Revue d’Ilygiéne, XV, p
1. Miqdel (P.). Du pouvoir stérilisant des flllres en biscuit (Annales de micrographie, mars 1893, p. 158. Anal, in Revue d’Hyqiène, XV, p. 560, 1893).
Ces chiffres se passent de commentaires. Un appareil à l’aide duquel une administration, croyant bien faire, offre au public une eau plus infectée que l’eau du fleuve trouvera difficilement grâce aux yeux des hygiénistes.
Sans doute, il est possible et il est nécessaire de nettoyer tes filtres et d’enlever la couche de vase déposée à la surface extérieure des bougies, laquelle est un véritable milieu de culture pour les bactéries. 11 est possible et il est nécessaire de stériliser l’appareil, à un moment donné, pour détruire la végétation bactérienne qui, malgré tout, a pu commencer à pénétrer dans l’épaisseur de la porcelaine.
Mais qui ne voit que ces opérations, praticables dans un laboratoire, constituent une énorme complication dans un ménage particulier ou, surtout, collectif, comme la maison d’éducation, les casernes, etc.? D’autant plus que la fréquence des nettoyages doit se régler sur la richesse vaseuse de l’eau, richesse variable selon les saisons, les crues ou les bas niveaux. A quel moment précis faudra-t-il intervenir, soit par la brosse, soit par l’eau bouillante, pour que les bactéries n’aient pas cultivé dans la vase et n’aient pas franchi la mince paroi de porcelaine? Jamais l'on ne pourra, à cet égard, procéder qu’au hasard. Je ne parle pas de la façon plus ou moins réussie dont peuvent être conduites ces opérations de nettoyage et de stérilisation entre les mains de gens qui n’en ont pas l’habitude, de serviteurs maladroits ou indifférents qui cassent les bougies ou les remontent de travers. Nous avons, personnellement, fait d’étranges constatations à ce sujet.
Lorsqu’on a à sa disposition une étuve à vapeur sous pression, le meilleur moyen et le plus sûr de stériliser les fdtres en porcelaine consiste à les faire passer par cette étuve ; mais il faut prendre soin de les démonter avec les plus grandes précautions, d’en enlever les caout-
U STÉRIUSAÎION ALIMENTAIRE. .
clioucs qu’on lave, qu’on brosse au sublimé, et d’éviter les chocs et les fêlures au cours de ces manipulations.
Aujourd hui, il existe un filtre-nettoyeur, qui prouve l’mgéniosité et les bonnes intentions du constructeur, mais nous paraît un peu compliqué et ne pas devoir faire taire tous-les scrupules (1). Il est, en particulier, assez difflci e de le nettoyer lui-rnôme, si j’en juge par le nombre déjà elevé des systèmes proposés pour y arriver le plus simplement et le plus sûrement (2).
Le nettoyeur adopté par le Ministère de la guerre français se compose de bougies Chamberland, disposées en cercle à l’intérieur d’un réservoir métallique étanche capable de recevoir de 1 eau sous une pression de trois atmosphères. A leur partie inferieure, les bougies sont liées, au moyen de tubes de raccord en caoutchouc, à des tétons en bronze fixés sur un plateau de fond; à leur partie supérieure, elles sont coiffées de calottes en caoutchouc surmontées de portées en ébonite qui s’encastrent dans des plates-bandes circulaires. Ce montage est assez élas tique pour permettre un brossage énergique sans danger de cassure. "
L’eau est amenée sous pression par un robinet placé en bas et sur le côté de l’enveloppe. Elle pénètre dans le réservoir par un tuyau horizontal et ensuite par un tube vertical placé dans I axe de l’appareil. Elle traverse les bougies de l’extérieur à 1 intérieur et est recueillie dans un collecteur placé sous le réservoir et muni d’une tubulure de déversement;
Le nettoyeur proprement dit comprend, branchés les uns sur les autres, un tube horizontal et des tubes verticaux percés de trous, dont le tube axial est indiqué plus haut. Ces tubes verticaux portent chacun deux frotteurs en caoutchouc
1. Voy. Revue d'Hygüne, XIlI, p, 038, 1891, et XIV, p. 555 1892
2. Voy .Lacour-Eïmabd. Expériences surleliltreChamberland système lasteur a nettoyeur mécanique, 0. André (Revue d’Hyniène XV
“ônf de.s filtres Charaberiand
(Rev. d Hyg., XV, p. 906, 189o). — Gcixochet (E.). Expériences sur le eccpér^men- .
en forme d’Y, dont les petites branches sont alternativement en contact avec la surface extérieure des bougies. Les trous sont destinés à laisser passer l’eau en jets cinqlanls de l'intérieur des tubes contre les bougies.
