‹ La Stérilisation alimentaireChapitre 28 sur 38 · Bulletin médical, avril · texte numérisé non relu

Bulletin médical, avril

Ces recommandations sont absolument rationnelles. Cependant, on voit souvent échouer l’usage de l’eau cuite à 100 degrés, et tes hygiénistes se déshabituent peu à peu de la prescrire. Il y a, de cet échec, plusieurs raisons dont aucune ne touche à l’aptitude parfaite de l’ébullition à tuer les microbes pathogènes.

La raison que tout le monde met en avant, c’est que l’eau cuite manque de charmes, à moins que l’on n’y pourvoie expressément, et que les intéressés n’en boivent pas ou que le moins possible. R. Koch pense que tel a été le cas des pensionnaires de Nietleben, à qui l’eau bouillie avait été prescrite depuis l’été de 1892 et qui eurent le choléra en janvier 1895, sans que les ordres donnés eussent été retirés. Nous sommes en possession de quelques indices tendant à prouver qu’il en est de même en l'rance, de la part des détenus des prisons civiles, à l’égard de certaine tisane qu’on leur distribue en été et à laquelle des hygiénistes distingués ont rapporté l’immunité de ces établissements au milieu d’une population libre éprouvée par la fièvre typhoïde. Dans les casernes, on a souvent donné l’ordre de n’introduire dans les cruches des chambres que de l’eau bouillie, et l’ordre a été militairement exécuté. Mais l’on ne peut qu’offrir aux hommes; on ne saurait les obliger de boire. Beaucoup s’abstiennent, à la caserne, et vont boire en ville; à la vérité, pas toujours de l’eau. Cependant, c’est encore dans les casernes que la prescription de ne consommer que de l’eau bouillie est le mieux respectée. Elle l’est même parfois rigoureusement, quand une épidémie a duré un mois ou deux et que l’horreur sacrée de l’eau, suivant le mode moderne, est entrée dans la chair des soldats. A ce moment, la population civile ne boit plus que des eaux minérales. Cela ne fait pas toujours cesser la fièvre typhoïde.

Une autre raison, c’est que les récipients à eau bouillie

sont placés dans des conditions telles que le réensemencement de leur eau est facile, sinon fatal. Je me figure que les cruches des soldats, mal ou point couvertes, séjournant dans des chambres où il y a eu des typhoïsants au début, où il y en a même encore, échappent difficilement aux poussières typhogènes que le mouvement incessant des hommes dans ces locaux fait flotter dans leur atmosphère. Au cours d’une épidémie de ce genre, il y a de ces poussières un peu partout, et c’est pour cela qu’oii trouve le bacille typhique dans l’eau, le lait, etc. C’est probablement la même chose de la part du choléra. Il y a une circonstance malheureuse, dans cet ordre d’idées; c’est que, dans la conviction que l’eau bouillie a perdu ses gaz et que ceux-ci sont absolument nécessaires au rôle physiologique de l’eau, on a soin d’agiter, ou tout au moins d’exposer à l'air le liquide bouilli, afin de lui faire reprendre les gaz qu’il a perdus. Que l’on fasse cette opération pendant qu’il est encore chaud, et l’air ne manquera pas de remettre des germes spécifiques dans ce bouillon à température favorable et débarrassé des saprophytes qui pourraient gêner les bacilles pathogènes.

Nous pouvons ajouter une troisième raison, qui ne touchera guère les écoles de noire époque : à savoir que la fièvre typhoïde et le choléra se propagent encore par d’autres véhicules que l’eau de boisson.

L’eau, qui passe pour ainsi dire naturellement par les trois états, solide, liquide ou gazeux, ne s’altère pas essentiellement sous l’action de la température de 100 degrés; elle perd de la matière organique, en particulier des ferments solubles, des gaz et des matières terreuses, l’expulsion d’une part de l’acide carbonique libre entraînant la précipitation des carbonates de chaux et de magnésie. Le consommateur la tro,uve lourde et fade, et ce n’est pas tout à fait à tort que l’on a attribué ces qualités fâcheuses à la perte des gaz dissous et des matières

salines. Cependant, comme l’a établi Giiinard (cité par A.-J. Martin), la perte de gaz et de sels terreux, même après une ébullition prolongée, n’est pas complète ; elle est même moins considérable qu’on ne le croit généralement. ^u fond, le rôle de l’eau est d’introduire de l’eau dans l’organisme, rien de plus. C’est la respiration qui est chargée d’y introduire de l’oxygène, et ce sont les aliments à qui il incombe d’y apporter des sels minéraux. La légèreté et la saveur agréable, qui est surtout due à la fraîcheur, ne sont que des qualités extérieures de l’eau ; leur abseni'.e ne compromet pas la nutrition.

