage d'une pareille boisson (1). »
J'ajoute que la fuchsine pure n'existe pour ainsi dire pas dans le commerce. Même celle qui est cristallisée peut être salie par des azo-dérivés dont l'action sur l'économie est infiniment plus nuisible que celle de la fuchsine elle-même. Les colorants à là fuchsine [caramels f colorines)^ en admettant qu'ils soient exempts d'arsenic, contiennent, à l'état libre ou combiné, des bases vénéneuses, l'aniline, la toluidine, etc., dont l'absorption, même à faible dose, ne saurait être longtemps supportée sans danger.
Que dire des vins à la fuchsine arsenicale ? La fureur du gain a poussé les fabricants de ces matières dangereuses à soutenir, ou faire soutenir, que la fuchsine, même arsenicale, ne se rencontrait dans les vins qu'à dose si faible qu'on pouvait les boire sans le moindre dangerl Bien mieux, ces minimes quantités d'arsenic ne seraient-elles pas avantageuses pour la santé ? N'a-t-on pas l'exemple de ces mangeurs d'arsenic du Tyrol et de la Styrie à mine florissante et à puissante respiration ? L'arsenic est apéritif, reconstituant, il calme les nerfs, enraye les maladies de la peau, etc.... Nous reconnaissons, il est vrai, que
(I) A. Bouchai'dat et Ch. Girard, Des vins colorés par la fuchsine {Bull, général de thérapeutique, 15 octobre 1876, p. 289).
ce puissant agent thérapeutique peut être utile et supporté à faible dose dans quelques cas spéciaux. Mais, comme le dit M. le professeur Bouchardat plus haut cité, « peut-on répondre que la continuité de Tusage de ce poison ne sera pas funeste à certaines individualités ? Qui oserait prendre la responsabilité de convertir les consommateurs de vin en toxicophages ?
D*ailleurs avec mon élève et ami, M. le docteur Scolosuboff, médecin de l'hôpital des ouvriers de Moscou, j*ai montré en 1875 (1) queTarsenic, tout en s'éliminant lentement par les urines, la peau, et surtout par la bile, se localise dans Téconomie, tout spécialement ^dans les centres nerveux. L'usage même de faibles quantités d'arsenic accumule ainsi peu à peu dans le cerveau et dans la moelle des doses très notables de ce poison, et peut devenir la cause d'un empoisonnement chronique qui se traduit peu à peu, comme l'a si bien observé M. ScolosubofT, par l'atonie, l'atrophie musculaire, la paralysie^ l'altération de toutes les sensibilités (tact, douleur, etc.), l'insuffisance de la nutrition des tissus, accompagnée d'abaissement dans la température générale, de changements dans la couleur de la peau, d'éruptions, d'œdème, de gangrène, etc.
Les vins arsenicaux fuchsines analysés contenaient de 0«',08 à 0,0008 d'acide arsénieux par litre {Charvet; Ritter), Ces quantités sont suffisantes pour qu'on doive regarder Tusage prolongé de telles boissons comme pouvant être souvent fort dangereux, et, dans tous
(1) Recherches et dosage de l'arsenic contenu dans tes matières animales {Annales d'hygiène et de médecine légale^ V série, t. XLV, p. 136 et 153).
les cas, comme devant être absolument proscrit.
Si les vins fuchsines arsenicaux ou non doivent être repoussés de la consommation, on doit à bien plus forte raison craindre ceux qui ont reçu des matières colorantes azoïques. Elles sont toutes dangereuses, et les corps dont elles dérivent et qu*elles contiennent souvent en quantités appréciables sous forme d'impuretés sont généralement toxiques.
Nous avons déjà dit que ces azo-dérivés et les acides sulfo-conjugués correspondants sont malheureusement aujourd'hui très employés pour colorer frauduleusement les vins. On en fait à cette heure une consommation très considérable surtout en' Espagne. Parmi les vins de cette origine que nous importons, trente à quarante pour cent sont ainsi fraudés. C'est d'Allemagne que ces matières colorantes sont expédiées dans les centres vinicoles espagnols.