Le tube vertical formant l’axe de cette sorte de peigne s’engage à frottement dans le plateau de fond.Ilporteàson extrémité supérieure une partie filetée qui traverse un écrou taraudé fixé au couvercle et se termine au-dessus de ce couvercle par une manivelle. La manœuvre de celte manivelle imprime au nettoyeur un mouvement de rotation en même temps qu’un mouvement vertical descendant ou ascendant. Avant de faire cette manœuvre, on supprime la pression, pour la rétablir en vue du rinçage. Après celui-ci, on introduit dans le réservoir une poudre inerte dite d'entretien et, tous les deux mois, de la gre- ■naille de liège. Dans de certaines occasions, il y a lieu d’exécuter un nettoyage alcalin, avec de la cendre de bois ou du carbonate de soude.
La dériUsation du nettoyeur doit se faire tous les six mois d’après l’Instruction, tous les dix jours d’après Lacour-Eymard. Pour le constructeur, elle s’exécute, après démontage du collecteur, à l’aide d’un réchaud à charbon de bois surmonté d’un manchon, d’une grille très spéciale fixée contre le fond du filtre et d’un couvercle attaché après le fdtre. Cet « attirail » est un peu embarrassant, tout en restant dangereux pour l’appareil. On a tenté d’y substituer des coquilles en fonte que l’on charge de charbons incandescents et que l’on accroche contre la paroi du filtre pour rendre la stérilisation latérale. Mais Lacour-Eymard propose d'employer simplement Y alcool à 95 degrés, mélangé de,son volume d’eau, qu’on laisse trois à quatre heures dans l’appareil ; ou, si l’on craint que les gens de service ne boivent l’alcool, une solution d’alun renfermant 10 grammes de ce sel par bougie. Il paraît qu'en rinçant bien le filtre et en laissant perdre pendant les vingt premières minutes le liquide filtré, il ne reste plus trace d’alun dans l’eau. Guinbchet
ne trouve pas l’alun suffisamment antiseptique et lui reproche d’être incolore: il préconise le permanganate , de potasse, caustique énergique et qui se voit. Il en faut 6 grammes pour un appareil de 50 bougies, de la contenance de 60 litres. Ce sel ne peut avoir aucun inconvénient, en raison de cette dilution et parce qu’il se transforme en bioxyde de manganèse insoluble. Du reste, après son action, on rince et l’on perd l’eau filtrée tant qu’elle présente encore une trace de coloration.
Tout cela est fort bien imaginé et j’admets qu’une eau qui a barbotté avec du caoutchouc et de la grenaille de liège, dans un appareil traité par la lessive de cendres, l’alun ou le permanganate de potasse, n’en rapporte que de bonnes qualités. Les bougies en porcelaine constituent un excellent appareil de filtration, et le nettoyeur mécanique leur rendra d’importants services, tant qu’il ne sera pas détraqué, son caoutchouc pas usé, etc. Cependant, en présence de cette complication et de ces efforts, je ne saurais m’empêcher de répéter le « cætei'um cen- ■seo » par lequel Vallin termine tous ses articles sur la matière : « Il est de beaucoup préférable de capter et de distribuer des eaux de source assez pures pour qu’elles . n’aient pas besoin d’êtré filtrées ».
Les travaux de Guinochet et de Lacour renferment, d’autre part, des détails intéressants. On y voit que, de deux bougies portant la même marque, l’une donne 200 litres d’eau en un jour, tandis que la seconde n’en fournit (jue 80. N’est-ce pas inquiétant au point de vue de l’égalité des pores de la porcelaine? Il ne faudrait pas aller loin dans cette voie pour trouver des bougies perméables aux germes. Il résulte encore des expériences de Guinochet que les nettoyages au caoutchouc et à la poudre d’entretien empêchent le débit des bougies de tomber aussi bas qu’il le ferait sans cette opération, mais non de se réduire de moitié en vingt-quatre h'feures et des deux
tiers en cinq à six jours. La conclusion à en tirer est, sans doute, qu’une bonne part de la vase de l’eau pénètre dans les pores de la porcelaine et les obstrue, malgré le frottage des nettoyeurs. On conçoit, dès lors, que les bactéries se multiplient quand même dans la vase ainsi fixée.
Aussi, les deux savants s’accordent-ils à reconnaître au filtre Gliamberland, quoique excellent au point de vue microbien, l’inconvénient « de laisser passer des microbes au bout d’un certain temps de fonctionnement ».
Par ailleurs, Guinocbet croit, et nous sommes de son avis, que lo' pression n’y fait rien.