Et puis, il est possible de restituer de l’air à l’eau bouillie; il suffit de la refroidir au contact de l’air, dans un endroit frais et non fréquenté, pour lui éviter la chute des poussières. Cb. Tellier a imaginé, pour accomplir cette réoxygénation, une pompe à air qui pourrait faire partie du matériel d’une habitation collective, mais n’est pas nécessaire dans un ménage.

On accélère le refroidissement en faisant passer l’eau, après ébullition, par des tubes de métal continuellement arrosés d’eau froide, ainsi qu’il a été pratiqué, à la Maison de Nanterre, pendant le choléra (189‘i).

En réalité, l’eau qui a bouilli à l’air a contracté quelque chose de plus qu’une saveur fade; elle a pris, d’ordinaire, un fumet et un goût empyreumatiques qui en font une boisson très dénuée de charmes. Nous avons toujours conseillé, quand nous prescrivions l’eau bouillie, de la présenter aux soldats sous forme d’infusion légère de café, de thé, de tilleul, froide ou même chaude. Les Chinois de Pékin, où l’eau est détestable, se trouvent très bien, assure Morache, de boire toute la journée et en toute saison du thé brûlant qu’on vend partout dans les rues. C’est un moyen de dissimuler entièrement le fumet de l’eau cuite, qui n’en est pas moins inoffensive.

- A vrai dire, c’est là une ressource des moments criti-

ques et un usage qui ne peut être que temporaire, dans '■ nos casernes, où les ustensiles de cuisine ne sont pas à profusion et où la dépense de charbon devient rapidement onéreuse. Mais nous entendons bien qu’il en soit ainsi et que jamais les villes n’offrent en permanence aux soldats autre chose que de l’eau de source ou de nappe profonde.

Dans ces conditions, les ménages particuliers ou collectifs peuvent, en temps d’épidémie d’une maladie qui pénètre par les voies digestives (fièvre typhoïde, choléra,

■ dysenterie), faire cuire leur eau dans n’importe quelle marmite, pourvu qu’elle soit propre, presque remplie et pouvant fermer, afin que la température de 100 degrés, ou très approchée, soit atteinte dans tout l’intérieur de ce récipient.

Les troupes sont autorisées, en pareil cas, à faire usage du percolateur, dont la destination habituelle est la confection du café. Il est à notre connaissance qu’un régiment recevait son eau bouillie, moyennant une légère rétribution, d’un établissement de bains de la ville où il était en garnison. Peut-être n’est-il pas prudent de s’en rapporter, en fait de stérilisation, aux soins d’un industriel qui travaille sans contrôle.

L’épidémie de choléra de 1892 a fait surgir un assez grand nombre d’appareils qui ont pour but de stériliser l’eau à 100 degrés ou approchant pour l’usage de simples ménages. Tous reposent sur le principe de l’échange de température entre l’eau chaude en courant descendant et l’eau froide en courant ascendant. En d’autres termes, l’eau chaude, avant de sortir de l’appareil, rend sa chaleur à l’eau froide qui arrive; d’où économie de combustible et réalisation rapide du refroidissement de l’eau cuite, qu’il faut obtenir dans tous les cas. Nous avons décrit deux de ces appareils dans la Revue d'hygiène (1).

1. Arnooid (J.). La stérUisation de l’eau [Rev. d’Hyg., XV, p. 501, -1895).

Le « stérilisateur d’eau » de Joseph Strebel, de Hambourg, se compose de deux cylindres creux, concentriques, laissant entre eux un espace annulaire qu’un troisième cylindre, en fer laminé, divise en deux compartiments. L’eau froide, à purifier, arrive par en bas dans le compartiment interne; quand elle a bouilli, elle passe, stérilisée, par-dessus le bord de la cloison, dans le demiespace externe, d’où elle est conduite dans son réservoir de consommation. A la faveur de la minceur de la cloison métallique, l’eau froide s’échauffe déjà en montant au voisinage de l’eau chaude, et celle-ci se refroidit en descendant à côté de l’eau froide. Les surfaces de chauffe sont, à la partie supérieure du cylindre intérieur, multipliées par des tubes transversaux. Une conduite de gaz, pénétrant par la partie inférieure, vient alimenter un brûleur sous toutes ces surfaces. Une couche isolante enveloppe tout l'appareil, sauf aux points de passage des conduites diverses. L’arrivée de l’eau et celle du gaz se règlent automatiquement.

Cet appareil donne 100 litres d’eau stérilisée par heure et dépense 7m^50 de gaz pour 1 mètre cube d’eau.

Le D'-H. Schultz (1), de l’Institut d’hygiène de Rostock, a donné, du stérilisateur d’eau de Werner v. Siemens, une description à laquelle nous empruntons les traits suivants. Une marmite à couvercle reposant sur un réchaud à gaz est en rapport par deux tuyaux horizontaux avec un réservoir de refroidissement et de prééchauffement (échangeur), debout à son côté droit. Le tuyau horizontal supérieur amène l’eau à stériliser et se recourbe jusque vers le fond de la marmite. Le tuyau horizontal inférieur évacue l’eau stérilisée chaude sur l’échangeur. Au côté droit et à la partie inférieure dé celui-ci, sont

1. Ueber den Wasserablcocliapparat des Geheimrath D' Werner von Siemens [Zeitschrift f. Hygiène und Infectionskrank. XV, p. 206,

branchés deux autres tuyaux; le plus inférieur est le tuyau d’amenée de l’eau froide; il reçoit, à la hauteur du couvercle de la marmite, un petit branchement de la conduite municipale et se prolonge au-dessus, suffisamment pour servir d’indicateur d’afflux de l’eau. L’autre est le tuyau d’écoulement de l’eau stérilisée et refroidie.

D’après les prospectus, ce stérilisateur consomme, à l’heure, 33 décimètres cubes de gaz d’éclairage sous la pression de 25 millimètres dans la conduite, et fournit 36 litres d’eau à 34 degrés, la température ambiante étant à 17°,50. Si l’on veut se borner à 20 litres à l’heure, l’eau obtenue sera à 27°,50.

Nous ne connaissons, naturellement, pas l’appareil de Siemens. Mais il nous intéresse parce qu’il est visiblement construit à l’intention des ménages. L’intérêt que lui a témoigné Schultz s’explique aisément, pour la même raison.

On doit à ce savant d’avoir contrôlé, à l’égard de l’appareil Siemens, les promesses du prospectus. De ses recherches, il résulte qu’il est généralement nécessaire de modérer d’abord l’afflux de l’eau dans le tuyau d’amenée, de limiter l’ascension de l’indicateur au quart pour ne lui permettre qu’insensiblement d’arriver aux trois quarts de la hauteur qu’il peut parcourir. Sans cela, l’eau ne subirait pas assez longtemps, dans la marmite, la température de l’ébullition pour arriver à être stérilisée. D’ailleurs, il est nécessaire de régler aussi l’arrivée du gaz et de la rendre indépendante des variations de pression dans ses conduites. Dans les meilleures conditions, l’eau est soumise à la température de 100 degrés pendant sept minutes et demie. Les cultures pratiquées avec cette eau prouvèrent que le procédé « tue les germes », comme l’annonce le prospectus, mais non qu’il fournit de l’eau stérile. Les échantillons pris au robinet de sortie de l’eau refroidie donnèrent, en effet, toujours quelques colonies.

STÉRILISATION RÉPARATRICE. m

Cela ne prouve en aucune façon que les bacilles du typhus ou du choléra ne seraient pas détruits dans le stérilisateur Siemens. On peut même être certain que cette destruction s’accomplirait. Un reproche à faire au procédé, c’est de ne pas fournir une eau suffisamment fraîche en été.

On brûle moins de gaz quand on opère avec un faible afflux d’eau et qu’on ne stérilise que 20 litres par heure. Mais on peut débuter avec deux brûleurs, augmenter peu à peu l’afflux d’eau jusqu’aux trois quarts et même au complet, et éteindre alors l’un des becs de gaz.