11 serait bien utile que des examens bactériologiques un peu fréquents fussent faits sur l’eau des installations de filtres en porcelaine, aujourd’hui si nombreuses en divers établissements publics et jusque dans les gares de chemins de fer. On pourrait y trouver de curieux renseignements sur l’efficacité réelle de ces appareils et sur la façon dont ils sont entretenus. Tant qu’il n’en sera pas ainsi, les services rendus par eux à l’état sanitaire des groupes ne seront qu’un article de foi et non une vérité scientifique.
Nous pouvons accorder ici une mention au filtre d argile de W. Pukall (1), qui se distingue des autres par la dureté que la cuisson lui a donnée à dessein. L’inventeur a augmenté l’étendue de la surface filtrante en donnant au filtre la forme d’un ballon. 11 suffit de plonger ce ballon dans le liquide à filtrer et de le mettre en rapport, par un tube recourbé, avec un récipient vide, pour que le liquide venant remplir le ballon par filtration de dehors en dedans passe dans le récipient sous l’influence d’une légère aspiration. C’est là un appareil de labora-
1. Voy. Nobdtjieyer (H.), üeber Filtration durch Filter ans gebrannten Infusorienerde {Zeitschrift fur Hyyieiie, X, p. 144, 1891). — Ritter (IL). Die Filtration Bacterientrüber und eiweisshaltiger Flüssigkeiten durch Kieselguhrlilter [Ibid., p. 155).
172 la stérilisation ALIMliNTAIUIÎ.
toire; mais il pourrail devenir un filtre domestique. Nous ne savons encore s’il stérilise plus exactement que les autres.
fabrique, en Allemagne, des filtres en terre d’infusoires {Kieselguhrfitter). suivant un procédé inventé par W. Berkefeld, de Celle, à qui appartient le mérite d avoir su faire une pâte de la terre formée de cuirasses de diatomées des bords de la mer du Nord et d’avoir cuit cette pâte en bougies-filtres, analogues au filtre Chamberland (1). Les appareils livrés par le commerce portent même déjà avec eux leur nettoyeur, c’est-à-dire des brosses que met en mouvement une manivelle et qui dispensent de démonter le filtre.
fiés le début, Nordtmeyer, qui a beaucoup contribué à répandre les filtres en terre d’infusoires, annonçait que, coname les filtres Chamberland, ces appareils donnent de l’eau pure de germes assez souvent et pendant quelques jours; au bout de six à sept jours, l’eau filtrée par eux pouvait renfermer quelque 500 microbes par centimètre cube. Comme les bactéries qui avaient traversé la paroi du filtre ne l’avaient fait que par acte de végétation, il semblait à Nordtmeyer que les bacilles pathogènes, qui n’aiment pas l’eau et ont besoin de chaleur, ne passeraient jamais.
Le filtre Berkefeld est déclaré par Kübler bien supérieur au filtre Chamberland. Ç’a été aussi l’avis du docteur Prochnik, de l’armée hollandaise des Indes (2), de Lübhert, à Dresde, de AVeyl (5), à Berlin. Ces derniers
1. Voy. HonoTMETER. Ueber Filtratien durch filter aus gebramten Infusonenerde .Zeitschrift für Hygiene, X, p. 144, 1891). — Bitter. Die filtration Bacterieutrüber und eiweisshaltiger Flüssigveiten duzch ' kieselgubrfdter. (Ibtd. p. 155).
- 2. Ihttheilungen über Versuclie mit dem D' Nordtmeyer-Berkeleldsclien Kieselg'uhrfilter (Congrès internat, de Londres en 1891) flausfllter (Berliner Klin. 'Wochenschrift,
ne prétendent pourtant pas que ce filtre donne de l’eau pure de germes pendant plus de trois jours, cinq par exception. Kirchner (1), de Hanovre, pense qu’il faut en rabattre des éloges qui lui ont été décernés. Les modèles travaillant sau.'î pression et opérant sur l'eau de distribution de Hanovre, qui est naturellement assez pure, ou bien n’ont jamais donné de l’eau parfaitement stérile, ou bien ne l’ont fournie telle qu’irrégulièrement. L’amélioration résultant du nettoyage à la brosse dure peu. Le bacille rouge de Fischer, introduit entre la bougie et le manchon métallique qui l’enferme, passa dès le premier jour; Bacillus sublilis, le quatrième jour. Les modèles sans pression ne donnèrent de l’eau stérile que le premier jour. Toutefois, ils opérèrent pendant plusieurs jours une notable réduction du contenu bactériel de l’eau. Pour répondre à l’allégation de Nôrdtmeyer, que les bactéries pathogènes sont probablement découpées par les bords tranchants des mailles du filtre, Kirchner fit passer par le filtre à manchon, sous une pression de 500 à 600 millimètres de mercure, aOOOOO bacilles cholériques par centimètre cube au bout de 24 heures de fonctionnement, 600 staphylocoques dorés en 25 heures, et un nombre incalculable de bacilles typhiques après 72 heures (température 17 degrés). Aussi déconseille-t-il formellement l’usage de ces appareils dans l’armée en temps de paix, estimant que l’adoption du filtre Chamberland dans l’armée française est une erreur.