Stérilisation au-dessus de 100 degrés. — Parmi les stérilisateurs d’eau nés de la crainte du choléra en 1892, il en est un qui travaille à 105 degrés, mais qui ne prétend, en somme, détruire que les microbes dangereux. 11 peut donc être considéré comme la transition entre les appareils qui fournissent la température de 100 degrés, et se bornent à tuer les bacilles pathogènes et ceux qui recherchent les températures très élevées auxquelles aucun microbe ne résiste plus : C’est le stérilisateur de David Grove (de Berlin).

L’appareil a l’aspect d’une chaise de cuisine. Sous le siège se trouvent des tuyaux accouplés, en étain pur, disposés horizontalement, qui constituent l’échangeur de température. Sur le dossier sont fixés les conduites diverses et les autres organes indispensables. L’eau est chauffée à 105 degrés par un brûleur à gaz, à flammes multiples, dans un « chauffeur rapide », tuyau à ailettes enfermé dans un cylindre. La température est indiquée par un thermomètre qui plonge dans un petit réservoir cylindrique, disposé au-dessus du chauffeur et destiné, en outre de ce rôle, à égaliser la pression dans les conduites. A côté du thermomètre, se trouve un disque portant une manivelle par le jeu de laquelle est dirigé le fonctionnement de l’appareil, lequel est peut-être un peu compliqué pour être confié à des domestiques.

m LA STÉRILISATION ALIMENTAIRE.

Ce stérilisateur fournit 100 litres à l’heure d’une eau refroidie à 17“,5. Pour 1000 litres, la dépense n’est que de 4 mètres cubes de gaz d’éclairage coûtant, à Berlin, 15 centimes le mètre.

Nous n’avons aucune donnée sur le degré auquel l’appareil de David Grove remplit le but qu’il se proposait. 11 semble cependant qu'il doive assurer la destruction des microbes pathogènes, si l’occasion s’en présente : ce qui est le point capital.

L’eau naturelle ne laisse pas que d’être un milieu de culture assez propice, au moins pour les bactéries banales, dont quelques espèces sont absolument chez elles dans ce liquide. On sait qu’une carafe d'eau, même de bonne qualité, ne renfermant qu’une proportion modérée de germes au moment où elle est puisée, s’enrichit rapidement d'organismes, dès qu’elle est abandonnée, à une température douce. En quelques heures, le chiffre des germes a décuplé. Cela n’est probablement pas indifférent au regard de la salubrité de l’eau ; il viendra même un moment où celle-ci prendra les caractères de la putridité. Mais, au moins, cette eau ne subit pas d’abord, comme le lait, des modifications qui la rendent impropre à remplir son office. Rien n’oblige à la conserver en des récipients, du matin au soir, comme on conserve le lait entre deux traites. 11 est facile, et c’est une coutume saine et propre à adopter, de ne puiser l’eau qu’au moment du repas et de renvoyer aux lavages celle qui est restée du repas précédent, bien que, selon la professeur Max Gruber (1), les saprophytes dans l’eau ne signifient rien, même ceux qui liquéfient la gélatine.

Il est certain d’ailleurs qu’une eau qui a bouilli à 100 degrés pendant dix minutes s’est débarrassée de la

1. Die Grundlagen der hygienischen Beurtheilung des Wassers {Deutsche Vierleljahrsschrift für ëffentl. Gesundheitspflege, XXV, p. 415, 1893).

plupart de ses saprophytes, en même temps qu'elle perd tous lés microbes pathogènes qu’elle pouvait recéler. Les espèces qui résistent à la température de 100 degrés ne sont pas extrêmement nombreuses dans l’eau: celle qui persiste le plus ordinairement est l’inofifensif bacillus subtüis ; encore disparaît-il en temps que végétal parfait, et faut-il un certain temps à ses spores pour se réveiller de leur engourdissement.

Il semblerait donc que les appareils stérilisant à 100 degrés dussent donner satisfaction à toutes les exigences et à tous les scrupules. On n’en a pas jugé ainsi en France, et, après des études de plusieurs années, nos ingénieurs sanitaires nous ont dotés d’un appareil qui stérilise l’eau à 120 degrés (au moins), c’est-à-dire à 5 degrés de plus que la température à laquelle Miquel a déclaré que l’eau* au bout d'un quart d’heure, se montre rigoureusement privée de tout germe.

Cet appareil porte le nom de stérilisateur d’eau sous pression. Il a été décrit par Lesieur (1) et, d’après celui-ci, par A.-J. Martin (2). Sa construction repose toujours sur le principe de l’échange de température; mais ce qui la caractérise, si nous avons bien compris, c’est que, après avoir parcouru l’échangeur dans le sens ascendant, l’eau pénètre à 100 ou 110 degrés dans une chaudière qui la porte à 120 degrés, et d’où elle repasse par l’échangeur dans le sens descendant pour se refroidir (nos renseignements ne nous permettent pas de dire à quel degré).

On a ajouté à l’ensemble un clarificateur en silex concassé, pour éclaircir complètement l’eau stérilisée et froide.

1. La stérilisation des eaux par la chaleur au point de vue de l’alimentation publique [Thèse de Paris, 1892).

2. La stérilisation des eaux par la chaleur [Revue d'hygiène, XIV,

Il existe, de cet appareil, un modèle monté sur chariot à la façon des étuves loeomobiles, et qui peut donner 400 litres à l’heure. On a pu lui faire suivre les troupes, un jour de revue du 14 juillet. Il serait désirable qu’il en fût de même, quand les troupes seront en campagne, dût-on simplifier notablement le système et le mécanisme.

Cette machine a encore été expérimentée au camp de Satory, lors du concours de tir de l’armée en réserve et de l’armée territoriale. Le Ministère de la marine en a fait disposer une autre, à la fin de 1891, au deuxième dépôt de la division des équipages de la flotte, à Brest.

Enfin le Comité consultatif d'hygiène publique de France, sur le rapport d’Ogier, a approuvé le projet de la ville de Parthenay (Deux-Sèvres) d’installation d’appareils stérilisateurs pour traiter l’eau • de boisson fournie par elle à ses habitants. La ville de Parthenay (5.800 hab.), paraît-il, ne trouve pas autour d’elle de source assez abondante ou assez rapprochée pour qu’elle puisse faire la dépense d’une amenêS^’eau de cette provenance. Obligée de s’abreuver à la rivière infectée du Thouet, elle a résolu de faire passer par les stérilisateurs à 125 degrés l’eau alimentaire, en ménageant une deuxième canalisation pour le lavage des rues, l’arrosage des jardins, etc. L’achat des appareils coûtera 330000 francs, et l’eau alimentaire reviendra à 0 fr. 35 le niètre cube (1).

Quelques-uns ont paru trouver que ce n’est pas bon marché : ainsi E. v. Esmarch, qui a rendu compte du travail d’Ogier dans Hygienische Rundschau, et J. Rochard, qui calcule que, pour Paris, le système reviendrait à 27 375 000 francs par an. Les machines s’useront d’ailleurs; il faudra les réparer, les remplacée un jour.

1. Ogier. Projet d’alimentation de la commune de Parthenay en eau stérilisée [Annales d'hygiène publique, octobre 1892). .

Si Parthenay est très disgraciée au point de vue des sources, était-il également impossible de s’adresser à la nappe profonde?

La fièvre typhoïde, assure-t-on, qui sévissait depuis trois mois sur la division des équipages de la flotte, à Brest, a diminué considérablement depuis 1 installation des appareils stérilisateurs. Nous n’avons aucune raison de contester le rapport qu’on veut établir entre les deux faits. Mais il n’était certainement pas nécessaire de chauffer l’eau à 125 degrés pour arriver à ce résultat, puisque les germes typhogènes succombent à moitié moins. La chaleur, c’est du charbon, et le charbon c est de l’argent. Ne serait-il pas prudent de conserver pour quelque autre œuvre de salubrité celui qu’on dépense ici en trop, sans autre résultat que de faire croire au public que l’hygiène coûte très cher ? Comme c est d’ailleurs souvent la vérité, il conviendrait de ne révéler ce côté fâcheux qu’à bon escient et de se borner, quand c’est une garantie suffisante, au chauffage à 100 degrés qui exige moins de charbon et des machines moins compliquées que les nouveaux appareils.