Les bougies Nôrdtmeyer sont encore plus fragiles que les Ghamberland. C’est un grave défaut, même à notre point de vue, puisque l’une des conditions à exiger d’un stérilisateur, c’est qu'il ne soit pas ruineux. Mais il est plus grave encore à ne considérer que la stérilisation clle-
1. Untersucliungen über die Braüchbarkeit der « Berkefeld-Filter » ans gebrannten Infusorienerde [Zcüschr. f. Ilygiene und Infeoiionskrank., XIV, p. 293, 1893. - Ibid., XV, p. 179, 1893).
même. Il arrive, en effet, que des fêlures inaperçues existent dans certaines bougies remises en service .et tournissent pendant quelque temps de 1 eau qui nest absolument pas filtrée. ^
La conclusion de cet article peut donc etre que les meilleurs filtres ne sont pas, pour les usages domestiques, des stérilisateurs sur lesquels on puisse compter.
2» Stérilisation chimique. — Les procédés qui appliquent cette méthode y adjoignent presque nécessairement une s^ction mécanique. Il semble, cependant qu on doive lui conserver le titre que nous inscrivons ci-dessus, parce que c’est l’intervention d’agents chimiques qui la caractérise et qui a, pour l’hygiène, le plus dimpor-
^^Nous allons examiner quelques-uns de"ces procédés, qui sont comme une réapparition récente de pratiques connues depuis longtemps, mais que l’on aurait pu croire
abandonnées. . . , •
a. — Le procédé de Babès, communique a 1 Academie de médecine par le professeur Gornil, le 12 juillet 189., emploie Valun, ainsi qu’on le faisait depuis la plus haute antiquité, notamment en Chine et en Indo-Chine selon la juste remarque de Vallin. On ne cherchait pas la stérilisation de l’eau, en ce temps-là et pour cause ; mais on l’obtenait tout de même, dans de certaines limites, en ne poursuivant que la clarification.
Nous avons donné, antérieurement (1), un aperçu des recherches de V. et A. Babès (2) sur la stérilisation de l’eau par des substances chimiques, en remplacement des filtres, si fréquemment convaincus d’impuissance. Les
1 La stérilisation de l’eau [Rev. d'Hyg., P- 508,1892).
2 Ueber ein Verfahren keimfreies Wasser zu gewmnen {CentralhLf Bakteriotogie.Wl, 4,1892. Anal, m Hygientsche Rundschau, 15 décembre 1892), ■
auteurs se sont proposé d’obtenir la limpidité de l'eau et sa pureté bactériologique par l’emploi de substances précipitantes, incapables de lui communiquer des propriétés nuisibles et d’un usage peu dispendieux. Après divers essais, ils ont reconnu que l’addition à l’eau à'alun enpoudre, ou de craie avec Y acide sulfurique ou le sulfate de fer, donne des résultals satisfaisants.
L’addition de 15 centigrammes d’alun à 1 litre d’eau rend celle-ci presque pure de germes. Cet état se maintient pendant quatre jours, l’eau étant au repos.
Avec 6 grammes de craie et 98 centigrammes d’acide sulfurique pour ‘2 litres d’eau, ou bien 25 centigrammes de sulfate de fer et 25 centigrammes de craie pour 1 litre, l’eau resta pure de germes pendant quatre à cinq jours. En outre, le dernier traitement développant de l’acide carbonique, elle en contracta une saveur plus agréable.
Il paraît, cependant, que l’on s’est arrêté au seul alun pour l’introduction du procédé dans les usages domestiques. On peut en juger par la description de Yappareil du docteur Babès, présenté par G. Paul à l’Académie de médecine (1). Cet appareil comprend :
1" Un cylindre en zinc, d’environ 20 litres de capacité, supporté par trois pieds en bois.
2° Dans l’intérieur du cylindre, un récipient à surface émaillée, en forme de tronc de cône.
L’intervalle compris entre le cylindre et le récipient sert à mettre de la glace si c’est nécessaire.
3° Un agitateur de forme hélicoïdale, percé de trous, maintenu en haut dans un couvercle, au moyen d’une manivelle qui permet de le faire tourner.
A la partie supérieure de cet agitateur se trouve une petite cupule pour mettre l’alun cristallisé qu’on doit mélanger avec
4“ Un robinet dont la prise d’eau intérieure se fait à 15 cen-