Personne n’a montré l’utilité de ce surchauffage de l’eau. 11 ne s’agit pas d’un résultat sanitaire, mais d’un résultat bactériologique, la stérilisation absolue. C’est intéressant au point de vue scientifique; à tout autre égard, nous n’en avons que faire. [A la rigueur, je l’admettrais pour l’eau que les chirurgiens emploient à laver les plaies; il paraît, du reste, qu’on leur en fait. Mais quel avantage les voies gastro-intestinales peuvent-elles retirer de la disparition du hacillus subtilisé Notez qu’il est impossible, entre la machine et l’estomac du consommateur, de ne pas remettre un peu à l’air cette eau si exactement stérilisée. Et voilà que le hacillus subtilis y rentre comme chez lui, et qu’on retrouve aisément, dans l’eau sortie des appareils, de 500 à 7 000 colonies

•l'ss la. stérilisation alimentaire.

par centimètre cube, bactéries banales, jusqu’à ce qu’il s’en présente d'autres. D’autant plus qu’à Brest, on reçoit l’eau stérilisée dans un réservoir de distribution en tôle, et que Parthenay a l’intention d’en faire autant.

Dans ces derniers temps on s’est préoccupé de produire, à un prix relativement modéré, de l’eau ainsi stérilisée, qui puisse être livrée en bouteille comme eau de table. L’intérêt des procédés employés à cet effet, avec les stérilisateurs de Rouart, Geneste et Herscher, réside surtout dans les précautions prises pour que l’embouteillage soit exécuté de telle sorte qu’aucun germe, même atmosphérique, ne puisse pénétrer dans la bouteille par le fait de cette opération délicate. Galante (1) a décrit le procédé, qui consiste essentiellement dans l’embouteillage dans Une chambre hermétiquement close, et où l’on a poussé la précaution jusqu’à ne la faire communiquer avec l’extérieur que par de grandes manches en caoutchouc dans lesquelles s’engouffrent du dehors les mains et les bras des ouvriers. Les bouteilles sont reçues dans cette chambre pleines d’eau acidulée ; elles y sont vidées puis remplies d’eau stérilisée amenée directement de la machine ; le bouchage s’y fait également : tout cela est fort ingénieux et moins compliqué qu’on se l’imagine au premier abord. En tout cas, les précautions de ce dispositif sont à retenir alors que l’attention vient d’être appelée à l’Académie de médecine, par Moissan etGrimbert (2), sur l’infection microbi'èhne d’un grand nombre de bouteilles d’eaux minérales médicamenteuses ou de table, du fait de l’insümsance des précautions prises pour leur embouteillage.

' 1. Galmte. L’eau stérilisée et son embouteillage {Revue d’hygiène, 1894, p.'563). '

■2. Moissan et Griiibebt. Recherches bactériologiques sur l’eau de ^eltz et sur les eaux minérales en bouteilles [Bulletin de l’Académie de médecine, I8ÿi, p. ’ÎQS].

Nous ne marchandons pas aux ingénieurs sanitaires les hommages dus à leur zèle et à leur talent. Mais cela ne saurait nous empêcher de croire que les stérilisateurs d’eau à haute pression sont un effort au delà du hut, par conséquent du temps et de l’argent perdus.

Appréciation des procédés de stérilisation de l eau. Il résulte, des développements dans lesquels nous sommes entré, que les meilleurs des filtres ne sont pas absolument impénétrables à tous les germes ; que tous sont exposés à se laisser traverser par les bactéries par acte de végétation, et surtout à éprouver des accidents qui les rendent encore plus infidèles qu’ils ne le sont par nature. Il est probable cependant qu’ils rendent des services. Je ne sais s’il faut leur attribuer une part de la rareté de la fièvre typhoïde et du choléra à Berlin et à Londres, ou s’il ne convient pas plutôt d’en faire le procès pour avoir si longtemps autorisé l’approvisionnement des villes à des fleuves. Mais cette immunité relative des deux capitales les protégera, sans doute, quelque temps encore.

Les rapports mathématiques ne sont guère à leur place en étiologie. Cependant si, avec R. Koch, on fait honneur aux filtres à sable de l’immunité cholérique d’Altona en 1892, il sera juste d’attribuer à leur insuffisance l’épidémie de la même ville en 1893 ; ce que le maître, allemand ne conteste pas, du reste, sauf qu’il y voit autre chose qu’un défaut intrinsèque à l’appareil. De même on peut, avec le Ministère de la guerre français, admettre que les filtres Chamberland ont décidé l’abaissement qui s’est produit depuis 1888 dans la mortalité typhoïde de l’armée; mais comme en 1886-1887, alors qu’il manquait des filtres pour 245 000 hommes, il y a eu une moyenne de 864 décès typhiques, et qu’en 1891, alors qu’il ne manquait plus des filtres que pour 45 000 places de casernement, il y a encore 534 décès, il est équitable de

reconnaître que l’imperfection des filtres est la cause pour laquelle les décès sont loin de diminuer dans la même proportion que les bougies de porcelaine augmentent.

Autant dire qu’il faut trouver mieux. Cependant, 'en attendant, il convient de ne pas méconnaître les services des filtres et de se rendre compte de la nature de ces services.

Ils diminuent, le cas échéant, le nombre des bactéries pathogènes dans l’eau. Il n’est pas indifférent pour le consommateur d’ingérer I bacille typhique par centimètre cube d eau ou d’en ingérer I 000. Les virus ne sont pas un pur dynamisme.

Ils diminuent le nombre des bactéries dites banales, et nous croyons que c’est encore un bienfait, quand il s’agit des eaux de fleuve atteintes par les déjections humaines. 11 y a, parmi les bactéries banales de ces eaux, des microbes auxquels des événements récents ont donné une physionomie singulièrement suspecte. Les retenir sur un filtre, ne fùt-ce que 1000 contre un, éqpiivaut presque à séparer des bactéries pathogènes. D’autres organismes sont destines à entrer, avec les germes infectieux, en une collaboration redoutable. La défense n’a pas notablement changé de caractère par rapport au cas précédent.

II est à noter que les bactéries pathogènes disparaissent spontanément de l’eau en quelques jours, et que les autres, y étant chez elles, y vivent et s’y multiplient indéfiniment.

La plupart des filtres oxydent une bonne part de la matière organique en solution dans l’eau. Cette matière inspire moins de crainte aujourd’hui qu’autrefois ; cependant, à supposer qu’elle ne renfermât jamais d’éléments toxiques, ce qui n’est pas certain, on ne saurait douter que ce ne soit une malpropreté. En diminuant celle-là et

en retenant, sous forme de vase gluante au pourtour des bougies, la matière organique qui était en suspension, les fdtres employés à l’heure actuelle font de 1 eau propre. C’est un point considérable, non seulement pour les agréments extérieurs de l’eau, mais encore et surtout vis-àvis de l’intégrité de la muqueuse gastro-intestinale. 11 y a longtemps que nous avons accusé la malpropreté banale de l’eau de provoquer le catarrhe gastrique ou intestinal si favorable, s’il n’est tout à fait nécesaire, à l’implantation des germes de la fièvre typhoïde et du choléra. Nous avons d’autant moins de raisons de changer d’avis que l’importance du catarrhe intestinal préalable vient encore d'être proclamé sur tous les points à propos du choléra de 1892.

A l'égard des qualités extérieures de l’eau, la stérilisation par la chaleur est inférieure au filtrage. Ses côtés faibles sont assurément la fadeur et le fumet empyreumatique de l’eau cuite. Je n’ai pas entendu dire que l’eau stérilisée sous pression à 125 degrés échappât à ces inconvénients, auxquels on pourra, sans doute, trouver un remède ou un correctif. Au point de vue bactériologique, c’est-à-dire en ce qui concerne la stérilisation même, elle est infiniment supérieure aux filtres, et l’on n’a nul besoin de dépasser pour cela la température de 100 degrés, à laquelle tous les microbes pathogènes succombent et la plupart des saprophytes avec eux. Les conditions à y adjoindre sont le refroidissement rapide de l’eau cuite et la protection contre le réensemencement par les germes de l’air, des réservoirs et des récipients.

Personne ne pourra défendre les filtres ni l’ébullition de l’eau du reproche d’être une complication d’outillage et un surcroît de dépense, qui les feront échouer bien souvent dans l’hygiène des masses populaires, vis-à-vis des administrations municipales et surtout chez les particuliers.

C’est pourquoi, de l’aveu de tous les hygiénistes, la stérilisation de l’eau par la chaleur, non plus que le filtrage {Cœlerum cemeo...), ne vaut pas une distribution d’eau de source ou de la nappe profonde. *

Cette formule s’applique, sans qu’il soit besoin de longs arguments, à l'épuration chimique, qui n’est pas d’ordinaire plus rigoureuse que le filtrage industriel, ne peut guère s’adapter à une exploitation en grand, et a le tort de recourir à l’emploi de substances généralement étrangères à l’eau et douées d’une certaine toxicité. On peut en excepter le traitement de l’eau par les acides organiques, y compris ceux du vin ; mais ce traitement ne paraît avoir de chances d’efficacité que vis-à-vis du choléra.

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